Faut-il regarder Main Courante ?

France 2 lancera ce soir une nouvelle série policière, Main Courante. Le principe : un commissariat fictif plongé dans la banlieue de Nantes. Au lieu de traiter de crimes de guerre, pédophilie et autres faits divers atroces, Main Courante prend le parti de suivre les petites affaires – pas forcément moins graves mais moins habituelles dans les séries policières – des petites gens (homme battu, empoisonnement, vol de croissant, etc).

Donc oui – je vous entends déjà venir -, je vais parler ici d’une série policière et plutôt en bien. Je vous prends au dépourvu, hein ? Croyez-moi, vous n’êtes peut-être pas au bout de vos surprises.

Énergie et humour

Vous commencez à me connaître. Les séries policières et moi ne font pas bon ménage. Il arrive, pourtant, au détour d’exceptions, que je parvienne à faire abstraction de ce blocage psychologique une fois confronté au talent évident des scénariste (je parlerai bientôt de The Wire dans un prochain billet).

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Talent évident pour Main Courante ? Je n’en sais rien à vrai dire. En revanche, la série a pour elle des qualités évidentes. La première, qui frappe au premier abord, c’est sa réalisation. Tournée en plan-séquence à la manière d’un The West Wing, elle offre un dynamisme à un genre souvent prostré par un décor neutre, pour ne pas dire austère, que représente un commissariat de police. Mais ce dynamisme ne force pas un trait pour en cacher d’autres moins glorieux. Il soutient, aussi, des dialogues légers, rapides et même souvent drôles.

C’est la seconde qualité de Main Courante : l’humour. De ce point de vue, on pourrait presque dire qu’il s’agit ici d’une dramédie au sens d’Aaron Sorkin. La série s’appuie sur plusieurs personnages traités de manière inégale : Kreusky est la commandant râleuse en charge de son équipe, on retrouve quelques policiers volontaires et parfois gaffeurs, il y a le commissaire Mercier, taulier de la maison qui doit rendre des comptes à coup de statistiques. Chacun se croise, s’entrecroise et s’envoie systématiquement des vannes dans les couloirs, entre chaque scène – ce qui permet en plus d’offrir des liaisons originales entre les intrigues.

Des personnages… qui finissent par être très attachants

Si sur les deux premiers épisodes (surtout le premier), on ignore encore la variété psychologique des personnages, ceux-ci parviennent à prendre de l’épaisseur sur la longueur. Mercier (vidéo ci-dessous), par exemple, se révèle presque comme un cousin de Jack Rudolph, aussi ronchon, rigide et dépressif que le personnage de Studio 60. Cliquot, le flic d’expérience qui en impose physiquement, devient l’homme sur lequel on se repose en cas de coup dur. Manon, qui ne semble pas faites pour le job, déclenche une immense empathie vers ses collègues, etc. Ils sont par ailleurs soutenus par des personnages secondaires (ceux qui incarnent les intrigues bouclées à chaque épisode) interprétés de manière impeccable. Sur ce dernier point, c’est une chose rare en France de voir un tel soucis du détail, donc profitez-en.

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Le principal problème de Main Courante, c’est qu’il faudra passer par la case « Premiers Episodes ». Là encore, la télévision française montre son incapacité à lancer une histoire et des personnages en toute fluidité, en créant une empathie ou tout du moins une curiosité d’emblée. Il faudra donc batailler pour surmonter l’épreuve du pilote, où l’ensemble des personnages semble crier sans aucune raison – mention spéciale au commandant Kreusky, le personnage incarné par Marie Bunel qui est certainement le moins subtile de l’ensemble de la série malheureusement… Cette énergie, que les téléspectateurs vont prendre en plein visage ce soir, pourrait être clairement décourageante. Mais si vous tenez bon, votre courage sera récompensé car l’attachement aux personnages explose à partir des épisodes 3 et 4.

Main Courante est une série policière correcte, très énergique. A la fois sympathique, franchement amusante, elle se permet même le luxe de ne pas se concentrer systématiquement sur l’affaire de l’épisode pour développer la psychologie et la vie privée de ses personnages principaux. De la série policière agréable, en somme, loin des micro-ondes des Experts. Une héritière sage de la série façon Aaron Sorkin.

Catégories : Critique · Drama · Série française