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Séries Mania : Anatomie du festivalier

Séries Mania, ce sont des séries, mais ce sont aussi des rencontres (j’aime cette phrase EdouardBaerienne). Et l’on y rencontre une espèce étonnante : le festivalier. Le festivalier est un être légèrement particulier. Il a certes les cernes d’un chirurgien ayant réalisé une garde de 72 heures, il a certes l’hygiène de vie d’un joueur d’une compétition de jeux vidéo venant de passer un week-end en LAN mais il transpire de passion et d’excitation dès lors qu’il entre dans une salle de projection.

J’en ai croisé des dizaines de ce profil, des plus intellectuels – souvent mesurés d’ailleurs ! – cherchant à analyser la portée des séries dans la compréhension du monde aux plus enthousiastes pour ne pas dire frénétiques sur un acteur qui les fait rêver. Mais le truc, c’est que ce n’est pas cloisonné. L’intellectuel peut accessoirement avoir la mâchoire qui se décroche en découvrant les courbes d’Evangeline Lilly et le fanboy peut même s’extasier sur le concept de la déterritorialisation de Deleuze évoquée dans un article du blog de Pierre Sérisier.

Et puis mardi soir, avec Julia Lagrée et Dominique Montay du Daily Mars (qui m’ont fait regretter de ne pas avoir investi dans un clavier-support pour iPad, parce que c’est vachement bien pratique ce truc), nous avons eu l’occasion de discuter avec le troisième profil possible du festivalier : le troll. Je venais de sortir de la projection de QI, tout heureux. J’attendais ma chère amie Alix qui était en train de fondre en larme, comme une bonne partie de la salle, devant Don’t Ever Wipe Tears Without Gloves, série qui abordait la problématique du sida au sein de la communauté homosexuelle dans le Stockholm des années 80.

Et puis ce troll a débarqué. Sa particularité, c’est qu’il ne se savait (enfin, je crois… ?) pas vraiment troll. Et le troll qui s’ignore, c’est le pire. Tout fan de série est certainement en mesure de le reconnaitre en lui tapant la discut’. Je ne parle bien évidemment pas de cette personne en particulier mais de ce qu’elle incarne. L’identité de cet homme était d’ailleurs un peu étrange puisqu’il s’est présenté à nous comme un co-fondateur de Libération et critique cinéma depuis 40 ans. Oui, le mot est lâché : cinéma.

Très lucide sur la question, il confessait largement sa « condescendance » vis-à-vis des séries (qu’il ne regarde pourtant par car il n’a plus de télévision depuis genre 14 ans, disait-il), vis-à-vis de cette « mode » qu’il ne parvenait pas à s’expliquer. Même s’il montrait son plus grand intérêt à essayer de comprendre le cheminement de nos passions, il ne pouvait se défaire de l’idée que les séries télé étaient la conséquence d’une demande économique et non l’initiative artistique de créateurs qui avaient quelque chose à raconter. Autant dire qu’il parlait dans le vide. Mais il était intéressant de mettre un visage à ce mal qui ronge une partie de l’élite culturelle française, et que j’aborde assez fréquemment sur ce blog : le déni de la culture populaire. Cette thèse s’est d’ailleurs très vite confirmée dès lors que le terme « BD » s’est invité dans la discussion.

Il n’y a pas eu que de belles rencontres inopinées (je n’oublie pas Yaël, que j’avais connu à l’époque du magazine Générique(s), et qui travaille actuellement en maison de production) à Séries Mania, il y en avait aussi des attendues et souhaitées, de l’équipe du festival d’une grande gentillesse (je pense à la très accueillante Elise sans oublier Oriane, que vous connaissez peut-être si vous fréquentez le site d’Arte…) à quelques têtes que j’avais perdu de vue comme Sullivan Le Postec, ex-redacteur en chef du Village et en voie de passer scénariste professionnel. Et je n’oublie pas tous les autres avec qui on a formé, par petit bout, une sorte de groupe de parole évolutif post-projection (Delphine Rivet, Marion, Nicolas Robert, capecodmiss, LL, Lubiie, Julie – qui n’a pas de compte twitter ?! – et forcément l’équipe de Spin-Off éclatée pourtant en temps normal aux quatre coins de la France. Bon, et je dois en oublier alors milles excuses…).

J’en croiserai certainement d’autres dès demain, dernière journée pour ma part, mais il me semblait important de rappeler que la passion des séries, c’est avant tout un plaisir qui se partage et si possible avec d’autres êtres humains dotés d’une capacité à s’émouvoir, même quand il s’agit de découvrir Dos au Mur, la nouvelle série de Chérie 25. Car elle n’était finalement pas si terrible que ça (notez que c’est peut-être aussi l’usure du festivalier qui me rend – et nous a rendu – soudainement un peu plus indulgent).

Catégories : Chronique