Giro 2018 : au Tour de la paix ?

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Disponible du 03/05/2018 au 05/05/2035
Disponible en direct : oui
Le départ du cent unième Giro, l’une des plus importantes et des plus anciennes courses cyclistes de la planète,  sera donné le 4 mai de Jérusalem-Ouest. Ce n’est pas la première fois que le tour d’Italie démarre d’un autre pays, mais le choix d’Israël - où auront lieu trois étapes de la course, qui ne passera dans les Territoires palestiniens - fait polémique.
Les détracteurs du départ du Giro en Israël y voient une forme de soutien à la politique israélienne, face à des organisateurs qui disent vouloir "simplement passer un message sportif". D’autres compétitions, comme le Middle East Tour (prévu pour 2019), choisissent au contraire de passer des deux côtés et espèrent rapprocher différentes populations. Mais le sport peut-il vraiment faire avancer la paix au Proche-Orient ?

Le tour d’Italie s’élancera le 4 mai de la rue King David, à quelques kilomètres de Yad Vashem, le musée de l’histoire de la Shoah à Jérusalem. La compétition rend hommage au mythique coureur Gino Bartali, triple vainqueur du tour de France et double vainqueur du Giro, qui a sauvé plus de 800 Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Un engagement longtemps resté méconnu qui a été honoré en 2013, lorsque "Gino le pieux" a reçu le titre de "Juste parmi les nations".

Les inévitables polémiques

Israël a déjà accueilli plusieurs compétitions internationales, comme les Olympiades d’échecs (1964 et 1977) et les Jeux paralympiques (1968) et, cette année, le championnat d’Europe de judo. Mais le tour d’Italie, par son budget - 27 millions d’euros rien que pour les trois jours en Israël - et sa logistique, est la plus importante. La course part de Jérusalem-ouest, la partie majoritairement israélienne de la ville, sans passer par ses quartiers palestiniens. Elle fait ensuite étape sur la côte méditerranéenne et dans le désert du Néguev, à Haifa, Tel Aviv, Beer Sheva et Eilat. 
Le tour d’Italie a provoqué une controverse côté israélien dès l’annonce de son départ de "Jérusalem-ouest". L’Etat hébreu a aussitôt menacé de se retirer du projet, car il revendique la Ville sainte toute entière comme capitale, et cette mention a été modifiée. 
En Israël et dans les Territoires palestiniens, où toute question territoriale est éminemment politique, c’est ce trajet et le choix même de l’Etat hébreu comme pays de départ qui font polémique. Pour les Palestiniens et leurs défenseurs, c’est une manière de nier l’occupation de la Cisjordanie et la récente répression exercée à l’égard des manifestants de la "Marche du retour" à la frontière gazaouie, qui a fait 49 morts depuis cinq semaines. Ils craignent également le bénéfice politique qu’Israël pourrait tirer de l’organisation du Giro. Sur ce dernier point, son directeur Mauro Vegni semblait fataliste, dans un entretien au Monde daté du 29 novembre : "Le bénéfice intérieur qu’Israël veut tirer de cette opération, je ne le connais pas. Je peux imaginer ce qu’ils en feront, je peux le comprendre, mais je n’approuve pas cette façon de voir".

Le débat du boycott

Fallait-il organiser le Giro en Israël ? Fallait-il qu’il passe également par la Cisjordanie ? Et si c’était le cas, serait-ce une manière de tendre la main aux Palestiniens ou de reconnaître la lente annexion de la Cisjordanie par l’Etat hébreu ? Le débat est à peu près le même que sur le plan culturel, lorsque des musiciens célèbres donnent des concerts en Israël. Radiohead a déclenché une longue et violente polémique l’an dernier à l’occasion d’un concert à Tel Aviv.
Pendant plusieurs mois, des artistes comme Roger Waters, membre de Pink Floyd et le réalisateur Ken Loach, tous deux partisans du mouvement BDS (Boycott désinvestissement sanctions, qui prône le boycott culturel d’Israël) ont fait pression sur le groupe britannique pour qu’il annule sa venue, sans succès. Le leader de Radiohead Thom Yorke estime quant à lui que boycotter un pays tout entier est contre-productif et que jouer à Tel Aviv ne veut pas dire soutenir le gouvernement de Benyamin Netanyahou.

Un marathon pour dénoncer l'occupation

Le Marathon palestinien est une autre initiative sportive de la région, cette fois-ci clairement engagée. Cette course a été créée en réaction au marathon de Jérusalem pour que les Palestiniens de Cisjordanie, dont la plupart n'ont pas l'autorisation d'aller en Israël, aient leur propre compétition. Elle part de la ville de Bethléem et suit en partie le mur de séparation, pour montrer les obstacles à la circulation des Palestiniens et attirer l'attention sur leur situation.

Elle accueille des coureurs palestiniens, des militants contre l'occupation, mais aussi sportifs curieux, comme ce jeune Américain dont le journal Haaretz racontait l'histoire en 2014 : Aaron Voldman a couru les marathons de Jérusalem et de Palestine à trois semaines d'intervalle, avec la volonté de dialoguer avec tout le monde.

Franchir les frontières, un message puissant

Les organisateurs du Middle East Tour espèrent "faire du cyclisme pour la paix globale". Cette compétition, qui aura lieu pour la première fois en mars 2019, passera par Israël, la Cisjordanie et la Jordanie. A la différence du Giro, cette course est destinée aux cyclistes amateurs. La compétition est soutenue par le ministère des Affaires étrangères autrichien et son budget n’a rien à voir avec celui du tour d’Italie : il s’élève à 1,2 million d’euros. 

"Nous voulons éviter les messages politiques, au lieu de cela notre action doit aller de soi : le sport comme véhicule de la paix, la course comme occasion de réunir des habitants de la région et du monde entier", explique Gerhard Schönbacher, son initiateur. Le peloton ne pourra pas franchir la frontière entre Israël et la Jordanie, mais il pourra passer les checkpoints qui séparent l’Etat hébreu de la Cisjordanie. Tout un symbole, qui rappelle l’édition 2014 du Giro : le tour d’Italie était parti de Belfast, en Irlande du Nord, en circulant à la fois dans les quartiers protestants et catholiques. 


Pays :

France

Année :

2018