77 min
Disponible du 04/02/2019 au 11/04/2019
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Trois ans avant le mythique documentaire "Grey Gardens", des frères Maysles, les fantasques "Big" et "Little" Edie avaient déjà été filmées par le photographe Peter Beard et son amie Lee Radziwill, soeur de Jacqueline Kennedy-Onassis, ainsi que par Andy Warhol et Jonas Mekas (décédé le 23 janvier dernier). Un vertigineux voyage à la rencontre du temps perdu.

En 1972, le photographe Peter Beard et son amie Lee Radziwill, sœur cadette de Jacqueline Kennedy-Onassis (disparue le 15 février 2019), passent l’été à Montauk, sur la côte sauvage de Long Island, dans l’État de New York. Cette dolce vita artistico-glamour, où l’on croise aussi Andy Warhol ouTruman Capote, inspire un projet de film à la jeune femme : dans son enfance, elle a passé bien des vacances tout près de là, à Grey Gardens, la propriété de ses fantasques tante et cousine, Edith Ewing Bouvier Beale et Edith Bouvier Beale, alias "Big" et "Little" Edie, dans les Hamptons, une villégiature très prisée de l’élite new-yorkaise. Installées depuis 1924 dans cette immense demeure, qui a vu défiler les barons de la banque et du charbon, la mère et la fille, jadis reines des salons à la beauté renommée, ont peu à peu sombré dans une solitude misérable. Elles vivent recluses dans les débris de leurs splendeurs passées, derrière une épaisse jungle envahie d’ordures, de chats et de ratons-laveurs. Tandis que les autorités municipales cherchent à les expulser de leur dernier royaume, elles se prêtent avec bonne grâce au jeu de cinéma familial qui leur est proposé. Derrière la caméra, outre Peter Beard, se succèdent le réalisateur et écrivain Jonas Mekas (disparu le 23 janvier 2019) et un duo de documentaristes également renommés, les frères Albert et David Maysles, lesquels ont achevé depuis peu un film sur les Rolling Stones (Gimme Shelter). Devant, la belle Lee converse avec ses si excentriques parentes, avant de superviser un colossal chantier d’assainissement financé par Aristote Onassis. Superbes et terrifiantes, les deux Edie cabotinent, se chamaillent, posent et chantent (notamment la ballade "September Days", dont la mélancolie berce idéalement le générique de fin), exposant leurs reliques, leur folie et leur refus radical du monde du dehors.

Abyme dans l’abîme
"Il ne leur restait que les échos des chansons et des rêves d’une histoire familiale disparue depuis longtemps", se souvient Peter Beard, depuis son moulin de Montauk. Commentées aussi par la voix off transformée par l’âge de Lee Radziwill, se succèdent les quatre bobines de film tournées alors, puis abandonnées par leurs auteurs, qui renonceront à les monter. Pour qui a vu Grey Gardens (1975), le documentaire des frères Maysles que ses deux héroïnes déchues et leur stupéfiant sens du spectacle ont rendu légendaire, Cet été-là s’apparente à la fois à une genèse et à une troublante mise en abyme. Mais il n’est pas nécessaire de connaître le film pour se laisser envoûter par celui de Goran Olsson. En tissant l’éclatante jeunesse, désormais enfuie, des filmeurs, avec le passé décomposé qui a depuis longtemps englouti les filmées, l’auteur de The Black Power Mixtape (diffusé par ARTE en 2012) nous convie à un vertigineux voyage à la rencontre du temps perdu.


Réalisation :

Goran Olsson

Distributeur :

Dogwoof Ltd

Pays :

Danemark

Année :

2017