Égypte : des crimes de guerre en rafale

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Disponible du 20/09/2019 au 22/09/2022
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Véhicules blindés, navires de guerre et avions de chasse : la liste des équipements militaires français livrés depuis 2012 à l’Égypte est vertigineuse. Depuis 2015, six milliards d'euros de contrats ont été signés, dont 24 avions de chasse Rafale. L'Égypte est aujourd’hui le quatrième acheteur d'armement français.
#Frencharms une enquête initiée par le média néerlandais indépendant Lighthouse reports en coopération avec Disclose et le soutien d’ARTE, Bellingcat, Mediapart et Radio France.

Officiellement, l’Égypte est une alliée stratégique de la France : "un pays de 100 millions d'habitants, absolument essentiel pour la sécurité et la stabilité du Moyen-Orient et de l'Europe" assène l’Élysée avant sa dernière visite en Égypte le 26 janvier dernier. Ces armes sont donc censées être dirigées contre des djihadistes et permettre de sécuriser la frontière avec Libye.

La réalité est tout autre. Un rapport d’Amnesty international, publié en octobre 2018 montre la responsabilité de l’usage des armes françaises dans la répression sanglante des manifestations de 2013. Il pointe notamment l’utilisation des véhicules blindés MIDS et Sherpa fabriqués en France pour "disperser" les manifestants. Exemple parmi d’autres : le 14 août 2013, ces Sherpa sont déployés au Caire. Bilan : près de 1000 personnes sont mortes. 
Un autre rapport de Human Right Watch, intitulé "Si vous craignez pour vos vies, quittez le Sinaï !" (mai 2019), détaille les abus du gouvernement dans le Sinaï jusqu’en 2017 : arrestations massives, disparitions forcées, tortures, exécutions extrajudiciaires ou encore meurtres à des postes de contrôle.La France n’a pas autant arrêté de livrer ses armes à l’Égypte à partir de 2014, quand l'ex-chef de l'armée Abdel Fattah Al-Sissi a été élu président avec 96,9 % des suffrages. Bien au contraire : ses ventes ont littéralement explosé.

Ce que montre l’enquête
Que sont devenus les 24 Rafale vendus en 2015 à l’Égypte ? C’est cette question qui a orienté nos recherches. Notre enquête montre que ces avions de chasse ont participé à un raid aérien ayant frappé des bâtiments civils en Libye. Dans cette vidéo vantant l’efficacité de l’armée égyptienne -publiée en mai 2017- des soldats affirment que leur cible est un camp d’entraînement de djihadistes à Derna en Libye. La réalité est bien différente : l’analyse de la vidéo -où apparaissent deux Rafale, des F-16 et un E-2 Hawkeye américains- montre que les bombardements ont touché un complexe administratif, situé dans la ville de Houn, à 700 kilomètres de l’objectif annoncé.


  • Journaliste :
    • Maud Jullien
  • Pays :
    • France
  • Année :
    • 2019