« Fais pas ci », une habitude douillette

Ce mercredi est un jour un petit peu spécial. Pour la troisième année consécutive, le mois de novembre va accueillir mes deux familles hystériques préférées du PAF, les Bouley et les Lepic. On arrive cette année à la cinquième saison de Fais pas ci, fais pas ça, ce qui, en soit, est d’autant plus un exploit en France qu’il s’agit d’une comédie – la seule de France Télévisions, d’ailleurs.

Donc je résume… Série française, comédie, France Télévisions, cinq saisons (et, depuis trois ans, chaque saison étant livrée par la maison de production à la même période) : Hey, mais, dis donc, on n’y arriverait pas, par hasard, à l’industrialisation des séries télé ? Hey, mais dis donc, on n’y arriverait pas, par hasard, à produire de la bonne comédie tous les ans ? Hey, mais dis donc, tu nous parlerais pas un peu de la nouvelle saison, par hasard ?

Une saison 5 qui garde le cap

Okay, okay. Cette petite introduction se devait de nous rappeler une chose qui est la terrible preuve de ce que j’expliquais dans le précédent billet : Non, les Français ne sont pas plus nuls que les autres et oui, si on s’en donne les moyens, on peut faire aussi bien. A condition, évidemment, de garder le cap artistique.

Et de ce point de vue, la saison 5 de Fais pas ci, fais pas ça ne s’éloigne pas vraiment des saisons 3 et 4. Je dirais même que c’est presque l’équivalent, en bien et en moins bien. Commençons déjà par le bien. Et en premier lieu : le plaisir. Putain, que c’est bon de retrouver des personnages auxquels on se sent attachés – et c’est d’autant meilleur que ce sentiment reste encore peu existant pour une bonne comédie française, la dernière étant Kaamelott, en gros. Bon, et le moins bien alors ? Disons que c’est peu surprenant, après avoir vu les quatre premiers épisodes.

La famille Lepic

Les Lepic sont toujours bien là, dans le doute d’un conservatisme à l’épreuve d’une société progressiste pour les parents, et dans l’épreuve d’une vie de plus en plus concurrentielle pour les enfants. Un paradoxe qui a toujours existé au sein de cette tribu et qui marque la télé française d’une couleur familiale inédite – plus française que jamais et en même temps plus en proie à l’incertitude.

Cette saison, leur foyer est encore plus dérangé que par le passé. Fabienne, de plus en plus occupée par son job à la mairie, est de moins en moins présente à la maison. L’idée avait été déjà développée dans les saisons précédentes mais elle va gagner en amplitude cette année, avec un départ un peu impromptu (et malheureusement inintéressant, mais cela ne concerne qu’une intrigue sans véritable conséquence au final…) de la Môman « bijou » Lepic vers le pays du caribou. La difficulté – et le rire côté spectateur – est d’autant plus grande pour le Pôpa que les enfants s’épanouissent chacun de leurs côtés.

Pire, Christophe – qui reste mon personnage préféré de l’ensemble de la série -, toujours fourré devant un frigo, à becter quatre pots de yaourt d’une traite, se plait à trouver dans le parcours de Denis Bouley un modèle.

La famille Bouley

Les Bouley restent également fidèles à eux-même. Denis Bouley vient de sortir un parfait petit manuel anti-malheur intitulé, dédicace à François, Le Bonheur c’est maintenant. Pour faire la promo, il compte un peu naïvement et en toute sérénité – mais pas devant une étagère IKEA – sur son tocard d’éditeur incarné par Jonathan Lambert, pique-assiette qui dispose d’un bras aussi long que la queue du marsupilami pour obtenir des plans foireux grâce à divers membres de sa famille. Evidemment, ça foire – et pas systématiquement avec des éclats de rire pour ma part. Mais on l’aime tellement, Denis, qu’on le lui pardonne.

Valérie fait face à une idée ingénieuse trouvée par les scénaristes pour lier les deux familles : elle aura la responsabilité dans son travail d’un nouveau budget, une grosse campagne de pub lancée par Binet, à l’initiative de Renaud Lepic qui prend un peu de grade (il était numéro 2, je vous laisse deviner où il va atterrir).

Enfin, leurs enfants passent tous les deux par des étapes attendues – et en même temps logiques car ils ont grandi depuis le début de la série – de l’adolescence. Ce qui promet notamment de révéler la sensibilité d’une Tiphaine un peu dépressive et permet à Eliot de dévoiler une facette un peu plus « passionnée » de son personnage. Dommage cependant que son caractère précoce et intelligent, comme il nous était présenté lors des premières saisons, ne soit plus d’actualité.

Pas de surprise, bonne surprise ?

En clair, cette nouvelle saison rebat les cartes de la saison 3 et de la saison 4. L’intrigue Christophe-Tiphaine se développe, Isabelle Nanty (mais également André Manoukian – Dédé, je t’aime – et Frédérique Bel) effectue son retour, Renaud et Valérie apprennent à mieux se connaître, les parents font des gaffes et leurs enfants leur font la leçon… Bref, on nage en terrain connu.

Les repères idéologiques sont toujours là, à travers une série clairement installée à gauche depuis ses débuts – les vannes subtiles sur Sarkozy, sorte de running-gag sur l’ensemble de la série, sont de la partie ; les moments de tendresse qui me mettent mal à l’aise sont toujours là eux aussi – mais ils permettent par exemple à Alexandra Gentil, qui joue Tiphaine, de montrer un véritable progrès dans son jeu ; les cris, gémissements et autre miaulements hystériques de Fabienne appartiennent, forcément, toujours au décor, et la liste pourrait continuer. Fais pas ci, fais pas ça traîne ses casseroles comme elle traine ses fiertés. Un joyeux concert dissonant qu’il serait tout de même dommage de louper.

La saison 5 de Fais pas ci, fais pas ça, d’après ses 4 premiers épisodes, est un agréable moment à passer (attention cependant – l’épisode 1 reste correct mais l’épisode 2 est un désastre… L’épisode 3 et 4 sont en revanche, eux, bien plus au niveau !) mais, je n’y peux rien, j’ai toujours la nostalgie de la saison 1. Ses épisodes qui duraient 10 minutes de moins, ses intrigues plus resserrées et ses gags plus incisifs, son caractère bien plus parodique que familial (aïe, ces musiques au piano soulignant un moment de tendresse insérées depuis la saison 2 – la pire de toutes – n’ont vraiment rien à faire dans les comédies que j’aime…), autant d’éléments qui me font dire une chose : Fais pas ci, fais pas ça aurait été une bombe en 26 minutes. On se contentera des 52 actuelles…

Fais pas ci, fais pas ça (France 2). Créée par Anne Giafferi et Thierry Bizot. Diffusion des huit épisodes de la saison 5 à partir du 7 novembre, jusqu’au 24 novembre.

Catégories : Comédie · Critique · Série française