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R comme Rediffusion

En France, il est un terme dans le petit monde de la télévision qui est utilisé à n’en plus finir et sous différents sens. « C’est inédit » ; « inédit en France » ; « inédit en clair« … Oui, le mot « inédit » se multiplie comme des petits pains au chocolat à en faire rougir d’agacement Jean-François Copé. Que ce soit sur les chaînes de télévision mais aussi dans les magazine ou journaux annonçant, chaque soir, la douce litanie du PAF. Étudions donc sur trois cas différents, TF1, France 2 et Canal+, les différences attribuées au terme « inédit« .

S’il y a 10 ans, l’utilisation de ce terme pouvait encore être assimilé comme envisageable, il parait de moins en moins pertinent de nos jours à l’heure de la mondialisation des écrans et de leurs contenus par l’intermédiaire d’Internet. C’est notamment le cas pour le petit monde des séries dont la cadence de production hors de l’hexagone fait sauter les frontières virtuelles de notre pays. Désormais, tout le monde a accès aux épisodes au lendemain de leur diffusion aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, que ce soit illégalement mais aussi – ça vient petit à petit… – de manière tout à fait légale comme avec l’offre d’OCS à la demande ou bien avec le service de TF1.

Principe et méthodologie

Alors que la plupart des pays d’Europe occidentale (ou tout du moins, du même niveau de développement que la France) produisent et produisent et produisent en nombre leur fiction nationale, la France, dans cette situation, s’en sort avec le bonnet d’âne. Nos amis les anglais fournissent deux fois plus de volume horaire en fiction que nous, et la production allemande est également supérieure à la nôtre. Ceci dit, on ne va pas s’arrêter à cette question de quantité (et je crois développer le sujet de la qualité des contenus depuis la création de ce blog de toute façon).

On va cette fois-ci se pencher sur le détail de la rediffusion française de séries qui sont, pour le coup, d’origines américaines. Attention, quand je parle de rediffusion, c’est un terme que j’emploie à un niveau international. Par exemple, la première diffusion de 24 Heure Chrono a eu lieu le 6 novembre 2001 sur la chaîne américaine Fox. Toutes les autres premières diffusions dans les autres pays du monde sont donc des rediffusions de cette première diffusion. En d’autres termes : tous les magazines qui mettent « inédit » pour qualifier la diffusion en France d’une série américaine se trompent. Elles devraient plutôt indiquer « Première diffusion française » ce qui, je vous l’avoue, est beaucoup moins classe… par exemple dans le cas d’une chaîne comme TF1 – la première chaîne d’Europe parait-il. Rien que sa voisine anglaise, ITV, a plus d’atouts qu’elle…. – qui fonde en grande partie son image sur des créations non-françaises.

Avant de lire la suite, je vous propose d’expliquer ma méthodologie et le sens de lecture des graphiques. Pour chaque série et pour chaque saison, j’ai comparé la date de diffusion française à la date de diffusion originale. Les courbes sur le graphique représentent ainsi la différence en nombre de mois entre ces deux diffusions. Sur l’axe des abscisses se trouve l’année de la diffusion originale de la saison. Chaque année représente donc (sauf rares exceptions) une nouvelle saison de la série en question. Sur l’axe des ordonnées se trouve le nombre de mois qu’il a fallu pour qu’une chaîne française diffuse cette saison. En somme : plus la courbe est proche de 0 et moins la chaîne a tardé pour diffuser sa série. Enfin, chaque changement d’inclinaison des courbes est synonymes, de ce fait, d’un changement de rythme et, la plupart du temps, de case annuelle de programmation de la chaîne française vis-à-vis de la chaîne originale.

TF1, le règne du désordre

La première chaîne française n’est pas connue pour être la plus respectueuse des œuvres qu’elle diffuse. Nombreuses sont les séries américaines (qui pourtant, pour leur grande majorité, démarrent quasiment chaque saison à la même période) qui subissent les foudres d’une programmation en dent de scie, voire de déprogrammation pendant quelques mois puis la reprise à 1h du matin…

Sur 11 séries étudiées (V, Dexter, Grey’s Anatomy, Les Experts, Les Experts Manhattan, Les Experts Miami, Dr House, Mentalist, Esprits Criminels, New York Unité Spéciale et 24 Heures Chrono), TF1 les a en moyenne rediffusées pas loin de 16 mois plus tard que leur première diffusion mondiale. Dexter remporte la palme du plus mal loti, avec 44 mois de retard en moyenne depuis ses débuts sur Showtime, la chaîne américaine. De toutes les saisons qui ont mis le plus de temps pour arriver sur TF1 ? La saison 6 de 24, 59 mois après sa diffusion sur Fox. Un joli exploit, d’autant que la saison est diffusée à 1h du matin !

France 2, une certaine constance

La première chaîne publique a largement réduit son bouquet de séries étrangères sur son antenne, je n’ai donc pu étudier que 9 séries (New York 911, Boston Public, Friends, Private Practice, The Closer, Cold Case, Castle, FBI Portés Disparus et Urgences). De fait, il est plus difficile de tirer des enseignements mais cela permet de se replonger dans le passé des séries. C’est notamment le cas avec Friends ou Urgences. Pour chacune, le téléspectateur français devait attendre en moyenne chaque saison un peu plus de 17 mois pour la sitcom et un peu plus de 11 mois pour la série médicale après leurs diffusions sur NBC.

La chaîne prouve cependant qu’il est possible de faire des efforts en faveur d’une programmation plus logique – ou en tout cas plus respectueuse pour ses téléspectateurs. Alors que pour TF1, chaque nouvelle saison (sur la base de celles étudiées, et sur un différentiel d’un mois) avaient près de 70% de chances de voir leur case annuelle changer vis-à-vis de la diffusion américaine, ce chiffre tombe à 57% du côté de France 2. Sa moyenne de retard au total est en revanche légèrement supérieure à celle de TF1 : 16,1 mois (vous noterez que le panel de séries est moins important sur France 2…).

Canal+, le meilleur élève ?

La chaîne cryptée est considérée en France, notamment grâce à sa politique de productions de séries maison, comme le diffuseur le plus studieux du PAF. Dans le cadre des rediffusions, se place-t-elle dans le même créneau ? A priori, ce serait plutôt le cas effectivement sur les 10 séries étudiées (24 Heures Chrono, Damages, Desperate Housewives, Weeds, Nurse Jackie, Rome, Cold Case, MI-5Dexter et Mad Men).

Non seulement, la plupart de ces séries (7 sur 10) sont diffusées moins d’un an après leur diffusion originale – la moyenne totale s’établit à un peu moins de 11 mois de retard – mais en plus, elle a plutôt tendance à respecter la case annuelle de programmation de la série. Car la chaîne essaie en général de programmer une série dans une même case annuelle pendant deux ans, avant de changer pour une autre. Au final, le pourcentage de modification de case par saison s’établit à 50% (rappel : il est de 57% sur France 2 et quasi 70% sur TF1).

 

N’hésitez pas à relire P comme Policier, où j’ausculte le taux de séries policières parmi les chaînes françaises, américaines et anglaises.

Catégories : Décryptage · Série américaine