Accords européens de libre-échange : les avantages et les inconvénients !

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Disponible du 28/06/2019 au 28/06/2022
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La ratification du Ceta, l'accord européen de libre-échange avec le Canada, a été approuvée par l'Assemblée nationale le 23 juillet, avec 266 voix pour, 213 voix contre et 74 abstentions. Le texte doit encore passer devant le Sénat. Il fait partie d'une longue série d'accords, comme le Mercosur, signé avec quatre pays d’Amérique latine. Où en est-on aujourd’hui ? Pourquoi les institutions européennes cherchent-elles à tout prix à signer ces accords de libre-échange, parmi les plus importants au monde ? Quels sont leurs avantages et leurs inconvénients ? On fait le point.

Mercosur, CETA, JEFTA, ces acronymes vous disent certainement quelque chose. C’est la longue série des accords européens de libre-échange, qui sont en cours de négociation ou qui sont déjà en vigueur ! Leur particularité : ils couvrent plein de domaines, de l’agriculture au développement durable et ils sont très controversés ! Où en est-on avec ces accords ? Quels sont leurs avantages et leurs inconvénients ? On fait le point !

Dans l’actu

En ce moment, il y a deux grands accords qui font l’actu : l’accord avec le Vietnam et l’accord avec le Mercosur ! Prenons d’abord le Vietnam. Il va être signé le 30 juin. Grâce à lui, l’Union européenne espère une augmentation des exportations vers le Vietnam de 35% d’ici 2035 et une suppression de 99% des droits de douane.

Bon, fait, les Européens voulaient au départ un accord avec l’ensemble des pays d’Asie du Sud-Est. Mais ça n’a pas marché.  Du coup, le Vietnam est plutôt un lot de consolation.

Maintenant, il y le Mercosur. En France, on parle beaucoup de cet accord qui est en négociation entre les pays européens et quatre pays d’Amérique latine : l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Urugay. Tout simplement parce que que la France est le principal pays qui s’y oppose en Europe, notamment au nom des intérêts de son agriculture et du respect de l’accord de Paris sur le climat. Au contraire, Angela Merkel et six autres pays européens font tout pour qu’il soit enfin signé très vite.

Ces divisions ne sont pas nouvelles. Il y a toujours 28 intérêts divergents, même dans un marché commun. Et là, ça fait vingt ans que ça bloque et que ça fait couler beaucoup d’encre. Là, je ne vous ai parlé que de ceux qui sont dans l’actu. Mais il y en a qui sont déjà en vigueur !

Déjà en vigueur

C’est le cas des trois grands accords de libre-échange !

Le premier qu’on a conclu, c’était avec la Corée du Sud et, en 2011. Depuis, le pays en a beaucoup profité. Pendant longtemps, elle a exporté plus vers l’UE que nous, pour 11,6 milliards d’euros de plus exactement. Aujourd’hui, le commerce s’est presque équilibré.

Le deuxième accord, vous en avez déjà entendu parler. C’est le fameux CETA, signé entre l’UE et le Canada, qui est entré en vigueur depuis septembre 2017, mais seulement en partie. En fait, il entrera vraiment complètement en vigueur lorsqu’il sera ratifié par tous les États membres. 

Et puis il y a l’accord entre l’UE et le Japon. Il est en vigueur depuis février 2019. Lorsque l'accord sera pleinement mis en œuvre, le Japon supprimera 97 % de ses droits de douane à l'importation. L’UE espère économiser ainsi jusqu’à un milliard d'euros. Et je ne vous parle pas de ces accords qui sont passés aux oubliettes, comme le fameux TTIP, l’accord de l’UE avec les États-Unis, qui n’a finalement jamais vu le jour…

Donnant-donnant

Ok, mais pourquoi est-ce qu’on fait tous ces accords de libre-échange ? Eh bien, c’est une histoire d’argent. Faire du commerce avec nos voisins, ça rapporte beaucoup : près de 1179 milliards d’euros, selon les chiffres de la Commission euros en 2017.  Et c’est tout bénéfice pour les entreprises et pour nous, les consommateurs.

Grâce à ces accords, les entreprises européennes peuvent trouver de nouveaux débouchés ! Par exemple, avec le CETA, les entreprises françaises ont trouvé un nouveau marché de plusieurs millions de consommateurs pour leurs vins, leurs parfums, leurs automobiles et leurs produits laitiers. Car qui dit accord de libre-échange, dit suppression des droits de douanes et dit aussi produits moins chers à l’exportation et à la consommation. Et ça, ça marche d’un côté comme de l’autre.

Effectivement, les entreprises exportent plus. Ce qui fait plus de croissance et plus d’emplois. Et les consommateurs payent moins cher ! Et c’est plus qu’une question commerciale, c’est aussi une question de normes ! En fait, l’Europe ouvre totalement son marché, à la condition que l’autre respecte ses réglementations.

Par exemple, les négociateurs européens se sont battus pendant longtemps avec les Japonais, pour qu’ils changent le volume de leurs bouteilles d’alcool ! Tout le problème étant qu’une bouteille de saké, ça ne fait pas 75cl comme les bouteilles européennes, mais l’équivalent de deux bols de riz. Et pour entrer dans le marché européen, ça posait problème.  Les Japonais devaient donc changer leurs bouteilles.

Je vous rassure : cela ne concerne pas que les bouteilles d’alcool. Cela concerne aussi les normes environnementales et sanitaires européennes. Le Japon et les autres pays les acceptent car en échange, ils ont la promesse d’un marché de 511 millions de consommateurs. Et oui, en principe, chacun y gagne, c’est du donnant-donnant ! Mais dans les faits, est-ce vraiment le cas ? 

Vraiment ?

Ils sont nombreux à descendre dans les rues parce qu’ils sont convaincus du contraire ! C’est le cas surtout en France, où la fin de ces accords est devenu un vrai thème de campagne des élections européennes, plus que partout ailleurs en Europe ! Pour ces manifestants, les accords de libre-échangesont des menaces. D’abord, pour la planète.

Selon les critiques, l’Union européenne ne fait pas respecter ses standards environnementaux et pire, elle favorise des pratiques qui détruisent l’environnement, en ouvrant par exemple le marché aux exportations canadiennes de gaz de schiste ou en achetant des produits qui conduisent à la déforestation de l’Amazonie.

Ce serait aussi des menaces pour notre propre production, parce qu’ils ouvrent notre marché à la concurrence étrangère dans plein de domaines. Les agriculteurs français craignent par exemple l’arrivée sur le marché des fruits et des légumes d’Amérique latine, dont le prix défie toute concurrence ! Seules capable d’y faire face : les grandes exploitations.

Enfin, selon ces opposants, ces accords menacent notre démocratie, parce qu’ils créent un système de justice parallèle. Pourquoi ? Parce qu’ils sont accusés de globaliser une pratique devenu courante au niveau national : le recours aux tribunaux d’arbitrage privés. Ces tribunaux permettent aux entreprises d’attaquer un État en justice si elles se sentent lésées. Et souvent, elles gagnent au détriment de l’État et donc du contribuable.

En bref !

Vous l’avez compris, ces accords de libre-échange, c’est tout bénéfice pour les grandes entreprises et pour nous les consommateurs, parce que grâce à eux, la bière japonaise que l’on achète au supermarché est vendue à un prix tout à fait correct. Sans compter les bénéfices pour la croissance et l’emploi. Et comme c’est du gagnant-gagnant, tout le monde est content. Mais en fait, pas vraiment.   

Il y a de nombreuses critiques de fond sur les bénéfices de ces accords, autant pour la planète, pour notre économie que pour notre démocratie ! Et puis, ces accords, même signés, même entrés en vigueur, évoluent perpétuellement. Des comités se réunissent régulièrement pour trouver des solutions aux problèmes, voire les étendre encore. On n’a donc pas fini de vous en parler !


  • Journaliste :
    • Felix Hoffmann
    • Loreline Merelle
  • Pays :
    • France
  • Année :
    • 2019