Rendez-vous avec Mikhaïl Gorbatchev

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Une rencontre poignante entre le cinéaste Werner Herzog et Mikhaïl Gorbatchev, dernier secrétaire général du Parti communiste soviétique et principal artisan de la chute du bloc soviétique. Ce documentaire met en regard sa présente solitude avec les espoirs planétaires qu'il avait suscités.

Pourquoi Mikhaïl Gorbatchev, dernier secrétaire général du Parti communiste soviétique, de 1985 à la disparition, en 1991, de l'URSS, est-il considéré "comme un traître" en Russie ? Werner Herzog (Aguirre, la colère de Dieu, Salt and Fire) n'évoque pas avec lui cette réalité douloureuse ; pas plus qu'il n'insiste quand son interlocuteur, par un courtois mais ferme "C'est personnel", refuse de lui confier ce qu'il a ressenti, près de trois décennies plus tôt, à la mort d'un système qu'il s'employait, depuis six ans, à réformer pour qu'il survive. Cette rencontre atypique constitue plutôt pour le cinéaste l'occasion de témoigner sa reconnaissance à celui qui incarna en Occident, dans une moindre mesure en Europe de l'Est, et en tout cas dans les deux Allemagnes, un immense espoir de paix et de renouveau politique. Ponctué d'archives entrées dans l'histoire, d'autant plus émouvantes qu'elles sont familières à quiconque les a regardées en direct, à la télévision, ce dialogue crépusculaire avec une figure célébrissime, mais symbolique d'un passé révolu, a quelque chose de poignant. D'autres acteurs de ces années charnières (George Schultz, l'ancien secrétaire d'État de Reagan, Lech Walesa, l'ex-Premier ministre hongrois Miklos Németh…) commentent et complètent son témoignage.

Fantôme
Qu'il évoque la mort de Raïssa, son épouse, disparue depuis vingt ans ("C'est comme si on m'avait ôté la vie"), ou celle de l'Union soviétique lorsque, évincé du pouvoir par Boris Eltsine, il s'est résigné à démissionner ("Eltsine et autres, ce sont des incendiaires. Il aurait fallu s'y prendre autrement avec eux, mais ce n'est pas dans ma nature"), ce Gorbatchev à la fois affable et lointain ressemble au fantôme du formidable animal politique qui avait réussi, avec son sourire franc et sa parole directe, à mettre un terme, pour un temps, à la guerre froide. Du chocolat sans sucre – pour son diabète – que lui offrent Herzog et son coréalisateur, André Singer, au poème de Lermontov qu'il récite à mi-voix, face caméra, en guise d'au revoir, ce moment d'intimité garde quelque chose d'indéchiffrable. Peut-être parce qu'il ne revient pas à ce vieux monsieur digne et pudique, qui espère mourir avant ses 90 ans, de commenter ce que le cinéaste appelle sa "tragédie". "Nous avons essayé" : telle est l'unique épitaphe qu'il revendique.


  • Réalisation :
    • Werner Herzog
    • André Singer
  • Pays :
    • Royaume-Uni
  • Année :
    • 2018