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Dexter, ce personnage que j’ai aimé

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Fin d’année dit mi-saison pour les networks et saisons terminées pour les séries du câble premium lancées à la rentrée. Entre deux repas bien chargés, je m’arrête quelques minutes sur la saison 7 de Dexter qui vient de s’achever. Une série pour qui je vouais un véritable culte il y a quelques années et qui, dorénavant, me consterne. Voilà pourquoi…

Coup de foudre

Ce fut l’une de mes plus grandes joies de sériephile lorsque je me suis lancé dans ce petit monde de la fiction télé. J’avais une saison de retard et je suivais au rythme américain la saison 2, sachant que, quelques semaines plus tôt, j’avais terminé Six Feet Under. Mon adoration pour Michael C. Hall était donc à son paroxysme, tout comme mon amour pour son personnage de tueur en série. Dexter venait d’accoucher de son probable meilleur épisode, « Resistance is Futile » (2.09), celui où les scénaristes se sont amusés à nous faire croire, après une longue enquête, qu’il était le suspect dans l’affaire du Bay Harbor Butcher.

Cinq saisons plus tard, rien n’a changé. La mort de Rita n’a eu aucun effet sur lui, les enfants ne lui cassent plus les pieds et le téléspectateur suit le kill-kill quotidien de cet expert qui analyse les traces de sang et tue les méchants au gré de ses pulsions. Si bien que je n’ai même pas terminé la saison 6 : l’intérêt que je lui vouais ayant été plombé par l’impression, déjà amorcée dès la saison 3, d’une série qui se CSI-ise (Les Experts-ise) pour le bien du porte-monnaie du producteur et du diffuseur.

Douche froide

A ceci près que sa relation avec Debra a évolué. Désormais, elle est donc – imaginez-moi en train d’exploser de rire au moment de cette découverte – amoureuse de son frère, ce qui tombe bien parce qu’elle va devoir avaler le fait qu’il est un tueur en série. Mais heureusement pour sa conscience, il tue que des méchants et c’est bien pratique quand on est policier mais que l’on a pieds et poings liés. De cette série à la fois moderne et subversive, car l’on se précipitait vers la mort d’un personnage que l’on adorait malgré sa nature, Dexter a voulu que le téléspectateur s’accommode de cette nature morbide en en faisant un outil de divertissement.

Cet allongement superficiel du récit s’est traduit très tôt dans la série, dès la saison 3, et a été reproduit, avec plus ou moins de succès, d’année en année. L’indicateur principal se retrouve dans l’altérité : alors que Dexter, complètement asocial, se questionnait sur sa propre nature au contact des individus – ce qui aurait dû le conduire dans une folie destructrice (et l’on aperçoit son potentiel pendant seulement 10 secondes au lendemain de la mort de Rita…) en constatant qu’il était prisonnier de sa condition -, la série a inversé ce schéma.

Les amis, c’est pas pour la vie

Aussitôt, il s’est mis dans l’idée qu’il pourrait se faire ce que j’ai appelé un « buddy-killer » (un ami-tueur). Les scénaristes ont donné à ce buddy diverses peaux : le frère (saison 3 avec Miguel Prado), le père (saison 4 avec Arthur Mitchell), la copine (saison 5 avec Lumen)… Bref, à chaque fois, un nouveau prétexte pour prolonger l’histoire en injectant des enjeux extérieurs au principe de la série, en voulant faire de Dexter l’humaniste qu’il n’a jamais pu être. Si la quête de l’inaccessible est un joli voyage à proposer à un téléspectateur, elle doit encore naître de la nécessité du récit. Mais ici, rien ne semble nécessaire et tout semble dispensable si bien qu’au début de la saison 7 (en omettant Debra), rien n’a évolué depuis le dernier épisode de la saison 2. Rien du tout.

A tel point que les indices laissés suite à la mort de Doakes en saison 2, et que l’on espérait tous être explorés dès la saison 3 par Laguerta pour maintenir une menace sur Dexter (et sans qui la série n’a jamais su fonctionner), ont finalement fait l’objet de recherches… mais quatre ans trop tard, seulement cette saison. Il fallait oser.

Dexter est une série que j’ai adoré mais qui me rend profondément triste. L’ambition mercantile d’une chaîne et d’un studio a eu raison d’un personnage que l’on a adoré détester, en voulant faire de lui un Grissom new generation. La série semble désormais botoxée de la tête aux pieds et plus rien ne semble authentique à l’exception des bêtises des scénaristes. Vivement sa mise à mort, quelque soit le moyen utilisé.

Catégories : Critique · Série américaine