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The L.A. Complex, l’ordinaire des anges

Jewel Staite, au centre, joue Raquel, une vieille gloire d'un teen show qui aimerait bien retrouver le succès d'antan

Si l’on met de côté le cop show (la série policière), il existe un autre genre surabondant en télévision qui se reproduit comme des croissants dans une boulangerie : le teen show (la série pour ado). Déclinant généralement sous des formes très peu inspirées d’antiques recettes à succès (Dawson en est l’un des emblèmes), les séries se destinant à l’âge ingrat ne retiennent généralement pas ou peu mon attention. Leur absence de courage – et mon propre vécu – à traîter cet âge avec généralement un manque cruel de couilles y est souvent lié. J’ai bien des vagues et plutôt bons souvenirs d’Heartbreak High, la série australienne diffusée en France sous le nom Hartley coeur à vifs. Mais la plupart des productions de ce type m’apparaissent comme ayant un curseur d’excellence qui oscille entre Premiers Baisers et Gossip Girl (CW).

Parfois, certaines ressortent du lot, et même si je n’ai finalement pas véritablement apprécié Veronica Mars (UPN / CW), elle essayait au moins de masquer la faiblesse de ses intrigues par une forme procédurale inédite. D’autres ont su se sculpter une image de série culte, comme My So-Called Life (ABC), connue en France sous le nom Angela 15 ans. Elle a, certes, très très très mal vieilli visuellement (lumière, décors, costumes, tout !) mais elle offrait à sa protagonniste principale une approche sentimentale cruelle dans sa douceur et rafraichissante dans sa pudeur. Ce que l’on pourrait qualifier de quasiment révolutionnaire dans le domaine, loin des intrigues où l’audace se confond avec sexe outrancier et grossesse d’adolescente.

La série d’aujourd’hui, The L.A. Complex (MuchMusic), s’est réappropriée les codes de la série sentimentale pour les moderniser, avec des ratés mais aussi des réussites. Et de ce point de vue, elle se rapproche plutôt d’une série anglaise désormais très connue, Skins (E4).

L’histoire

The L.A. Complex parle d’Hollywood. On suit plusieurs personnages, frappés par le chômage, qui rêvent d’y trouver un travail ou qui rêvent de régler leurs problèmes personnels quand ils en ont un, de travail. Il y a Connor, qui vient d’obtenir le premier rôle pour la grosse prochaine série médicale ; il y a Alicia qui, lorsqu’elle n’enfile pas son habit de danseuse, se contente de se déshabiller dans un bar érotique ; il y a Abby, se voulant – mais sans véritable efficacité – la porte d’entrée de la série pour le téléspectateur, qui cherche un rôle dans n’importe quoi ; il y a Tariq, le jeune stagiaire d’une maison de disque qui voudrait bien impressionner ses patrons avec autre chose qu’un café ; il y a Raquel, l’ex-star d’une série pour ado qui aimerait retrouver sa virginité et son succès ; et il y a Nick, le jeune comique qui n’arrive pas à faire rire grand monde, sauf pour ses histoires de cœur.

The L.A. Complex, c’est tout ça, un condensé d’espoir certainement très naïfs mais également de déceptions en cascades. A sa manière, The L.A. Complex désenchante ainsi le mythe de la Cité des Anges. Un parti pris pas forcément original – le cinéma se l’est déjà approprié, par exemple avec Mulholland Drive de David Lynch – mais qui reste rarement employé sur un écran de télévision.

On se souvient notamment de Dirt (FX), série dont le principe était de suivre le quotidien d’un tabloïd. Et justement, la partie la plus intéressante de la série était son point de vue assez sévère (bien que trop victimaire, et c’était là aussi son point faible) sur le milieu audio/télé-visuel. Les acteurs vivaient très mal la célébrité et, surtout, devenaient ainsi des joyeux petits pantins que la presse à scandale pouvait agiter quand elle le souhaitait. Si sa partie sur le fonctionnement du journal n’avait pas grand intérêt, il était intéressant de voir comment la célébrité – qui n’a pas attendu Secret Story, entre parenthèses – pouvait broyer des personnes affaiblies ou pas suffisamment encadrées.

Un équilibre fragile

The L.A. Complex offre un équilibre plus intéressant que ne le proposait Dirt : en plus de montrer les difficultés ressenties dans le métier, elle montre aussi quelques réussites – et dans la plupart des cas, la résolution n’est généralement pas manichéenne. Par exemple, un acteur qui souhaite obtenir un rôle va devoir se compromettre pour être dans les petits papiers d’un directeur de casting, mais cette compromission se paiera un jour ou l’autre. Une star du rap qui cache son homosexualité et frappe l’homme qu’il aime pour protéger son secret finit, lui aussi, par en payer le prix.

L’un des principaux problèmes de la série étant sa longueur… ou plutôt le manque d’épisodes (6 épisodes pour la saison 1, 7 épisodes pour la saison 2). Si elle offre une galerie de personnage variée et la plupart du temps très attachante, elle ne s’offre qu’assez peu le luxe du temps. Ce qui devrait plaire à ceux qui n’aiment pas voir les sentiments ou la psychologie des personnages évoluer sur cinq saisons façon Breaking Bad (AMC) ou Mad Men (AMC). De toute façon, là n’est pas l’intérêt primordial de la série. Son intérêt, c’est finalement de parler de plusieurs corps de métier frappé par la concurrence, la cupidité, les mesquineries ou les mensonges. Des parents qui exploitent leurs gamins pour qu’ils obtiennent un rôle à leur môme, à l’incapacité de nouer une relation normale entre deux adultes normaux.

Sa principale qualité serait sa sensibilité. Je vous parlais tout à l’heure de My So-Called Life… on y retrouve certains aspects dans quelques-uns de ses personnages, tout comme avait su le faire Skins en son temps. Ça m’est particulièrement apparu en saison 2 avec l’intrigue la plus passionnante et la plus forte de l’ensemble de la série quand un rappeur, que l’on suit depuis la saison 1, est en pleine quête identitaire. Avec un climax de 2 minutes très intense dans l’épisode 3 de la saison 2, qui nous replongerait presque en 2002 devant 8 Mile. Difficile d’en dire plus sans spoiler mais le jeu d’Andra Fuller, remarquable, y est certainement pour quelque chose.

A l’exception de quelques problèmes de sons et d’un empressement légèrement maladroit des intrigues, The L.A. Complex offre un point de vue inédit sur les séries sentimentales en général – et sur le monde d’Hollywood en particulier. Dommage qu’il soit encore nécessaire de se plonger dans un univers agrémenté de paillettes pour produire un soap sans s’en donner l’air. Six Feet Under avait su le faire magistralement et The L.A. Complex en est encore assez éloigné. Reste qu’elle lui emprunte quelque chose de primordial : un amour pour ses personnages qui ne se ressent pas souvent devant la plupart des séries que je vois. A noter que son créateur, Martin Gero, a écrit plusieurs épisodes de Bored To Death et a travaillé sur les trois séries Stargate. Décidément, il touche à tout.

The L.A. Complex (MuchMusic). Créée par Martin Gero. Diffusion de la saison 1 (6 épisodes) du 10 janvier au 14 février 2012. Diffusion de la saison (7 épisodes) depuis le 17 juillet.

Série musicale ?

Une autre force intéressante mais qui peut aussi paraitre redondante, c’est l’utilisation que la série fait de la musique. Rappelons-nous d’abord qu’elle est diffusée sur MuchMusic, une chaîne canadienne musicale. Du coup, elle fait appel à des groupes canadiens (Whale Tooth en saison 1, The Rural Alberta Advantage en saison 2) et intègre leurs chansons, jouées par le groupe, au sein même du décor de la résidence principale où loge le noyau dur des personnages. Les chansons, évidemment, illustrent l’état d’avancement des intrigues ou l’état psychologique des personnages. Joliment fait.

Catégories : Critique · Dramédie · Série canadienne