Européennes : que change vraiment le vote des Britanniques ?

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Le 23 mai, les Britanniques ont participé aux élections européennes. 73 députés britanniques vont donc entrer au Parlement européen avec la certitude qu’ils en partiront très vite ! Vous allez me dire : "c’est l’affaire des Britanniques !" Eh bien, détrompez-vous. Cela change beaucoup de choses pour l’Union européenne, mais aussi pour nous ! On vous explique tout en détails.

C’est fait ! Les Britanniques ont participé aux élections européennes. Dit comme ça, ça peut paraître anodin, mais ça ne l’est pas…du tout. En fait, c’est une toute nouvelle partie qui commence entre l’Union européenne et les Britanniques. Elle se fera sans Theresa May qui jette l’éponge.

Dans cette partie, il y aura bien 73 eurodéputés britanniques au Parlement européen. Ces 73 députés sont censés partir au plus tard le 31 octobre. Qu’est-ce que ça change ? Est-ce que ça veut dire par exemple qu’au moment du Brexit, on va devoir voter à nouveau ? Non, tout a été prévu pour que ce soit pas le cas. Par contre, ça va effectivement changer beaucoup de choses. On vous explique tout en détails.

Changement de règles !

En votant, les Britanniques ont déjà imposé de nouvelles règles du jeu. Le Parlement européen s’était préparé pour le Brexit. Les députés devaient être 705 au lieu de 751. La France devait même gagner cinq nouveaux sièges dans la bagarre. Et bien non, on annule tout jusqu’au 31 octobre. C’est la date limite pour que les Britanniques sortent. En attendant,  les parlementaires européens seront toujours 751.

Concrètement, qu’est-ce que ça change ? Ca veut dire que nous en tant que Français, nous choisissons 79 députés au Parlement européen. Mais que sur ces 79 députés, il y en aura cinq qui vont se tourner les pouces.

Au total, 27 sièges de députés britanniques sortants ont été répartis entre les pays européens  en vue du Brexit. Il y aura donc 27 parlementaires à demi-élus, qui n’attendront qu’une chose : que leurs collègues britanniques partent enfin. Bonne ambiance !

Trouble-fête !

En attendant, ces fameux Eurodéputés britanniques, eux, ne vont pas rester les bras croisés. Ils ont suffisamment de force pour peser sur l’organisation de l’Union européenne au cours des cinq prochaines années, alors même qu’ils sont censés partir dans six mois ! 

Et ils arrivent pile-poil au bon moment. C’est à partir de juillet que tous les postes se décident et notamment celui de Président de la Commission européenne. Ils voteront pour le chef de l’exécutif européen, comme tous les autres députés.

Cela veut dire qu’ils pourront faire pencher la balance pour un candidat ou pour un autre. Et pour cause : ils détiennent 10% des voix ! Ils pourraient aussi avoir un commissaire britannique et obtenir des postes haut placés dans les commissions parlementaires... avant de s’en aller.

Nouvelle partie

Ils vont peser sur les nominations et il y a tout à parier qu’ils vont favoriser les Eurosceptiques. Le parti populiste Brexit de Nigel Farage devrait obtenir une majorité de voix et donc permettre aux Eurosceptiques d’avoir des postes très bien placés.

En plus, à leur départ, les Britanniques seront remplacés par 27 nouveaux députés, qui n’auront pas forcément les mêmes orientations politiques qu’eux. Ça risque d’être un beau bazar, jusque dans les finances !

Car les partis britanniques donnent tous de l’argent au parti européen auxquels ils sont affiliés. S’ils n’y sont plus, ils ne payent plus c’est clair. Ce sera un problème pour les populistes mais aussi pour les Verts ou pour les socialistes. 

Echec et mat?

Est-ce que cette partie se finira en échec et mat ? On ne sait pas encore. Mais ce qui est sûr c’est qu’elle va coûter très cher ! Qui dit nouveaux députés, dit plus de dépenses. Logique.  La députée européenne allemande, Ingeborg Grässle, a même fait le calcul : les Eurodéputés britanniques coûteront 21 millions d’euros au Parlement européen s’ils restent jusqu’à la fin octobre.

Et si, tout compte fait, ils décident de rester encore quelques années, il faudra compter 36.3 millions d’euros par an… Mais pas de panique. La facture sera aussi adressée au Royaume-Uni. Tant qu’il restera dans l’Union européenne, il contribuera au budget européen. 

Ce qu’il faut ajouter à ça, ce sont les frais déjà engendrés par le Brexit : les sommets exceptionnels, les équipes de négociations, les voyages, les hôtels... Tout ça a déjà coûté très cher aux institutions européennes et donc à nous, les contribuables. Et puis, surtout, le temps a passé. Et  les politiciens auraient certainement pu s'occuper de bien d'autres choses....

Mais tout ça, c’est dans l’hypothèse où les Britanniques ne partiraient pas avant la première session du Parlement européen, le 2 juillet prochain. A priori, il y a peu de chances, mais on ne sait jamais. Dans tous les cas, vous serez forcément tenus au courant avec Europe et hop. 


  • Journaliste :
    • Sira Thierij
  • Pays :
    • France
  • Année :
    • 2019