Anne Thomopoulos, bbc, hbo, john milius, production, rome

Rome : Galère d’une production pharaonique

Première véritable co-production entre BBC et HBO, après l’association des deux groupes sur Band of Brothers, Rome, racontée à travers les yeux de deux légionnaires ayant existé et évoqués dans les mémoires de Jules César, est considéré comme l’un des objets télévisuels les plus ambitieux à n’avoir jamais été créé. De l’émergence de la première idée jusqu’à sa diffusion, retour sur l’histoire de sa conception.

L’inspiration I, Claudius

1997. Anne Thomopoulos, productrice à HBO, est cloîtrée devant son écran. Elle regarde les DVDs de Moi, Claude empereur (I, Claudius), mini-série britannique diffusée sur la BBC en 1976. Considérée chez nos amis anglais comme une oeuvre culte, elle remportera plusieurs prix l’année suivante et, en 2007, le magazine Time lui offrira une place dans son top 100 des meilleures séries du monde.

Anne Thomopoulos, donc, suit avec admiration la vie de Rome à travers les yeux de Claudius. L’envie d’un péplum télé lui monte alors au nez mais ce n’est que quelques années plus tard, en 2002, qu’elle va trouver l’occasion de la développer lorsqu’un certain Bruno Heller, qui créera en 2008 The Mentalist, débarque dans son bureau, à Los Angeles, “pour lui pitcher une idée sur la white-trash America (les blancs pauvre du sud des Etats-Unis)”. Elle lui demande alors s’il ne veut pas plutôt se concentrer sur la white-trash Rome. “J’aime la vieille Rome” répond-il. Parfait.

De mini-série à série

Un projet, proposé à la chaîne en 1998 par William J. MacDonald et John Milius, attendait sagement qu’il soit développé. John Milius n’était pas n’importe qui puisqu’il avait signé notamment le scénario d’Apocalypse Now. A l’époque, ce projet était pensé sous la forme d’une mini-série. La chaîne américaine missionne alors Bruno Heller pour en faire une véritable série… avant de le mettre à nouveau à l’écart au profit d’autres projets sur Alexandre Le Grand et le Roi Arthur.

Lorsque HBO apprend que des films sont en cours de production sur ces sujets, elle y renonce et relance Rome. Cette fois-ci en compagnie d’un partenaire de poids, la « Beeb », surnom donné à la télévision publique anglaise. “Par coïncidence”, indique Jane Tranter, dont le travail était de passer commande des séries dramatiques de la BBC, “nous étions aussi en train de développer quelque chose sur Rome”.

2003. HBO tient dans ses mains les premiers scénarios. Et c’est bon. “C’était très similaire à nos propres séries dramatiques” se souvient Jane Tranter lorsqu’elle pu lire les premiers épisodes. L’association naturelle s’appuya alors sur des besoins particuliers : “Nous savions qu’ils voulaient utiliser des acteurs et réalisateurs anglais et Bruno l’est aussi. C’était un bon projet – énorme, épique, ambitieux et qu’on aurait été incapable de réaliser à cette échelle de notre propre chef.

Un changement de plan opportun

2004. Le tournage s’exécutera en deux volets. La majeure partie des plans sera tournée au studio Cinecitta, dans la capitale italienne, lieu symbolique qui a accueilli les chars de Ben-Hur, Gangs of New York mais également – cocorico – la saison 6 de Kaamelott. « Ils ont tourné “Sex and the City” à New York. Ils ont tourné “Les Soprano” dans le New Jersey. Il y a une texture et une vraisemblance quand tu tournes dans les vrais lieux » se justifie Anne Thomopoulos.

Quand à l’autre partie, qui concerne des scènes de combats pour les trois premiers épisodes, elle est délocalisée en Bulgarie. Sauf que des pluies torrentielles, et la colère des dieux, s’abattent sur ces décors, les inondations emportant le camp de César. Tout est à refaire ? Pas exactement.

Un mal pour un bien ?

Chris Albrecht, alors président d’HBO, voit en réalité cette contrariété comme une opportunité. Car les premiers rush issus du tournage ne plaisent pas aux cadres de la chaîne et plusieurs modifications doivent être apportées. Un nouveau producteur est engagé, un acteur est changé… « Le temps nous a donné une parfaite excuse pour tout arrêter » explique Chris Albrecht. Une excuse qui a un coût. Le budget est réévalué à la hausse et passe de 75 millions à 100 millions de dollars (85 pour HBO, 15 pour BBC) afin d’assurer, notamment, la relocalisation de l’ensemble du tournage à Rome.

En mai 2005, la première saison est terminée. Sa diffusion, entamée le 28 août, rassemblera d’emblée 3,5 millions de téléspectateurs de la chaîne. La seconde saison, diffusé au début 2007, ne connaîtra aucun maux mais le sort réserve à la série une ultime épreuve. Le 9 août 2007, un gigantesque incendie ravage les studios de Cinecitta et 3 000 m² partent en fumée. Résultat : pas de saison 3.

Pour autant, Anne Thomopoulos n’a pas abandonné l’amour qu’elle porte pour Moi Claude Empereur. Un projet de remake de la série phare de la BBC est actuellement en cours de production. Anne Thomoupolos y retrouve d’ailleurs une certaine Jane Tranter puisque la BBC, forcément, est également impliquée dans l’affaire.

Manuel Raynaud

Catégories : Décryptage · Drama · Série américaine · Série anglaise