Les quatre soeurs (1/4)
Le serment d'Hippocrate, Ruth Elias

1 min. (bande-annonce)
Disponible du 23/01/2018 au 22/03/2018
Prochaine diffusion : mardi 23 janvier à 20h50
Sous-titresVersion originale

Au fil d’une tétralogie bouleversante, Claude Lanzmann dévoile les récits de survie de quatre femmes réchappées de la destruction nazie, qu’il avait longuement interviewées pour "Shoah". Dans ce volet : Ruth Elias qui avait 17 ans lorsque les Allemands envahirent la Tchécoslovaquie. Réfugiée à la campagne sous une fausse identité, sa famille fut dénoncée et déportée à Theresienstadt en 1942.

Ruth a 17 ans lorsque les Allemands envahissent la Tchécoslovaquie. Réfugiée à la campagne sous une fausse identité, sa famille est dénoncée et déportée à Theresienstadt en avril 1942. Ruth y retrouve son petit ami et s’y marie, tandis que ses proches reprennent un train vers les ténèbres. Pendant l’hiver 1943, elle est à son tour transportée à Auschwitz, dans le camp des familles tchèques. Quelque temps plus tard, alors que ses compatriotes sont menés à la chambre à gaz, la jeune femme, enceinte de huit mois, est miraculeusement sélectionnée pour partir à Hambourg déblayer les gravats d’une raffinerie bombardée. Sa grossesse découverte, les nazis la renvoient à Auschwitz, où elle tombe dans les griffes du docteur Mengele. Ce dernier lui permet d’accoucher, mais lui interdit de nourrir son bébé. Une nuit, une kapo, médecin, lui procure une seringue de morphine pour endormir son enfant à jamais.



 



Les vivantes et les morts

Comme Le dernier des injustes, Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures ou Le rapport Karski, Les quatre sœurs puisent leur origine dans l’enquête monumentale entreprise par Claude Lanzmann pour la réalisation de Shoah. Plus de trois décennies après la sortie de cette œuvre majeure, le cinéaste a exhumé les déchirants récits de survie de quatre rescapées, auxquelles il consacre une magnifique tétralogie. La parole limpide, le regard pénétré d’une lumineuse vivacité, Ruth Elias décrit, entre deux airs mélancoliques d’accordéon, l’instinct vital qui l’a habitée, de Theresienstadt à Auschwitz, jusqu’à la mort de son bébé affamé sur sa poitrine bandée. Assise au côté de son mari – dont la souffrance, si elle avait un visage humain, serait le sien –, la Polonaise Ada Lichtman détaille, sans ciller et en cajolant des poupées, la litanie d’horreurs qui l’a conduite à Sobibor, pourchassée par cette terrifiante pensée : "Comment allais-je mourir ?" Toute d’élégance et de résistance, cramponnée à la résolution de ne parler qu’en son nom, Paula Biren raconte sa trajectoire de "privilégiée" dans le ghetto de Lodz et la honte qui l’a longtemps muselée. Enfin, la douce Hanna Marton, veuve depuis peu, qui se réfugie dans le journal d’époque de son mari comme pour retrouver ses bras aimés, confie l’inapaisable culpabilité d’avoir été sauvée par la vénalité d’Eichmann. Par-delà leurs singularités, qui éclairent des chapitres méconnus de l’extermination des Juifs, ces quatre femmes extraordinaires renaissent ici unies dans une relation sororale tissée d’intelligence tranchante, de courage inouï, de poignantes pudeur et dignité. Au fil des mots et des silences, que Claude Lanzmann sait si bien provoquer et respecter, la caméra effleure délicatement leurs visages pour saisir une larme ou un éclair d’effroi. Le cinéma, dans son dénuement le plus pur, nous les rend alors si présentes que ces quatre sœurs à la vie à la mort continuent, longtemps après l’écran noir, à habiter nos mémoires et nos cœurs.


Générique

Réalisation :

Claude Lanzmann

Pays :

France

Année :

2017