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P comme Policier

Jerry Bruckheimer, grand architecte des Séries Policières modernes qui causent 
tant de souffrance aux critiques de séries télé

Tout amateur de séries qui se respecte connaît le pouvoir d’influence et de nuisance – ou l’absence de pouvoir… – dont les critiques télé disposent. Ils sont surtout américains, ils peuvent s’appeler Maureen ou Alan, ils possèdent généralement un blog à leur nom, et ils attribuent, parfois quotidiennement, des bonnes et des mauvaises notes aux séries du monde ent… américaines.

Mais ces critiques disposent d’une arme secrète dont j’ai obtenu l’exclusivité de la révélation. Vous croyiez vraiment qu’ils regardaient TOUS les épisodes et TOUTES les séries qu’ils réprimandent ou qu’ils complimentent ? Ce que je m’apprête à vous dire devrait changer définitivement votre regard sur eux. Et cela commence par l’indice P.

Il existe une valeur, un chiffre, une vérité que n’osent rapporter aucun de ces critiques, alors qu’ils l’utilisent chaque jour, au quotidien : l’indice P. Cet indice a un pouvoir surhumain car il leur offre la possibilité de jauger la qualité d’une chaîne, et de son offre de fictions, à partir d’un simple chiffre, exprimé en pourcentage. Mais avant de vous révéler cet indice P pour les années 2010, 2011 et 2012 de plusieurs chaînes américaines, anglaises et françaises, je vais d’abord vous expliquer son principe et sa création.

Le Graal des paresseux

Il était une fois des auteurs de télévision un peu fainéants qui en avaient marre de travailler sur des projets originaux et innovants, avec des personnages qui pouvaient servir au téléspectateurs de porte d’entrée vers des univers pas encore explorés ou jamais traités avec intérêt. Ces auteurs eurent l’incroyable idée d’inventer la Série Policière. La Série Policière est pratique sur plusieurs aspects et remplissait parfaitement les critères des exécutifs fainéants, planqués au sein des chaînes de télévision.

Il faut imaginer une situation dramatique : généralement un crime ou un vol. Il faut imaginer des victimes : généralement des petites vieilles haineuses qui auraient un amant caché. Il faut imaginer des enquêteurs : généralement un duo homme/femme avec l’un aux méthodes réglementaires et l’autre aux méthodes peu conventionnelles (ou encore le fameux duo policier/scientifique, l’un croit aux trucs bizarres et l’autre remet au premier la tête sur ses épaules). On mélange le tout et on obtient de la purée de série, pré-cuite. Un petit coup au micro-ondes marketing et c’est diffusable comme tel.

Un indice pour les rassembler

Les critiques n’ont pas été dupes. Cette absence cruelle d’intention de divertir par l’imaginaire se devait d’être chiffrée. Il fallait qu’elle soit punie, et tous en chœur. Ils mirent alors en place un chantier qui dura des années de réflexion, et qui abouti à l’indice P (1). Bon, en vérité, c’est l’indice C, pour Cop, mais on va dire l’indice P, pour policier, en France.

Cet indice P se calcule très simplement. Prenez la liste des séries diffusées et produites par une chaîne, prenez le nombre de séries policières diffusées et produites (les rediffusions ne comptent pas, c’est encore un autre indice ultra-secret, l’indice Pbis qui fera peut-être l’objet d’un autre article) et calculez simplement le ratio. L’indice P, s’exprimant ainsi en pourcentages, permet de révéler à quel point les chaînes peuvent, ou non, mépriser l’être humain et son intelligence en diffusant… des Séries Policières.

Cet indice est donc calculé chaque année. Je vous ai fait une sélection pour les trois dernières années, trois années de terreur, en particulier en France. Mais commençons déjà par les États-Unis.

Des résultats attendus…

Sans trop de surprises, le bonnet d’âne des grandes chaînes nationales américaines revient à CBS qui, entre 2010 et 2012, a diffusé 51% de Séries Policières sur l’ensemble de ses séries diffusées (48% en 2010, 54% en 2011 et 50% en 2012). Loin derrière, on retrouve la Fox (31%, 15% et 22%), suivie de NBC (18%, 20% et 12%) et enfin ABC (17%, 13% et 12%). A titre de comparaison, la chaîne du câble responsable des Soprano et autres Six Feet Under, HBO, remporte le prix du diffuseur le plus sage avec un magnifique, et mérité, 0% sur ces trois dernières années (une vive polémique a cependant éclaté au sujet de Bored To Death : son mécanisme narratif devait-il être considéré comme répliquant celui d’une Série Policière ?). Je n’ai pas réussi à obtenir les chiffres de USA Network ou TNT, deux chaînes qui ne doivent pas non plus faire les malignes quand on leur évoque ce terrifiant indice P.

Chez nos amis les rosbeefs, les chiffres restent tout de même plus mesurés. La première chaîne privée du pays, l’équivalent de TF1, ITV, décroche un indice P de 47% sur les trois dernières années (57%, 43% et 40%). De son côté, BBC One reste assez stable, aux alentours des 25% (27%, 26% et 22%). Et BBC Two obtient, elle aussi, un indice P plus respectable (17%, 14% et 22%).

… mais surtout décevants

Enfin vient le pays du fromage qui pue. La France. Je dois dire avoir été franchement circonspect quand j’ai découvert nos différents indices P. Circonspect mais attendu. TF1 caracole évidemment en tête, avec un indice P qui avoisine sur les trois dernières années les 70% (62%, 75% et 67%). Si France 2 est évidemment loin de la chaîne privée, elle n’en reste pas moins un mauvais élève, avec 37% de moyenne (37%, 17% et 57%). France 3 la talonne avec 36% (25%, 33% et 50%). Pour donner un ordre d’idée, Canal+ tourne aux alentours de 21% mais la chute progressive de son indice P, qui s’explique grâce à son arrivée dans les comédies, est une tendance prometteuse (25%, 20%, 17%).

Depuis lors, les critiques américains ne se sont pas arrêtés en si bon chemin. Pour réussir à nuancer leur propos et offrir des critiques un peu moins monolithiques, ils ont enrichi l’indice P d’un sous-indice A (pour les Séries Ado) ou encore d’un sous-sous-sous-indice C (pour les Séries en Costumes).

Morale de l’histoire : les séries, c’est aussi une affaire de politique de fiction. Si l’on parle autant des séries US et des séries UK, c’est peut-être parce que leur indice P moyen est, en vérité, bien plus faible qu’en France. Pas étonnant – mais cela méritait peut-être d’être démontré – vu que l’on produit dans l’hexagone au final tellement peu de séries et que la plupart sont policières. L’absence de diversité des genres et des formats est notre plus grand défaut. Nous parlerons des causes dans un prochain billet.

Manuel Raynaud.

(1) L’indice P ne prend pas en compte les séries de trois épisodes ou moins. Il a été mesuré à partir de plusieurs base de données : Spin-Off.fr, TheTVDB.com, Wikipédia et les sites des différentes chaînes concernées.

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