Djihadistes de père en fils

96 min
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En Syrie, au plus près d'un combattant islamiste et de ses huit jeunes garçons, Talal Derki ("Homs, chronique d'une révolte") capte au jour le jour la dévastation intime causée par la guerre. Un film exceptionnel.

En 2014, dans la région d'Idlib, dans le nord de la Syrie, le réalisateur syrien Talal Derki est parvenu à gagner la confiance d'un combattant salafiste affilié à Al-Qaida et de son entourage, en se présentant comme un sympathisant désireux d'exalter la cause djihadiste. Père de huit fils, dont les deux aînés, Oussama (13 ans) et Ayman (12 ans), sont prénommés en hommage aux défunts chefs d'Al-Qaida, Ben Laden et Al-Zawahiri, ce cofondateur du Front Al-Nosra l'a laissé s'installer dans son intimité et celle de ses garçons. Les femmes et les filles de la maisonnée, elles, sont restées invisibles. Tandis qu'Abou Oussama ("le père d'Oussama"), spécialiste du déminage, est au combat, ses enfants, qu'il a déscolarisés, errent en jouant à la guerre. Un jour, les plus âgés sont expédiés dans un camp d'entraînement au djihad, où le réalisateur les suit. Puis leur père perd une jambe dans une explosion. "Élève" prometteur, Oussama retourne au camp achever sa formation de djihadiste, tandis qu'Ayman choisit de retourner en classe.

Vérité de l'enfance
Après avoir filmé au jour le jour la guerre qui détruisait petit à petit Homs et ses habitants, Talal Derki a voulu "documenter la violence dans les têtes", en essayant de comprendre de l'intérieur, au plus intime, ce que signifie le djihadisme. Nommé aux Oscars, primé à Sundance, ce film, qu'il a tourné au péril de sa vie, apporte d'abord au spectateur une information inédite : un lien direct, sans commentaires, avec un soldat du salafisme, convaincu que son combat préfigure l'Apocalypse et l'ultime combat du bien contre le mal, et heureux de lui sacrifier sa propre personne aussi bien que des enfants qu'il aime. Au plus près de cette fratrie hirsute et attachante, et en gardant hors champ la guerre qui la cerne de toutes parts, cette chronique subtile transmet, séquence après séquence, la destruction à l'œuvre et l'emprise d'une idéologie mortifère qui exalte la force. Mais elle capte en même temps, et c'est ce qui la rend déchirante, la vérité de l'enfance, dans son immédiateté et sa vulnérabilité, sa cruauté et son innocence.


  • Réalisation :
    • Talal Derki
  • Pays :
    • Allemagne
  • Année :
    • 2018