Replay. Les Revenants, Nashville…

On arrive au bout de la rentrée des séries et la plupart des nouveautés ont finalement débuté à peu près partout sur la planète mais surtout aux Etats-Unis. Cette semaine, un Replay pluri-national donc : une série anglaise, deux séries américaines mais également deux séries françaises. Il y a l’occulte Switch, la musicale Nashville, l’héroïque Arrow, l’envoûtante Les Revenants et l’absurde Les Opérateurs. Bonne lecture.

 

Switch (ITV2)

Les sorcières et moi, ça fait trois. Parce que deux ne suffirait pas à définir à quel point ces créatures fantastiques ne m’intéressent guère. Sauf quand elles ne sont pas représentées sous des traits habituels, façon Blair Witch, dont je garde un souvenir heureux et effrayé – j’étais jeune, excusez-moi. Vous l’avez compris, Switch, ça va parler de sort, de souris et de recettes magique. On y suit le quotidien très contemporain de quatre jeunes filles héritières d’un passé de sorcières transmis apparemment par leurs mômans.

Pour réaliser des enchantements de toutes sortes, elles doivent être unies, toutes les 4, façon Charmed. Mais le scénario est bien moins niais que celui de leur homologue américaine : point, ici, de grands principe et point, ici, du besoin de se cacher pour ne pas se faire repérer. Le ressort dramatique n’est pas de savoir si elles vont se faire avoir – même si la série en joue parfois – mais comment elles vont se sortir de situations très basiques (comme ne pas se faire virer par sa patronne). Alors c’est mignon, c’est punchy et c’est visuellement pas trop laid, certes, mais ça ne provoque pas en moi l’envie irrépressible de suivre leurs aventures.

Créée par Chloe Moss et Tim Price. Diffusée depuis le 15 octobre.

 

Nashville (ABC)

Considéré par les critiques avant même sa diffusion comme l’un des meilleures pilotes de la saison parmi les nouveautés, Nashville avait provoqué en moi un double-sentiment. D’abord, l’excitation de peut-être, enfin, retrouver un grand drama de network à la façon d’Urgences ou de The West Wing. Mais ça n’arrive qu’une ou deux fois tous les 5 ans. Et ensuite de la méfiance parce que tout de même, Country + Soap = le mélange parfait pour un nanard comme seule la télé américaine sait en produire. Et puis…

Et puis je n’avais pas totalement tort d’être méfiant. La série s’appuie sur une situation classique : la vieille chanteuse, ancienne star, installée dans sa maison de disque depuis plus de 20 ans, se fait concurrencer par la nouvelle midinette dont la musique n’est qu’un moyen pour se faire une montagne de fric. Du fait de ce clacissisme, j’aurais attendu moins de manichéismes dans la mise en place de cette opposition. J’ai eu également énormément de mal à trouver plausible (autant, le réalisme ne m’intéresse pas mais en revanche, j’exige d’un drama que ce qu’il raconte soit plausible au sein de son univers) le fait qu’une artiste à succès, qui a rempli des stades, puisse faire la manche du jour au lendemain… Ce qui va la contraindre à accepter le deal que la maison de disque lui propose, avec la nouvelle jeune chanteuse. D’autant que rien, dans son comportement, ne trahit de faille ou de faiblesse – qui aurait pu valider la thèse qu’elle ait dépensé tout son argent -, si bien que ce manque de relief façonne un personnage monoforme assez peu intéressant.

Créée par Callie Khouri. Diffusée depuis le 10 octobre.

 

Arrow (CW)

Après les sorcières, je ne dois pas dire être un grand fan des superhéros. Au cinéma, aucune des adaptations de Marvel n’a su m’émouvoir ou provoquer en moi une réflexion sur le transhumanisme par exemple. Même pas Iron Man, qui se contente d’aligner des blagues – auxquelles je ris, tout de même – à la manière d’un John McClane. Mais de toute façon, Hulk > Iron Man. Trève de digression, parlons du superhéros du jour, Arrow, une sorte de croisement entre robin des bois et Jack Bauer.

Sa mythologie ? Oliver Queen, milliardaire, un bad boy ténébreux qui survit, seul, à un naufrage pendant 5 ans. Son retour, là où démarre la série, est une épreuve pour lui car il doit à la fois s’intégrer à une famille qui le croyait mort et en même temps renouer les liens avec son ex-copine, Laurel Lance, dont il s’était tapé la soeur, Sarah, morte dans le naufrage. Mais Oliver Queen a une identité secrète : pendant ces 5 ans, il s’est créé un personnage, un archer vêtu tout de vert qui oeuvre pour la veuve et l’orphelin. Il devient en même temps l’ennemi numéro 1 de la police locale menée par le détective Quentin Lance, père de Laurel et Sarah. C’est long et compliqué à expliquer mais c’est simple et agréable à suivre. La question, c’est de voir la manière dont ils vont faire durer le concept et, en même temps, faire progresser le fil rouge. C’est généralement sur ces questions là que les séries de la CW perdent tout intérêt.

Créée par Greg Berlanti, Marc Guggenheim et Andrew Kreisberg. Diffusée depuis le 10 octobre.

 

Les Revenants (Canal+)

A la télévision française, il peut y avoir des miracles. Pour être tout à fait franc d’ailleurs, vu l’absence écrasante d’ambition et de production de séries chez nous, on n’a presque pas le choix. Pour ne pas perdre la foi, pour ne pas tomber dans la facilité du cynisme, on se doit de croire au futur messie. Si Ainsi Soient-Ils parvenait à tracer un chemin prometteur, c’est sur Les Revenants, je crois, que l’on va pouvoir faire reposer tous nos espoirs. Car quitte à être déçu, son premier épisode est déjà une aventure formidable.

La dernière fois que j’ai été aussi touché par un pilote de série, c’était Breaking Bad. Je suis heureux de ne pas m’être trompé – mais parce que la qualité ne trompe pas. Les Revenants parle du retour à la vie de plusieurs personnages quelques années après leurs morts. Mais contrairement à un film de zombies, ils ne prennent pas l’apparence de mort-vivant. Au contraire, ils semblent en pleine forme. Cet épisode s’occupe à détailler, en toute plausibilité, les réactions des familles qui recueillent leurs proches. Certains ont fait leur deuil, d’autres vivent dans le déni… la manière dont chacun a vécu leur disparition influe donc sur leur manière dont ils vont accueillir leur retour. Une situation dramatique parfaite qui permet à la fois de jouer sur l’émotion mais également le mystère. A ce titre, le contexte de la série, qui se déroule dans une campagne fictive, proche d’un lac et encerclée de montagnes, joue à mort le registre de Twin Peaks. L’ambiance est saisissante et l’hommage majestueux. Bref, c’est un miracle.

Créée par Fabrice Gobert, d’après le film du même nom de Robin Campillo. Diffusée à partir du 26 novembre.

 

Les Opérateurs (Studio 4.0)

C’est la première fois que je parle d’une websérie dans un Replay. Et ce n’est peut-être pas la dernière fois. France 4 a lancé récemment une plateforme qui leur est dédiée, Studio 4.0. Leur fait d’arme principal, outre l’acquisition de webséries étrangères, c’est d’avoir conclu un deal avec François Descraques, créateur de la websérie Le Visiteur du Futur. Du coup, Studio 4.0 diffuse en avant-première (avant la diffusion sur la chaîne France 4, le 19 novembre) la nouvelle websérie de ce scénariste-réalisateur innovant : Les Opérateurs.

A l’image de l’univers de son créateur (la série est aussi co-créée par l’interprète principal, Slimane-Baptiste Berhoun), cette nouvelle websérie s’appuie le gag et l’absurde pour faire avancer une histoire mystérieuse. L’histoire ? Slim est engagé dans une entreprise nommée [.] (oui, c’est impossible à prononcer) en tant qu’opérateur référent. Problème : personne ne sait vraiment ce que l’entreprise produit, pas même sa nouvelle collègue, Fran, persuadée que des extra-terrestres tirent toutes les ficelles. D’épisode en épisode, le duo cherche ainsi à en découvrir plus sur cet univers intriguant, pitché par François Descraques comme un mélange de Caméra Café et de Lost. Au moment où j’écris ces lignes, les 5 premiers épisodes ont été diffusés sur Internet, et je reste tout de même déçu. Peut-être en attendais-je trop mais je trouve que la série souffre d’un problème de rythme – certains épisodes semblent être ainsi trop creux par rapport à d’autres qui auraient mérité d’être prolongés pendant de longues minutes supplémentaires. Est-ce du au format de six minutes, non-compressible et non-extensible, du fait de la diffusion télé ?

Créée par François Descraques et Slimane-Baptiste Berhoun. Diffusée depuis le 13 octobre.

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