20 ans de festival : l’histoire

Durant les 50 premières années du cinéma, personne ne songeait à conserver les films. Parfois même, inconscients de leur valeur, nos ancêtres les ont fait disparaître volontairement. Ainsi en 1910, Eclair détruisit tout son stock pour prouver que seules des « nouveautés » figuraient à son catalogue.

Or la pellicule nitrate, matériau utilisé jusque dans les années 50 pour fabriquer les films, présente deux inconvénients majeurs : celui d’être inflammable, ce qui a valu aux films de cette époque l’appellation de « films flamme » (en 1897, un incendie fit ainsi 140 morts au Bazar de la Charité), mais aussi celui de se décomposer inexorablement. Dès lors, la recherche et la restauration de ces premiers films devient une course contre la montre.

C’est le pari qu’ont relevé Serge Bromberg et Eric Lange depuis 1985. Ils cherchent dans le monde entier des trésors oubliés dormant dans les granges, les caves et les greniers de particuliers, afin de les restaurer, et leur redonner vie. Ils ont ainsi constitué une collection, la collection Lobster, forte de 100.000 bobines représentant un patrimoine inestimable.

Ces joyaux, qu’ils continuent de dénicher et de sauvegarder, ils souhaitent aussi et surtout les faire découvrir. C’est pourquoi, depuis 1992, ils donnent rendez-vous régulièrement au public pour montrer leurs dernières trouvailles au cours d’un spectacle intitulé « Retour de Flamme ».

Serge Bromberg s’improvise bonimenteur et nous présente chaque film à sa manière inénarrable, puis les accompagne lui-même au piano comme à l’époque. Et bien sûr, on souffle le temps d’un entracte et de quelques « réclames ».

Grâce à « Retour de Flamme », les spectateurs découvrent un univers magique qui n’a rien perdu de son pouvoir de fascination, s’étonnent, frémissent et rient de bon coeur! Non, les films anciens n’ont jamais été tournés pour être vieux. Pas plus que les films muets ont été tournés pour ne pas avoir de son (d’ailleurs, le nom ‘film meut » n’apparaît qu’à l’invention du cinéma sonore – auparavant, c’étaient tout simplement des « films »).

« Retour de Flamme » est une véritable machine à remonter le temps qui n’a pas d’autre prétention que de retrouver cet émerveillement originel.

Ces séances, pour lesquelles il n’est nul besoin d’être cinéphile, s’adressent aux spectateurs de 7 à 77 ans, et passionnent à chaque fois un public toujours plus nombreux (plus de 10.000 personnes sur la butte Montmartre en 2005 et 2006). Prenant place à chaque fois dans un lieu plein d’atmosphère, les spectacles « Retour de Flamme », uniques en leur genre, parviennent à restituer l’émerveillement des premières projections de cinématographe.

Les films projetés sont tous des courts métrages dont la durée peut varier de 1 à 20 minutes. Le spectacle est rythmé, varié, d’une durée totale d’environ une heure et demie. Il mélange les genres pour faire revivre le moment de la découverte aléatoire des fims… et pour le plus grand plaisir du spectateur : films comiques, drames, « féeries », actualités, dessins animés, intermèdes musicaux… sans oublier les « réclames », ces ancêtres des publicités actuelles dont le charme désuet fait aujourd’hui sourire.

Le maître de cérémonie, Serge Bromberg, apporte au spectacle tous ses talents d’animateur. Après avoir montré comment brûle de film ancien (c’est désormais une tradition incontournable), il a le don, avec son oeil pétillant, de communiquer sa passion du cinéma et d’enchaîner les anecdotes : comment ce film a été découvert, qui en sont les acteurs aujourd’hui oubliés, comment le film a été restauré, etc.

Dès que le noir revient, il s’assied au piano et improvise devant l’écran, comme le voulait l’usage du temps du muet. Traditionnellement, le spectacle est agrémenté de quelques savoureuses surprises, afin de susciter l’étonnement du public mais aussi de pouvoir intégrer au dernier moment d’ultimes découvertes.

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