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Homeland revient sans triompher

ATTENTION : IL EST CONSEILLE D’AVOIR VU LA SAISON 1 ET LE PREMIER EPISODE DE LA SAISON 2 DE HOMELAND.

C’est le carton de la rentrée, ou plutôt la surenchère critique de la rentrée, et particulièrement en France. Homeland, produite par la chaîne américaine Showtime, a remporté trois Emmy Awards il y a un peu plus d’une semaine maintenant, dont celui de la meilleure série dramatique.

Un événement qui coïncide judicieusement avec la diffusion de la série en France sur Canal+. La première saison achèvera d’ailleurs sa course sur la chaîne cryptée le 18 octobre et lèvera le voile sur les motivations profondes de Nicholas Brody, cet ancien marines retenu pendant des années en captivité en Afghanistan et qui était ré-apparu, devenant la figure – biaisée ? – d’un nouvel héroïsme américain.

Justement, dimanche dernier, aux États-Unis, Showtime diffusait le premier épisode de la deuxième saison. Alors, qu’est-ce que ça vaut ?

La colère monte

Nous reprenons les faits apparemment plusieurs semaines ou plusieurs mois après la fin de la saison 1. Carrie, qui a traité sa bipolarité par une cure d’électrochocs, entame une paisible reconstruction de sa vie, entourée de sa famille, sans stress. Elle enseigne l’anglais à des étudiants qui ont choisi cette langue en LV2. Mais en dehors de ce petit paradis, une colère imposante martèle ses revendications dans la rue.

Cette colère, qui s’exprime principalement dans les pays du Moyen-Orient, fait suite à l’attaque préventive de l’Israël contre des sites nucléaires iraniens. A priori, il n’y a pas encore de guerre officielle entre les deux pays mais les différents services de renseignement sont à pied d’œuvre. Au milieu de ce brouhaha surgit une source qui parle d’un futur attentat sur le sol américain. Cette source n’accepte de parler qu’à Carrie, pourtant en retraite et qui avait été lâchement viré de la CIA à la fin de la saison 1.

Des facilités à peine masquées

C’est ma première critique que je ferais de cet épisode : la ficelle scénaristique, ici employée pour ré-intégrer Carrie dans l’intrigue, est à peu près du niveau de la plupart des ficelles scénaristiques qui ont ressuscité autant de fois, sans aucune subtilité, Jack Bauer dans 24, saison après saison. Pire, en vérité, cette absence de finesse se poursuit également avec la storyline de Brody, qui est lui-même ramené à l’intrigue terroriste par une source proche d’Abu Nazir, celui qui l’avait converti lorsqu’il était retenu captif en Afghanistan.

Ces deux éléments primordiaux qui lancent une nouvelle saison sonnent en vérité comme des aveux d’échecs pour la série, car ils sous-entendent très simplement qu’ils n’avaient absolument aucune idée de la manière de faire durer Homeland, et qu’il a fallu dégoter quelques bouts de ficelles à droite et à gauche pour lui donner une nouvelle base. Ce n’est cependant pas une énorme surprise, ceci dit, Homeland étant supervisée par Howard Gordon, qui n’est autre que l’un des producteurs principaux de 24.

Un reboot divertissant

Une fois ces aberrations acceptées, on peut tout de même être agréablement surpris par le reste de l’épisode. Le contexte – cette tension géopolitique au Moyen-Orient – est fortement bien vu, d’autant qu’il est d’actualité. On voit là l’influence du créateur de la série originale, Gideon Raff, « israélien et homosexuel » comme il le dit lui-même, « pas le combo favori de Ahmadenijad« . Avant qu’il n’ajoute : « Je pense que dans des séries comme Homeland, c’est assez clair qu’il n’y a pas de gagnant dans les guerres, juste des perdants. Nous devrions faire tout ce qui est en notre pouvoir pour les éviter. »

La question de la pratique religieuse musulmane est ensuite abordée, à travers le personnage de Nicholas Brody. Cette révélation, faites à sa femme – et ainsi, faites à la famille modèle américaine – aura très certainement des répercussions, à la fois dans leur vie privée mais aussi, et je l’attends de pied ferme, dans la vie politique de l’ancien marines, devenu le petit protégé, et le futur faire-valoir, du vice-président. Pour autant, cet aspect avait déjà été traité, et avec plus de tact et d’intelligence, dans la série Sleeper Cell (également produite par Showtime) qui racontait comment un agent du FBI, lui-même musulman pratiquant, infiltrait un groupuscule terroriste présent sur le territoire américain.

Enfin, on retrouve cette relation ambigüe Saul-Carrie qui fonctionne toujours aussi bien alors qu’ils n’ont dans cet épisode qu’une seule scène en commun. Carrie, qui doit ré-apprendre tout ce qu’on lui a désappris, s’appuie sur la confiance de son ancien collègue, toujours aussi protecteur mais toujours aussi intransigeant.

Au final, ce retour d’Homeland ne change pas les règles : il s’agit toujours d’une série simplement divertissante, qui joue dans la même cour que Game of Thrones ou Fringe mais qui ne s’inscrit en aucun cas parmi les séries qui manipulent leurs personnages et leurs intrigues avec méticulosité, à la manière des deux premières saisons de Dexter, de Breaking Bad ou, dans un autre registre, de Community. On regarde, on aime et puis on oublie… jusqu’au prochain épisode. Comme 24.

Manuel Raynaud.

 

Hatufim, l’autre Homeland

Homeland est en fait l’adaptation de la série israélienne Hatufim (vendue internationalement sous le titre Prisoners of War). La série est différente sur plusieurs points : outre le fait qu’elle ne s’abandonne pas au genre de l’action – qui est bien plus présent chez sa sœur américaine -, les personnages sont également différents.

D’abord, il est question de trois prisonniers capturés au Liban (où d’ailleurs se déroulent les événements de l’épisode critiqué ci-dessus) : deux reviennent vivants, le troisième est mort. Ce point de départ structure ainsi la série comme une série chorale et non un duel comme dans Homeland. On suit donc la vie des trois familles ainsi que l’enquête des services de renseignement qui veulent s’assurer que les soldats ne sont pas dangereux.

Parfois, on retrouve des éléments communs aux deux séries mais la plupart – comme celui d’encoder un message en tapotant le bout des doigts par exemple – ont bien plus de sens dans la série originale.

Cette série, vous pourrez la suivre de toute façon sur Arte puisque la saison 1 sera diffusée au premier semestre 2013 (le jeudi en primetime, en VF et VOSTF). A noter, enfin, que la saison 2 de Hatufim sera diffusée dans les prochaines semaines sur la chaîne israélienne Channel 2.

Catégories : Critique · Drama · Série américaine