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Un Breaking Bad peut en cacher un autre

IL EST CONSEILLE D’AVOIR VU LES 8 PREMIERS ÉPISODES DE LA SAISON 5 POUR LIRE LA SUITE.

La fiction américaine est-elle en crise ? A en juger par la production des networks, il ne serait pas mensonger d’affirmer qu’elle n’est pas, en tout cas, en bon état de santé. Oui. Mais. La télé américaine ne saurait se définir qu’à travers ses grandes chaînes nationales gratuites : il y a aussi le câble. Et sur le câble, les téléspectateurs américains ont pu admirer dimanche soir une étape importante pour la série Breaking Bad. Une série qui rend honneur à la créativité et l’ingéniosité de leur télévision (la saison 4 sera d’ailleurs diffusée cet automne sur Arte).

Car dimanche dernier, Breaking Bad lançait son dernier tour de manivelle avant la toute dernière ligne droite qu’elle entamera au cours de l’été 2013. De manière un peu étonnante (mais aussi d’une façon économiquement avantageuse), la chaîne AMC qui la diffuse a décidé de séparer la dernière saison, la 5ème, en deux parties. La première s’est achevée sur son huitième épisode il y a deux jours ; la seconde, elle aussi composée de huit épisodes, terminera complètement la série l’année prochaine.

Cette double-fin, ou cette fin doublée, c’est ce que nous a raconté ce huitième épisode diffusé dimanche dernier. La fin d’une série, ça se prépare, ça prend du temps, elle peut mûrir en bien mais peut tout autant pourrir, et pas à la manière d’un fromage. Comme je l’expliquais au début de cette saison 5, la série se doit également de rendre cohérent son récit, débuté en janvier 2008. Ce professeur de chimie, au potentiel intellectuel non-exploité, se découvrant un cancer très avancé, était devenu un petit caïd dans le monde de la drogue jusqu’à devenir The Boss.

C’est à ce stade (sans aucune marche arrière possible) de son évolution que l’on retrouve Walter White, défiguré par un ego qui n’en finit plus de grossir. L’ensemble de ces huit premiers épisodes étaient en réalité l’illustration du pouvoir d’Heisenberg (l’identité stupéfiante de Walter White) au sommet de son art, réglant ses problèmes avec brio, escaladant les échelons de la violence sans sourciller, faisant grossir son profit jusqu’à atteindre des sommets. Huit épisodes haletants (enfin, les cinq premiers plus particulièrement), intenses, très dynamiques et divertissants.

Le retour de la famille

Sa famille ? Le sujet est comme je m’y attendais redevenu récurrent cette saison. Car Walt, pris en défaut par Skyler avec qui le divorce est prononcé, bien que non-officiel, a du justifier sans cesse, à la fois pour elle mais également envers lui, ses actes de plus en plus horribles. C’est à se demander – interrogation rhétorique – si Walt n’aurait pas oublié sa motivation originelle : se lancer dans la drogue pour subvenir aux besoins de sa famille lorsque le cancer l’aura emporté.

Mais de manière particulièrement étonnante, c’est que cette intrigue, qui est la raison même de l’existence de Breaking Bad, semble être révolue huit épisodes avant sa fin. Devant la montagne d’argent accumulée par Skyler et soigneusement entreposée dans un garage, et au cours d’une scène que j’ai encore du mal à cerner, Walter semble se résigner à sa mission, et Skyler semble accueillir la nouvelle avec joie. Comme si le passé avait été oublié. C’est certainement la seule réserve que j’ai dans cet épisode final de mi-saison, à cause d’une scène un peu trop lisse et un peu trop rapide. Comme si la maîtresse avait sonné la fin de la récré et basta.

Breaking Bad sera-t-elle une série morale ?

Ma grande joie s’est en revanche déclarée devant les ultimes minutes de l’épisode. Quand Hank, mettant la main sur un livre (1) signé de Gale Boeticher (« To My Other Favorite W.W. It’s an Honour working with you. Fondly, G.B.« ), l’ancien collègue dealer de Walt, semble s’éveiller d’un long sommeil. Il réalise que son beau-frère est probablement le monstre qui vient de commanditer l’assassinat de l’ensemble des petites mains de Mike, qu’il a lui-même tué l’épisode précédent et qui ne sera probablement jamais retrouvé.

C’est, là, la seconde dynamique enclenchée mais également la nouvelle grille de lecture offerte aux téléspectateurs. Il n’est plus question, et cela fait déjà quelque temps, de la vie d’un homme acculé par un cancer qui doit faire de l’argent à tout prix : désormais, c’est l’histoire d’un véritable parrain, maniaque et sanguinaire. Si le pari de Breaking Bad était de raconter cette mutation, il est à huit épisodes près d’être réussi.

Une interrogation reste en revanche en suspend : est-ce que cet être dénué pendant un temps de toute émotion va payer de ses crimes ? Ce qui se passait dans la tête du Walter White chevelu, les yeux rivés sur ses 52 piges en forme de bacon, dans le flashforward du tout premier épisode de la saison 5, en sera peut-être la clé.

Manuel Raynaud.

 

(1) Le réveil d’Hank

Ce livre, Leaves of Grass, est un recueil de poèmes de Walt Whitman. Dans la saison 3, Gale avait démontré sa passion pour la poésie et pour l’auteur lorsqu’au cours de l’épisode 6, il cita l’une de ses créations à Walt. Il se trouve que, quelques minutes plus tard, on voit Walt dans ce même épisode feuilleter le livre qu’a découvert Hank dans l’épisode diffusé ce dimanche. Ce livre réapparait également dans l’épisode 5.03 lorsqu’il ré-emménage.

Par ailleurs – ce n’est pas une habitude de la série -, les auteurs ont utilisé un flashback pour rappeler au téléspectateur l’échange très tendu de l’épisode 4 de la saison 4. Au cours de celui-ci, Hank, dont l’enquête sur Gus piétine, demande de l’aide à Walt. Hank dispose alors du carnet de notes de Gale, dans lequel il est écrit : « To W.W., my star, my perfect silence« .

A lire : cette intéressante interview de Vince Gilligan, créateur de Breaking Bad, dans laquelle il revient sur ces 8 épisodes.

Catégories : Critique · Drama · Série américaine