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Mad Men, il y aura des morts

A chaque fois qu’elle effectue son retour, plus encore depuis la saison 5, Mad Men est une série décortiquée sous toutes les coutures. Pas parce qu’elle serait infiniment plus intelligente, plus fine ou plus judicieuse que les autres mais parce qu’après avoir récolté autant de récompenses, chacun semblerait vouloir déceler le premier la moindre des défaillances qui annoncerait le début de sa fin.

Une série attendue au tournant

C’était déjà plus ou moins le cas, d’ailleurs, avec la saison 5. Il faut dire qu’après avoir patienté pendant de très longs mois, le temps qu’AMC trouve un deal avec le créateur de la série, Matthew Weiner, la série avait dû patienter près d’un an et demi avant d’effectuer son retour. Et si quelques personnages avaient radicalement évolué, cette fournée n’avait offert qu’une très jolie révélation, Jessica Paré, dans le rôle de Megan Draper.

Pour ma part, je retiendrai surtout l’évolution dangereuse de Pete Campbell, l’ombre juvénile de Don Draper. Il semble petit à petit marcher dans ses pas, avec en plus une naïveté et une provocation qui le rend à la fois détestable (on peut encore s’en apercevoir dans les deux premiers épisodes de la saison 6) et attachant (rappelez-vous des doutes qui l’assaillent, de temps à autre, vis-à-vis de sa femme ou même, dans les premières saisons, à cause de son comportement envers Peggy).

C’est certainement la plus grande force de Mad Men : parvenir à construire des personnages aux émotions nuancées et quasi-systématiquement très bien justifiées, soit par leur passé (il est encore question du Dick Whitman, le vrai nom de Don Draper avant la guerre…), soit par leurs conditions sociales qui, parfois, ont raison d’eux, soit par leurs failles, et elles sont nombreuses.

Un suspense finalement surprenant ?

La fin de la saison 5 nous laissait sur un plan d’un suspense insoutenable : le voyage qu’avait entrepris Don Draper aux côtés de Megan l’avait-il guéri ? Parviendrait-il à rompre avec ses démons. Si l’on obtient la réponse uniquement dans les derniers instants du double-épisode, « The Doorway« , qui entame la saison 6, ses premières minutes la met formidablement en scène. On y suit un Don silencieux, sauf lorsqu’en voix-off, il lit La Divine Comédie de Dante. Les scénaristes s’amusent donc à prolonger notre attente avec un sadisme assumé. Don Draper semble à la fois réfléchi mais en même temps défiguré, prostré et interrogatif. Mais la réponse finale à la question s’inscrit terriblement dans l’ambiance de cet épisode.

Je me suis déjà ennuyé devant Mad Men. Son épisode pilote n’était pas du tout extraordinaire et n’esquissait qu’en quelques lignes de dialogue tout le potentiel qu’elle démontrerait plus tard. Mais si certains citent la scène du Carrousel ou la scène du tir aux pigeons parmi les moments phares de Mad Men, j’en citerai pour ma part une autre, celle qui me vient la première à l’esprit : la découverte que Peggy est enceinte. C’est pour moi ce que la série parvient à faire de mieux, prendre le téléspectateur par surprise, lui faire une promesse narrative qui sera elle-même récompensée par une nouvelle idée. Quand elle parvient à réaliser une telle prouesse, elle me comble, comme toutes les séries qui le font.

Contemplative, vous avez dit ?

Certes, Mad Men a également toujours été une série comme suspendue dans un état mouvant, une sorte de zoo sans bruit dont on contemplerait les relations hommes-femmes avec une pointe de cynisme. Mais jamais elle m’avait plongé dans une tristesse profonde, jamais elle ne m’avait évoqué à ce point la mort comme « The Doorway » a pu le faire. Cette entrée en matière, bien qu’ornementée de chemises à fleur et d’un grand soleil rayonnant, est la plus sombre de toutes. Paradoxalement – ou est-ce là une coïncidence glissée sournoisement ? -, si l’on découvre un Don Draper inchangé, ce n’est pas le cas de Megan dont la carrière décolle. La joie se lit sur son visage. En retour, Don lui offre un sourire gêné et refuse de partager ce bonheur, s’enfonçant semble-t-il dans un alcoolisme encore plus accentué. On a donc la réponse : non, Don ne va pas mieux. Son état s’empire et on s’aperçoit que la dépression entamée en saison 4 n’a pas vraiment pas disparu.

Je reste sur ma faim ceci dit quant à mon personnage préféré, Pete Campbell, dont les interventions se résument à envoyer valser Don. Joan, qui a subi un choc infâme la saison précédente, fait également de la figuration. J’espère que l’histoire va s’épaissir autour de son traumatisme. Et l’on découvre enfin un Roger Sterling au bord de la crise de nerf, après avoir refusé d’écouter ses sentiments. Bref, un épisode prometteur mais déprimant pour une série qui n’a jamais caché son amour pour la mélancolie. Finalement, Mad Men n’a-t-elle jamais été autant Mad Men ?

Catégories : Drama · Point de vue · Série américaine