En juin 2025, six mois après la chute du régime de Bachar al-Assad, le groupe d’experts du projet ATHAR (Antiquities Trafficking and Heritage Anthropology Research) alerte sur la recrudescence des cas d’antiquités syriennes illégalement vendues sur Facebook. D’après eux, près d’un tiers des 1500 cas syriens recensés depuis 2012 se sont déroulés sur les six premiers mois de l’année 2025. Cette statistique nous a poussé à nous intéresser spécifiquement au trafic d’antiquités venant de Syrie.
Dans un rapport publié en 2019, ATHAR alertait déjà sur l’utilisation de Facebook par les trafiquants de biens culturels : 488 administrateurs gèrent au total 1 947 195 membres répartis sur 95 groupes arabophones dédiés à ce trafic.
Facebook
Nous avons effectué des recherches avec des mots-clés en arabe (trésors de Syrie, antiquités à vendre Syrie, trésors à vendre, etc), qui nous ont permis de trouver des dizaines de groupes dédiés à ce trafic. Nous avons notamment découvert un groupe qui existait depuis septembre 2014 et comptait au moment de l’enquête plus d’un million de membres.
Pour trouver des posts et des utilisateurs basés en Syrie, nous avons ensuite effectué des recherches plus précises avec les noms de villes syriennes (Idlib, Damas, Alep, Hama, Deraa, etc). Nous avons aussi pu confirmer la localisation de certains utilisateurs à partir des informations visibles publiquement sur leur profil.
Sur ces groupes dédiés au trafic d’antiquités, nous nous sommes intéressés aux posts qui faisaient référence aux fouilles et à ceux proposant des objets à la vente. Concernant les fouilles, nous avons cherché à confirmer les dires des utilisateurs en géolocalisant leurs photos et vidéos. Nous avons pu le faire en utilisant des images satellites ou encore grâce à la présence de coordonnées géographiques incrustées dans les photos postées.
Un commerce bien rodé
Après nous être créé un faux profil, nous avons échangé avec de nombreux vendeurs afin d’en apprendre davantage sur l’origine des objets vendus, leur prix, ainsi que les moyens de paiement et de livraison utilisés par ces trafiquants.
Après avoir passé plusieurs semaines sur ces groupes, nous avons été en mesure de repérer les profils les plus actifs : antiquités célèbres en guise de photos de profil (ruines de Palmyre, buste d’Alexandre le Grand), présentations explicites (description du profil, rubrique “expérience professionnelle”). Ces individus vendent généralement un grand nombre d’objets, et bénéficient d’arrivages réguliers.
Par la suite, nous avons échangé avec des archéologues et des numismates afin de pouvoir discerner les véritables antiquités des faux. Nous avons également contacté plusieurs maisons d’enchères afin d’estimer la valeur marchande de ces objets.
Certaines antiquités en vente sur ces groupes sont inscrites sur la liste rouge des biens culturels syriens établie par le conseil international des musées (manuscrits, sculptures figuratives, amphores, mosaïques, lampes à huile, pièces). Cette liste correspond aux catégories d’objets culturels les plus susceptibles d’être achetés ou vendus illégalement, et qui nécessitent donc une attention particulière de la part des musées, maisons de vente, marchands d’art et collectionneurs.
Bibliographie :
Regain du trafic d’antiquités en Syrie depuis la chute du régime Assad
Utilisation de Facebook dans le trafic d’art
Ressources sur le trafic d’art
Trafic d’antiquités en Syrie