L’avenir incertain de l’avion européen

4 min
Disponible du 23/07/2020 au 25/07/2022
Découvrez l'offre VOD-DVD de la boutique ARTE
La crise sanitaire a durement affecté le secteur aéronautique. En Europe, des milliers d’emplois sont aujourd’hui menacés. Début juin, la France et l’Allemagne ont annoncé des plans d’aide en échange d’engagements. Pour Gabriel Colletis, économiste et fondateur de l'association du Manifeste pour l'industrie, la filière doit repenser son mode de fonctionnement.

L’année 2020 marquera sans doute la “pire crise jamais essuyée par le secteur aéronautique”. Pendant les mois de confinement liés à la pandémie de Covid-19, 90% de la flotte mondiale d'avions est restée clouée au sol et l’ensemble de la filière aéronautique qui comporte pas moins de 1000 entreprises et 300 000 emplois directs et indirects a été grandement impacté par une mise à l’arrêt presque totale. Aujourd’hui, c’est toute la chaîne de production qui se retrouve menacée.


Des milliers d’emplois sur la sellette


Suppressions d’emplois, aides gouvernementales...touchées de plein fouet, les compagnies aériennes se retrouvent au coeur du naufrage. Au plus fort de la crise, la compagnie Air France a perdu jusqu’à 15 millions d’euros par jour. Pendant le confinement, 76% de ses salariés ont été mis au chômage partiel et leurs salaires ont été revus à la baisse jusqu’à 40% pour certains. Même si l’Europe a accordé une aide de sept milliards d’euros à la compagnie, des centaines d’emplois sont sur la sellette.


Même scénario pour Lufthansa, premier groupe de transport aérien européen, qui espère un plan d’aide européen de neuf milliards d’euros, mais qui compte supprimer jusqu’à 22 000 emplois, soit 16 % de ses effectifs mondiaux, dont la moitié en Allemagne. En Belgique, Brussels Airlines pourrait supprimer un millier d’emplois tandis que Ryanair a annoncé la suppression de presque 3 000 postes soit près de 15 % de ses effectifs.


Une économie en reconstruction ?


Si des milliers d’avions sont toujours bloqués sur le tarmac, les cahiers de commande sont eux aussi mis “sur pause”. Airbus, numéro un mondial en terme de livraisons devant son principal concurrent Boeing, a déjà réduit sa production d’avions d’un tiers. La production d’A320 est passée de 60 à 40 par mois et la baisse pourrait encore s'accentuer dans les prochains mois.


Dans la région Occitanie, berceau de l’aéronautique en France, 40 000 emplois

directs pourraient être supprimés. Mais l’onde de choc pourrait se propager parmi les sous-traitants, notamment les plus fragiles financièrement qui pourraient perdre jusqu’à la moitié de leur activité. Or, certains avaient lourdement investi, encouragés par une forte croissance d’environ 5% par an.


Pour Gabriel Colletis, économiste et président de l’association du Manifeste pour l'industrie, les prévisions sur l’avenir de l’aéronautique dépendent d’une possible reprise du trafic aérien : “Avant la crise du Covid-19, le carnet de commandes d’Airbus était rempli pour les huit prochaines années. Ces commandes ne devraient pas s’envoler. Encore faut-il savoir comment le trafic aérien va-t-il évoluer dans les années à venir. Va-t-il ralentir ? En réalité, personne ne sait comment les conditions sanitaires vont évoluer ou quels vont être les comportements des passagers”.


Face aux pertes importantes annoncées, la production va devoir se réorganiser. Pour l’économiste, la crise sanitaire place les entreprises aéronautiques devant leurs propres limites : “Airbus souffre depuis une dizaine d’années maintenant de ce qu’on appelle une financiarisation de sa stratégie, c’est-à-dire que ses bons résultats ont été beaucoup trop largement distribués sous forme de dividendes au marché financier plutôt que d’être réinvestis dans son effort de recherche et de développement”. Le secteur doit donc changer son fusil d’épaule et produire des avions moins coûteux, plus économes et aussi plus respectueux de l’environnement. Cette adaptation pourrait s’imposer comme un moindre mal. “La grande illusion serait de penser que dans trois ans, tout sera effacé et qu’on pourra repartir comme avant.”

  • Journaliste :
    • Marion Roussey, Nina Soyez
  • Pays :
    • France
  • Année :
    • 2020