Nathalie Semon

Live Magazine le 8 février au Théâtre de l’Atelier

Le journalisme sur scène et sans captation, c’est Live Magazine

Le concept existait déjà aux Etats-Unis, Florence Martin-Kessler l’a adapté en France.

Live Magazine, le « journal vivant », se tient dans des salles de spectacle et donne la part belle aux conteurs d’histoires de tous horizons. Un moment unique qui n’existe que le temps de la représentation puisque la manifestation n’est jamais enregistrée. ARTE Actions Culturelles soutient cette nouvelle forme d’écriture narrative qui promeut la diversité et la créativité.

Journalisme vivant ? Une manière de dire qu’à la place de tourner les pages d’un magazine, le public va pouvoir voir et écouter en vrai des auteurs, journalistes, photographes ou artistes raconter une histoire. Souvent à la première personne, souvent inédite, toujours fidèle à ce mantra, répété à chacun des intervenants : « une histoire que seul(e) toi, tu peux raconter ». Chapeautés par Florence Martin-Kessler, la rédactrice en chef et productrice de la manifestation, les « porteurs d’histoires » interviennent dans un contexte qui fait le charme du Live Magazine : tout se passe « ici et maintenant » au moment de la représentation, sans programme ni captation.

Nous avons pris le temps d’une rencontre avec la créatrice de l’événement.

 

live magazine

 

 

Comment est né le principe du Live Magazine ?

Florence Martin-Kessler : Lorsque je suivais un Master à Harvard, j’ai eu l’occasion de rencontrer Douglas McGray, le fondateur de Pop-up Magazine. Il tenait une conférence autour du futur du storytelling. De mon côté, cela faisait un moment que je réfléchissais à un événement autour de la non-fiction. Je trouvais important de développer une forme de journalisme à l’américaine, qui se déploie dans une grande diversité d’écriture, du magazine pur et dur au journalisme narratif. J’ai parlé avec Douglas et au bout de quelques minutes, il m’a dit : « just do it ! » (« lance-le ! »). J’ai suivi sa « recette », en l’adaptant : on est passé de 20 à 15 auteurs mais on a gardé le cœur du concept, qui est très fort. Je le dis avec d’autant plus de facilité qu’il n’est pas de moi !
Ensuite, je me suis associée à quelqu’un de la radio, Thomas Baumgartner, que je croisais à la SCAM où je suis administratrice. Puis Sébastien Deurdilly a aussi trouvé le projet intéressant. Désormais, je travaille à plein temps dessus.

Comment préparez-vous chaque numéro ?

Je réfléchis beaucoup au chemin de fer et au sommaire : je sais que j’aime avoir une chronique judiciaire, des auteurs qui ne sont pas des parisiens, que certains soient issus de la presse internationale, qu’il y ait une forme de parité hommes/femmes… Je fais mon casting et comme en général, les auteurs disent oui, je dois être sûre de moi avant de leur proposer !
La seule règle d’or, c’est que chacun raconte une histoire qu’il est le ou la seul(e) à pouvoir raconter. Chacun doit choisir une histoire, et une seule : ainsi à Blois, les historiens devaient piocher dans 20 ans de travail l’histoire qu’ils voulaient mettre en avant. Cela pose de belles questions : pourquoi cette histoire-là et pas une autre ? Comment la raconter ? Ils se mettent ensuite à écrire, entre 4.000 et 5.000 signes environ puis nous répétons, souvent chez moi autour d’un diner. On les chronomètre pour s’entrainer. Les interventions durent entre 4 et 8 minutes et sont toutes différentes : on a des récits à voix nue, des duos ou des histoires avec des diaporamas sonores ou des petites vidéos.

Assumez-vous une forme de parenté avec les conférences TED ?

Pas vraiment. Bien sûr, j’aime beaucoup TED mais je trouve que ce sont beaucoup de professionnels de la conférence qui interviennent. Il y a aussi souvent l’idée de vendre quelque chose et de renforcer son réseau professionnel. Avec Live Magazine, on espère produire quelque chose de plus poétique, plus fragile aussi. Les auteurs n’ont rien à vendre et ne sont pas habitués de ce type de format. Beaucoup de gens m’ont dit que le Live Magazine, c’était comme quand on est enfant et qu’on te raconte des histoires : qu’on te raconte juste pour toi, dans l’instant… un peu comme des hommes préhistoriques devant leur feu (rires) ! Pour ma part, cela constitue un juste milieu parfait, dans ma quête d’entrepreneuriat dans le métier du journalisme. Le projet prend de l’ampleur et j’en suis ravie.

Entendez-vous garder un rythme semestriel pour les Live Magazine ?

Nous sommes déjà au-delà de ce rythme ! A Paris, nous allons effectivement essayer de se tenir à cette cadence, qui constitue déjà un challenge : c’est un peu comme pour le magazine photo 6 mois, il y a beaucoup (beaucoup !) de travail de préparation. Nous avons aussi des « hors-séries » que nous organisons dans le cadre de festivals, comme ce fut le cas à Blois ou aujourd’hui à Marseille dans le cadre des Rencontres d’Averroès. Cela dit, à terme, nous aimerions réaliser le Live Magazine dans une salle de 1.000 places pour assurer la billetterie nécessaire au bon financement du projet.

http://www.livemagazine.fr

Catégories : Rencontres · Scènes