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Séries Mania : Interview avec Boris Duchesnay, OCS

Candice Doll (Alysson Paradis), le personnage principal de QI, série d’OCS

Lors de mon enquête sur la diversité de la fiction française, j’abordais la question sensible du 26 minutes, ce format que presque aucune chaîne française ne souhaite implanter dans sa grille des programmes. J’ai rencontré à l’occasion de Séries Mania l’un des rares à croire aux vertus de ce format : Boris Duchesnay, directeur des programmes d’OCS, le bouquet des chaînes d’Orange.

Passé par le groupe Canal+ via TPS Star, il est arrivé au tout début des chaînes Orange. Depuis, il tente d’insuffler à cette entreprise télévisuelle une saveur particulière. Car depuis désormais un peu plus d’un an, l’une des priorités d’OCS est de faire naître une identité de création originale au travers de comédies largement décalées de 26 minutes. Il y a eu Plaisir de nuire, joie de décevoir (qui était un programme court à la base), QI (dont la saison 2 arrive le 3 mai) et Lazy Company, la petite dernière tandis qu’In America vient d’entrer en tournage. Interview.

Dimension Séries : Concrètement, en quoi consiste votre travail de directeur des programmes d’OCS ?

Boris Duchesnay : En gros, c’est de définir la ligne éditoriale d’OCS et ensuite d’approvisionner cette ligne éditoriale. La ligne éditoriale est quelque chose qui se fait généralement plutôt au moment de la création des chaînes, donc ça fait parti de mon job à l’origine. Et puis au quotidien, c’est comment alimenter cette ligne éditoriale en matière de cinéma, en matière de séries. Et le talent de l’équipe autour de moi, c’est pour la partie cinéma de trouver une programmation événementielle. Et sur la partie séries, c’est de trouver des séries qui ont une facture de « télé payante ». Alors, c’est un concept un peu large, un peu vague, mais en gros, c’est l’idée de trouver des séries qu’on ne verrait pas ailleurs sur le territoire français, qu’on ne verrait pas notamment en télé gratuite ou en TNT. C’est d’essayer d’anticiper les motivations pour lesquelles quelqu’un va vouloir payer pour voir une série chez nous. On espère proposer quelque chose d’ambitieux, d’original, de créativement surprenant.

Comment définiriez-vous le projet éditorial autour de la création que vous mettez en place sur OCS ?

Si je fais un historique rapide, très vite on a investi dans la création française. On a commencé par des formats courts de 3-4 minutes, et puis du documentaire de 26 ou 52 minutes, des portraits de réalisateurs ou bien de showrunners comme on peut le voir au festival. Et puis très vite, on a eu envie de s’intéresser à des formats un peu plus long pour faire exister aussi un peu plus notre politique en terme de diffusion déjà, pour que les abonnés identifient beaucoup mieux les programmes originaux qu’on pré-achète. Parce que c’est vrai qu’un format court, le problème au niveau de la programmation, c’est que c’est un peu perdu dans la grille. Si on n’a pas un gros carrefour d’audience type le journal de 20 heures, c’est un peu plus dur à identifier. Il y a un caractère un peu plus ambitieux dans le 26 minutes, même si on n’est pas encore dans le 52 minutes et en plus, ça nous permettait d’affirmer une politique éditoriale. Le format 26 minutes aujourd’hui, autant les américains le développent beaucoup sous toutes les formes, de la sitcom à la dramédie, en France il est encore assez rare, plutôt centré sur des programmes jeunesses par exemple.

C’est aussi un format qui, financièrement, est beaucoup moins risqué. On parle de quel budget moyen par épisode pour les séries 26 minutes d’OCS ?

En moyenne, on met autour de 50 000 euros par épisode de 26 minutes.

C’est très très bas par rapport à ce qui se fait ailleurs (cf. article La qualité dépend-elle de la diversité)…

C’est très très bas, mais on est vraiment dans une économie très différente de ce qui se fait ailleurs. Si vous posez la question à Canal+, par exemple sur Kaboul Kitchen, ils sont à beaucoup plus que ça.

Ils ont effectivement un budget moyen supérieur aux 400 000 euros par épisodes…

On est donc dans une économie low-budget avec des producteurs du coup assez ingénieux et innovants qui arrivent dans une économie calibrée à sortir des choses plutôt pas mal. Outre QI, les producteurs de Lazy Company ont fait un travail assez époustouflant de ce point de vue. Pour nous, c’est aussi une manière de travailler avec des producteurs qui sont pas forcément des gens installés dans la fiction française, qui démarrent ou qui faisaient du cinéma par ailleurs et qui ont envie de se mettre à la télé. Ensemble, on essaye de trouver une méthode de travail ce qui fait qu’on arrive à sortir des choses plutôt correctes. Pour nous, c’est une première étape mais on a quand même envie de creuser le sillon du 26 minutes avant de passer peut-être à un format plus long plus tard.

Qu’est-ce qui fait la particularité des séries d’OCS, outre leur empreinte éditoriale ?

C’est important de signaler comment on travaille. On met assez peu d’argent par 26 minutes mais du coup, on travaille aussi différemment des autres chaînes. On rencontre un producteur et des auteurs sur un concept, ça peut être 10 lignes de synopsis, ça peut être un pilote pré-tourné, ça peut être une bible. A partir du moment ou on est d’accord sur un concept, on signe ensuite un contrat et le producteur finalise l’écriture des scénarios mais on n’intervient pas dans cette écriture. Ils rentrent en production mais on n’intervient à aucun moment du processus de création. Nous, notre intervention est en amont, on se rencontre avec les producteurs et les auteurs pour dire ‘est-ce qu’on est bien d’accord que la série sera ça…’

Vous signez en quelque sorte une bible donc ?

On ne signe pas du tout de bible. On signe un contrat de pré-achat…

Mais à partir d’une bible ?

Non, à partir de différents éléments. Je vais être très honnête avec vous, sur QI, on avait signé à partir de 10 lignes de synopsis. Par contre, sur Lazy Company, on avait une bible, deux épisodes écrits et trois pilotes. Donc on a été beaucoup plus lent à être convaincu. Donc ça peut être à différentes étapes. Mais ce que je veux vraiment préciser, c’est que, ensuite quand on rentre dans le détail de la production de la série, on n’intervient plus du tout sur le processus créatif. On leur laisse une liberté créative totale. Du coup, une faculté et une rapidité d’action qu’ils n’ont pas s’il fallait faire valider toutes les semaines les écritures, le pré-montage, etc. On est aussi organisé de manière assez souple puisqu’on est deux : il y a moi et puis j’ai une personne avec moi qui s’appelle Marine Jouven, qui travaille déjà avec moi sur la partie long-métrage, et depuis le 1er janvier elle travaille avec moi sur cette partie fiction. Donc on lit, on défriche, on regarde ce qu’on va retenir, et voilà.

Une nouvelle série, In America, vient d’entrer en tournage. QI saison 2 arrive à partir du 3 mai. Vous avez d’autres projets en développement ?

On a France-Kbeck en écriture en ce moment qui devrait se tourner à la rentrée entre septembre et novembre 2013. Ça parle d’une jeune fille québécoise mais qui a toujours caché le fait d’être québécoise dans l’entreprise où elle est, dans sa vie française. Elle a fait un trait sur toute cette partie-là de sa vie. Et puis on la rejoint dans la série au moment ou son ancienne meilleure amie débarque chez elle dans sa vie, avec tout son côté québécois. Elle aussi veut faire un break mais elle ne pense qu’à une chose, c’est de lui ramener le Québec à Paris parce qu’elle pense qu’elle est très malheureuse. Et en fait pas du tout, elle veut le cacher, notamment dans son entreprise vis-à-vis de son patron qui a une dent contre les québécois, qui les déteste.

C’est une dramédie du coup ?

Non non, c’est une comédie. Les références, c’est entre Arrested Development et Scrubs.

Vous avez d’autres choses sinon ?

Oui, des choses sont à l’étude mais on n’en dit pas plus. En revanche, il y a Lazy Company saison 2 qui entre au tournage au mois de juin. 10 épisodes de 26 minutes.

Sans transition, une question plus générale sur OCS et notamment son accessibilité : comment se fait-il que le bouquet ne soit toujours pas accessible sur le deuxième fournisseur d’accès à Internet en France, Free ?

Je n’ai pas d’explications précises…

Est-ce lié à la petite guéguerre Orange-Free ?

Non non non. Parce que, quand on parle de la distribution des chaînes, il y a un vrai business y compris pour Free. Donc je ne pense pas qu’il y a un problème philosophique.  Après, il y a vraiment des discussions en cours depuis quelque temps et moi, je pense, sans trop m’avancer, qu’on verra cette année les chaînes OCS sur Free. Donc c’est prévu. C’est prévu sur Numericable, c’est en discussions avancée. On est déjà sur CanalSat, SFR, évidemment sur Orange et puis sinon tous ceux qui le voudront. En tout cas, notre logique c’est d’élargir la distribution et du côté de ces FAI ou de ces distributeurs, il y a plutôt un accueil bienveillant donc je pense que les choses se feront naturellement.

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