Behemoth
Le dragon noir

87 min
Disponible du 01/02/2018 au 02/09/2018
Disponible en direct : non
Version originale

Par l’auteur de "La cour des plaignants", un voyage hypnotique et dantesque dans la Chine de la marche forcée, où le gigantisme industriel écrase la fragile humanité des ouvriers et violente la nature. Zhao Liang compose un véritable manifeste écologique et poétique, salué par les critiques.

"Dieu créa la bête Béhémoth au cinquième jour, le plus grand monstre sur terre, mille montagnes produisant son fourrage..." Quelque part en Mongolie intérieure, une série d’explosions perfore la montagne souveraine. Une mine de charbon tourne à plein régime, engloutissant dans sa fureur – gerbes de feu et nuages de poussière noire – les hommes qui s’y détruisent en travaillant, et la nature. Au milieu du désastre, un Bouddha inachevé a été érigé, tribut, paraît-il, du propriétaire superstitieux de la mine au Dieu de la montagne, pour se faire pardonner la gêne occasionnée. Ici comme ailleurs en Chine, dans des paysages bouleversants de splendeur, où l’industrie n’en rugit que plus fort, un homme nu, portant un miroir sur le dos, traverse les immenses espaces foudroyés, en une mise en abyme dérisoire qui reflète les violences commises au passé, au présent et au futur.

Un monde dépecé
Au fil d’un voyage sidéré à travers son pays, poème lyrique d’une somptueuse beauté, filmé en 4K (ultrahaute définition), Zhao Liang, s’inspirant de la Divine comédie de Dante, dresse un portrait alarmant de la Chine de la croissance, entre enfer, purgatoire et paradis interdits. Mines et fonderies assourdissantes, chantiers arrogants, champs pétrolifères, cortège funèbre de camions et de machines... : il filme un monde dépecé par l’avidité et la soif de puissance, dont le gigantisme écrase dans un même mouvement la terre "jusqu’au plus petit vermisseau" et la fragile humanité. Un manifeste lucide qui dénonce surtout la tragique et précaire condition humaine du "peuple des travailleurs", migrants de l’intérieur et victimes exploitées, contaminées jusqu’à la mort, tandis que les survivants protestent sans bruit derrière les portraits brandis des défunts, pour témoigner de l’agonie collective en cours. Jusqu’à l’ultime étape, dans la ville fantôme d’Ordos à la propreté clinique, hérissée de tours et trouée d’avenues désertes, une construction parmi tant d’autres dans l’Empire du Milieu, mirage glaçant de l’absurdité du monde.


Réalisation :

Zhao Liang

Pays :

France

Année :

2012