Nathalie Semon

Cinéma du Réel : réactiver la mémoire des Hommes dans le cinéma documentaire

Du 18 au 27 mars, le festival Cinéma du Réel se tiendra au Centre Pompidou, ou comment restaurer la dimension humaine des bouleversements du monde…

Tout spectacle n’est pas artificiel et le grand écran, ça n’est pas seulement « du cinéma ». C’est porté par cette conviction que le festival international de films documentaires Cinéma du Réel se tiendra du 18 au 27 mars à Paris, au Centre Pompidou.

En sa 38ème édition, le festival s’inscrit toujours dans le croisement des genres et des disciplines, entrelaçant la fiction et le documentaire, le cinéma et les autres arts plastiques. Une alchimie qui n’a d’autre but que de documenter ces vies embarquées dans les bouleversements du monde, de traverser les traumatismes pour retracer la mémoire des vies sans témoins, celles que l’on ne peut filmer.

Ghost hunting

Sauvegarde en cours. Ne pas quitter…

Cette mission est d’autant plus légitime à l’heure où notre instant présent s’étire comme un « horizon indépassable », comme un flux endémique d’images, documenté en temps réel et animé en permanence dans la multitude. Dans une telle configuration, quelle place pour un passé sans visage ? Quelle mémoire pour une réalité inanimée ou inapte au spectacle ?

A travers une centaine de films documentaires diffusés en dix jours, Cinéma du Réel se propose d’animer ces vies troublées, de mettre en lumière des documentaires qui n’avaient jusqu’alors jamais été diffusés hors de leurs pays, à l’image de ces films tirés des Archives du film d’Albanie. L’ambition est de sauvegarder la mémoire des Hommes qui, dans certains cas, peut échapper à l’Histoire officielle.

 
Arrested Cinema : Palestine, la traque des fantômes

Après avoir donné la parole à des cinéastes venus de Syrie, d’Iran, de Russie et de Chine, Cinéma du réel poursuit le travail de réflexion sur les cinémas « assignés à résistance » dans des régions du monde où la liberté de création n’est pas acquise. La cinquième édition d’Arrested Cinema avec l’accompagnement d’ARTE Actions Culturelles est consacrée à Ghost Hunting, un film en cours de Raed Andoni basé sur son expérience personnelle.

Ghost hunting
Incarcéré à l’âge de 18 ans à la Moscobiya, l’un des principaux centre interrogatoire du Shin Beth, le service de renseignement israélien, il n’en a que des souvenirs fragmentés et ne distingue plus le réel de l’imaginaire. Afin de se confronter aux fantômes de son passé, le réalisateur cherche à faire reconstruire son lieu d’incarcération sur un terrain vague à Ramallah par d’anciens prisonniers du centre. En plus des travaux de reconstruction, les ouvriers palestiniens choisissent un officier dont ils se souviennent et rejouent le rôle de leur tortionnaire.
Intégrant la pratique du « re-enactment » – reconstitution grandeur nature d’événements passés – à sa démarche cinématographique, Raed Andoni interroge à travers ce projet l’histoire récente de la Palestine. Le film étant en phase de production, les toutes premières images seront montrées sous forme de rushes à l’occasion de la soirée.

 
Pour plus d’informations sur le festival Cinéma du Réel : http://www.cinemadureel.org/fr

Catégories : Ecrans