Les quatre soeurs (2/4)
La Puce joyeuse, Ada Lichtman

1 min. (bande-annonce)
Disponible du 23/01/2018 au 22/03/2018
Prochaine diffusion : mardi 23 janvier à 22h25
Sous-titresVersion originale

Déportée au camp d'extermination de Sobibor, Ada Lichtman fut affectée au nettoyage de "La Puce joyeuse", la ferme des officiers directeurs du camp. Au fil d’une tétralogie bouleversante, Claude Lanzmann dévoile les récits de survie de quatre femmes réchappées de la destruction nazie, qu’il avait longuement interviewées pour "Shoah".

Ada est happée dans un tourbillon d’atrocités au premier jour de l’invasion de la Pologne, lorsque tous les hommes juifs de Wieliczka, dont son père, sont abattus dans une forêt voisine par les Allemands. La jeune femme est déplacée à Mielec avec son mari, qui est bientôt expédié au travail forcé et exécuté. Après avoir assisté à l’incendie volontaire de l’église de la ville, dans laquelle les nazis ont enfermé des centaines de Juifs, Ada est emmenée à Sobibor, où elle fait partie des trois seules survivantes de son convoi. Affectée au nettoyage de "La Puce joyeuse", la ferme des officiers directeurs du camp, la jeune femme y confectionne des vêtements pour les poupées, pillées, des enfants juifs, que les nazis rapportent en permission. Jusqu’à la révolte du 14 octobre 1943…



 



Les vivantes et les morts

Comme Le dernier des injustes, Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures ou Le rapport Karski, Les quatre sœurs puisent leur origine dans l’enquête monumentale entreprise par Claude Lanzmann pour la réalisation de Shoah. Plus de trois décennies après la sortie de cette œuvre majeure, le cinéaste a exhumé les déchirants récits de survie de quatre rescapées, auxquelles il consacre une magnifique tétralogie. La parole limpide, le regard pénétré d’une lumineuse vivacité, Ruth Elias décrit, entre deux airs mélancoliques d’accordéon, l’instinct vital qui l’a habitée, de Theresienstadt à Auschwitz, jusqu’à la mort de son bébé affamé sur sa poitrine bandée. Assise au côté de son mari – dont la souffrance, si elle avait un visage humain, serait le sien –, la Polonaise Ada Lichtman détaille, sans ciller et en cajolant des poupées, la litanie d’horreurs qui l’a conduite à Sobibor, pourchassée par cette terrifiante pensée : "Comment allais-je mourir ?" Toute d’élégance et de résistance, cramponnée à la résolution de ne parler qu’en son nom, Paula Biren raconte sa trajectoire de "privilégiée" dans le ghetto de Lodz et la honte qui l’a longtemps muselée. Enfin, la douce Hanna Marton, veuve depuis peu, qui se réfugie dans le journal d’époque de son mari comme pour retrouver ses bras aimés, confie l’inapaisable culpabilité d’avoir été sauvée par la vénalité d’Eichmann. Par-delà leurs singularités, qui éclairent des chapitres méconnus de l’extermination des Juifs, ces quatre femmes extraordinaires renaissent ici unies dans une relation sororale tissée d’intelligence tranchante, de courage inouï, de poignantes pudeur et dignité. Au fil des mots et des silences, que Claude Lanzmann sait si bien provoquer et respecter, la caméra effleure délicatement leurs visages pour saisir une larme ou un éclair d’effroi. Le cinéma, dans son dénuement le plus pur, nous les rend alors si présentes que ces quatre sœurs à la vie à la mort continuent, longtemps après l’écran noir, à habiter nos mémoires et nos cœurs.


Générique

Réalisation :

Claude Lanzmann

Pays :

France

Année :

2017