Parlement européen : une révolution des forces politiques ?

Les chefs d'État européens se réunissent les 20 et 21 juin à Bruxelles pour répartir les quatre postes de pouvoir de l'UE. Le PPE revendique la présidence de la Commission, les libéraux celle du Conseil européen et les socialistes le poste de chef de la diplomatie européenne. Europe et Hop fait le point sur le paysage politique de l'Union au sortir des élections.

Conservateurs

Chez les conservateurs, pas de révolution ! La droite européenne reste la première force politique du Parlement européen. Ce qui change, c’est qu’elle a moins de pouvoir qu’avant et que les Français n’ont plus leur mot à dire dans ce groupe.

Pour le reste, la droite a réussi à sauver les meubles. Le PPE a même gardé en son sein le Premier ministre hongrois Viktor Orban et son parti le Fisdesz qui a finalement décidé de ne pas partir.

Et pour les postes clés ? En théorie, le vainqueur des élections doit obtenir la Présidence de la Commission. La tête de liste du PPE, l’Allemand Manfred Weber remplacerait ainsi le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker. La Présidence de la Commission resterait donc aux mains des conservateurs. Oui, mais non. Là ce ne sera peut-être pas le cas.

Tout simplement parce qu’en pratique, ce sont les chefs d’Etats qui nomment le Président de la Commission. Et il se trouve qu’un certain Emmanuel Macron est farouchement contre la candidature de Weber. Ce n’est donc pas gagné.

 
Socialistes

Les socialistes restent en deuxième position avec 152 sièges. Mais ils en ont perdu une vingtaine et se retrouvent dans une crise existentielle. Les socialistes français ne sont pas les seuls à avoir chuté. Les Allemands  aussi. Ce qui a complètement modifié les rapports de force dans le groupe.

Les Espagnols ont maintenant la délégation la plus importante, suivie de près par les italiens. Les pays du Sud ont un vrai pouvoir de décision sur l’orientation du groupe. Et il l’utilisent. Maintenant, l’Espagnol Iratxe Garcia défie l’Allemand Udo Bullman pour prendre la tête du parti.

Au-delà de la crise interne, les socialistes gardent suffisamment de pouvoir pour obtenir des postes élevés au Parlement. Et ils pourraient même obtenir la Présidence de la Commission européenne. Eh oui, le néerlandais Frans Timmermans espère toujours engranger suffisamment de soutiens en cas d’échec de Manfred Weber.

 
Libéraux

Les libéraux européens, ce sont les grands gagnants de ces élections. Avec 110 sièges, ils sont devenus la troisième force politique du Parlement européen.  Merci qui ? Eh bien, à la liste Renaissance de Nathalie Loiseau. En position de force, les 21 députés soutenus par Emmanuel Macron veulent maintenant faire la révolution en interne.

Ils ont commencé par rebaptiser le groupe libéral en « Renew Europe » en anglais. Ca s’approche de Renaissance, et surtout il n’y a pas le terme libéral dedans ! Trop mal vu côté français !

Les Français ont aussi essayé de prendre la présidence du parti, selon le concept : nouveau nom, nouvelle tête ! Nathalie Loiseau devait ravir le trône au Belge Guy Verhofstadt qui le gardait depuis dix ans. Mais elle a dérapé dès son arrivée à Bruxelles en s’en prenant au chef du parti conservateur et à ses propres alliés libéraux. Elle a donc dû renoncer au poste et laisser d’autres candidats prendre sa place.

Le nouveau groupe espère obtenir des postes clefs. Marghrete Vestager, la commissaire à la concurrence, est toujours en pole position pour être présidente de la Commission. Et l’ex-chef du parti, Guy Verhostadt rêve lui d’un poste de Président du Parlement européen.  Et les Français ? Eh bien, ils font profil bas et visent plutôt des postes de direction dans les groupes de travail du Parlement.


Verts

Les Verts se retrouvent en position de force. Avec 76 sièges, ils visent au moins un des postes clefs de l’Union européenne.

Ce ne sera pas la présidence de la Commission. Ils n’ont pas suffisamment de voix. Mais ils pourraient prétendre au poste de Président du Parlement européen et de chef de la diplomatie européenne. Ils ont déjà choisi leur chef de groupe. Ce sera de nouveau l’allemande Ska Keller et le belge Philippe Lamberts. Pas de changement de ce côté-là.

Par contre, ce qui pourrait modifier les rapports de force dans le groupe, c’est le Brexit.  Pour l’instant, les Britanniques forment la troisième délégation la plus importante du groupe après les Français et les Allemands. Et le 31 octobre prochain en théorie, ils devront partir ! De quoi changer la donne…


Nationalistes

Chez les nationalistes, on change de nom et de direction. Europe des Nations et des Libertés devient « Identité et démocratie ». Le groupe double son score et passe à 73 membres, avec un poids politique quasi équivalent à celui des Verts. Ce n’est plus le Rassemblement national de Marine Le Pen qui dirige…mais la Ligue de Matteo Salvini qui a obtenu six sièges de plus. Son Président est d’ailleurs un député italien, Marco Zanni.

Pour le reste, peu de changement dans le fond. Le groupe n’a pas réussi à attirer davantage. Les Britanniques de Nigel Farage, les Polonais du PIS ou les Espagnols de Vox sont partis voir ailleurs. Ce n’est pas donc pas le grand groupe espéré.

Mais avec son poids politique, l’extrême droite peut prétendre à des postes clefs au Parlement européen, notamment pour présider des groupes de travail.  Après 2014, les autres partis lui avaient fait barrage. Est-ce qu’ils feront aussi barrage à l’extrême droite aujourd’hui ? La question reste ouverte.  

 

Et les autres ?

En fait, les Polonais du PIS sont restés dans le parti ultra-conservateur, l’ECR et les Espagnols de Vox l’ont rejoint. Et cela même si l’avenir de ce parti eurosceptique est très fragile. Avec 61 sièges, il a été recalé de la troisième force politique du Parlement à la sixième. Et en cas de Brexit, il perdrait 19 sièges. Mais ce n’est pas le plus mal loti.

Il y en a un autre qui n’arrivera peut-être jamais à se recomposer: C’est l’EFDD. Le parti eurosceptique du pro-Brexit, Nigel Farage, est composé d’une majorité de Britanniques. Et c’est tout le problème. Maintenant, il doit retrouver des alliés pour pouvoir exister ! Et personne ne veut aller dans un groupe qui a une durée de vie limitée par le Brexit. Un comble !

Le dernier groupe, c’est l’extrême gauche européenne. Ils ont 40 sièges. Comme les autres, ils devront faire des coalitions pour peser dans le jeu législatif et réussir à faire entendre leur voix dans ce nouveau Parlement européen, qui est plus divisé que jamais ! Mais ça c’est encore une autre paire de manche ! On vous tient au courant ! 

 

 

 

Journaliste

  • Anja Maiwald

  • Loreline Merelle

Pays

France

Année

2019

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