Périphérie

Cinéma documentaire à Montreuil

Les oreilles ont la parole à Montreuil. Regarder, mais peut-être surtout écouter : voilà à quoi nous convient les 20èmes rencontres du cinéma documentaire de Montreuil. Du 8 au 16 octobre, le travail du son dans le cinéma documentaire constituera l’axe majeur d’une sélection de très grande facture. Et pour ceux qui ne peuvent plus entendre, des films sous-titrés pour sourds et malentendants seront projetés, notamment le dernier film d’Alexandre Sokourov, Francofonia, le Louvre sous l’occupation. ARTE Actions Culturelles a soutenu ce travail de sous-titrage bien particulier.   Le son est souvent le parent pauvre du cinéma : faute d’argent ou de véritable expérience de l’« écriture sonore », les films qui y accordent autant de soin qu’à l’image sont encore minoritaires. Pour son 20ème anniversaire, le festival des Rencontres du Cinéma Documentaire de Montreuil a décidé de faire « parler » le son. Avec des films qui entretiennent une relation particulière avec cette matière d’abord : du Pays des sourds de Nicolas Philibert aux films de Pierre Schaeffer au cinéma-vérité de Dziga Vertov qui s’accompagnait d’une symphonie sonore particulièrement travaillée. Avec des tables rondes et des balades sonores ensuite. Et enfin avec la projection de plusieurs films en sous-titrage dit « SME », pour Sourds et Malentendants. Ce que confirme l’accroche thématique de l’année : les oreilles ont la parole. Soucieux de permettre que la culture soit le bien commun de tous, ARTE Actions Culturelles s’est engagé à soutenir le sous-titrage du dernier long-métrage du russe Alexandre Sokourov, Francofonia, le Louvre sous l’occupation. Les sourds et malentendants pourront ainsi saisir toutes les subtilités de la composition sonore (qui ne se résume pas uniquement aux paroles et à la musique, loin s’en faut) du film qui aura les honneurs d’une avant-première le jeudi 8 octobre 2015 au cinéma le Méliès à Montreuil. Mais si nous sommes habitués au sous-titrage « classique », que connaît-on du travail spécifique de sous-titrage SME ? Nous avons posé la question à Virginie Reix, chargée de projets au sein de la société Le Joli Mai, qui s’est occupée de l’adaptation du film.

ARTE Actions Culturelles : En quoi le travail sur le sous-titrage pour sourds et malentendants diffère du sous-titrage « classique » ?

Virginie Reix : Nous utilisons des codes couleur qui permettent au public sourds et malentendants de situer les sources sonores du film. Le blanc pour les paroles prononcées dans le champ de la caméra, le jaune pour le hors champ et le cyan pour les voix-off). L’italique est utilisé pour signaler une voix déconnectée de la scène. Pour Francofonia, nous avons du nous poser la question sur la voix du narrateur. Nous avons hésité sur le choix de la couleur car dans le documentaire, le narrateur intervient parfois dans le champ, on sent aussi sa présence derrière la caméra : c’était donc soit le cyan soit le jaune. Finalement, nous avons opté pour le jaune, qui paraissait la couleur la plus pertinente.  Nous faisons également attention au placement des sous-titres. Il faut les situer sous le menton de chaque interlocuteur, dans le bas de l’écran, afin de donner une indication supplémentaire aux sourds et malentendants. Mais j’ai déjà vu sur certains films des sous-titres au milieu de l’écran : cela peut donc se faire, même si nous préférons éviter ce système.

Comment travaillez-vous concrètement ? Avez-vous des indications précises du réalisateur sur l’écriture sonore ?

En règle générale, nous sommes un peu livrés à nous-mêmes et les délais sont très courts pour le rendu. Il faut parfois finaliser l’adaptation en deux semaines, ce qui rend difficile des allers et retours avec le réalisateur. Mais parfois, nous avons des listes de dialogues qui intègrent aussi des précisions sur l’univers sonore. L’important pour nous est de ne surtout pas interpréter le propos du film, mais tenter de rester objectif et de restituer par exemple les émotions que peuvent procurer les musiques dans un film. Nous indiquons grosso modo ce que l’on ne voit pas à l’écran.

Avez-vous parfois des contacts directs avec les réalisateurs ?  

Oui, c’est arrivé récemment sur un documentaire, En quête de sens, où nous étions en lien direct avec le réalisateur, Nathanaël Coste.

Que se passe-t-il lorsqu’il y a plusieurs langues parlées dans un film ?  

Si ce sont des paroles ponctuelles, nous indiquons le texte en vert. Cela dit, si une séquence entière se déroule dans une autre langue, nous essayons d’éviter le vert à outrance. D’abord parce qu’on ne peut plus utiliser les subtilités du blanc et du jaune et aussi parce que cela fait un peu arc en ciel ! Pour Francofonia, le narrateur étant le seul russophone au milieu de germanophones et de francophones, nous avons décidé de rajouter (ru) devant chacune de ses paroles, pour signaler discrètement la langue utilisée.

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