Peppermint frappé

91 min
Disponible du 01/05/2021 au 31/10/2021
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Un vieux garçon s’entiche d’une jeune femme, mariée à un ami d’enfance. Une variation espagnole sur le thème de "Vertigo", au cours de laquelle Carlos Saura épingle la bourgeoisie et s’amuse à dédoubler son égérie Geraldine Chaplin. 

Radiologue dans une petite ville de province, Julián cultive en secret ses manies et fantasmes de vieux garçon. Il est assisté dans son travail par la timide Ana, une jolie brune rougissante, à laquelle il ne prête pas attention. Le retour d’Afrique de Pablo, un ami d’enfance, au bras d’une splendide épouse, Elena, cause à Julián un grand trouble. Cette jeune femme exubérante aux cheveux blond platine lui rappelle étrangement une jeune paysanne qu’il a vu jouer frénétiquement du tambour lors d’une fête traditionnelle de village. Il en tombe raide amoureux. Au départ amicale, Elena finit par l’éconduire gentiment, puis fermement. Parallèlement, Julián, qui a enfin noté la ressemblance frappante qui existe entre elle et Ana, incite sa docile assistante à copier en tout point l’apparence d’Elena, des faux-cils à la blondeur de la chevelure.

Fantasmes rigides

Une œuvre sous double influence, celle de Buñuel et de son réalisme onirique – le film est d’ailleurs dédié au cinéaste –, et de Vertigo d’Hitchcock, que Carlos Saura pastiche très librement. Le réalisateur y poursuit aussi ses propres obsessions, auscultant une bourgeoisie espagnole infantilisée par la dictature franquiste, à travers Julian, l’envieux radiologue, rendu fou par ses fantasmes refoulés et piochés dans les magazines, et le hâbleur Pablo qui surjoue la virilité et la réussite. Le cinéaste, qui a démarré comme photographe, explore en outre le pouvoir obsédant des images sur la psyché humaine, dans ce film qui multiplie les jeux de miroirs et les effets de voyeurisme. Côté symboles cachés, on peut voir en Ana, qui défend timidement son naturel et ses cheveux noirs face à son despotique pygmalion, une allégorie de l’Espagne, contrainte de gommer ses spécificités régionales et culturelles pour se couler dans le moule franquiste. À la fois mortifère et d’une charmante frivolité sixties, Peppermint frappé, du nom du cocktail mentholé "à la française" dont raffole le raffiné Julián, inaugure la fructueuse collaboration entre Carlos Saura et sa muse Geraldine Chaplin, qui tourneront neuf films ensemble. Tout en se pliant aux multiples transformations exigées par ses deux rôles, ceux d’Ana et d’Elena, l’actrice, alors toute jeune, injecte au film son brio, sa fraîcheur et son exubérance, face aux excellents José Luis López Vázquez et Alfredo Mayo.


  • Réalisation :
    • Carlos Saura
  • Scénario :
    • Rafael Azcona, Carlos Saura
  • Production :
    • Elías Querejeta Producciones Cinematográficas S.L.
  • Avec :
    • María José Charfole (une enfant)
    • Ana María Custodio (la mère de Julián)
    • Emiliano Redondo (Arturo)
    • Alfredo Mayo (Pablo)
    • Géraldine Chaplin
    • Jose Luis Lopez Vasquez
  • Pays :
    • Espagne
  • Année :
    • 1967