Brexit : journal subjectif

Comment le Royaume sort de l’Union

Brexit : journal subjectif

Comment le Royaume sort de l’Union

Un blog d'Aliénor Carrière et Mélanie Chenouard

“Okay, les mecs, et maintenant on fait quoi ?”

Coup de tonnerre en Europe, le Royaume-Uni a voté pour sa sortie de l’UE le 24 juin dernier. Entraînant démissions, crash boursier, et remises en question, l’application de ce vote va prendre du temps. Heureusement, on est là pour vous résumer les péripéties post-Brexit à base d’anecdotes, d’illustrations et de gifs.

Bref, dans ce blog, Aliénor Carrière et Mélanie Chenouard vous racontent la rébarbative histoire du Brexit, en version 2.0 un poil fun !

Besoin d’une séance de rattrage ? Les épisodes précédents, c’est par ici :

Episode 10

Brexit pour tous, tous pour le Brexit ?

 

C’est encore une semaine riche en émotions que vient de traverser le Royaume-de-plus-en-plus-désuni. Après moultes péripéties, (que vous pouvez rattraper ici), le Parlement a fini par autoriser, lundi 13 mars, le déclenchement du Brexit. L’accord de Westminster est tombé pile-poil : deux semaines de plus, et la promesse Theresa May arrivait à expiration. En effet, elle s’était engagée à lancer le processus de sortie avant la fin du mois. Si elle a réussi son pari de justesse, la Première ministre a aussi essuyé le même jour un revers inattendu…

La revanche du kilt

Le coup est venu d’Edimbourg. Nicola Sturgeon n’a pas hésité à tirer sur l’ambulance. Lundi 13 mars au matin, la cheffe du gouvernement écossais a annoncé la tenue d’un nouveau référendum sur l’indépendance de son pays.

« Je vais faire le nécessaire pour garantir à l’Ecosse la possibilité d’avoir son mot à dire à la fin du processus. D’avoir le choix de suivre le Royaume-Uni dans la voie d’un Hard Brexit, ou celui de devenir un pays indépendant. (…) Depuis le mois de juin dernier, ma priorité a été d’essayer de trouver un accord avec le gouvernement du Royaume-Uni, qui réconcilierait le voeu de Londres de quitter l’Union européenne, et la volonté écossaise d’y rester. (…) Mais aujourd’hui, alors que le processus de sortie permis par l’article 50 a été enclenché, le gouvernement du Royaume-Uni n’a pas bougé d’un iota en faveur d’un compromis. (…) La voix et les intérêts de l’Ecosse ne peuvent pas être ignorés. »

Un discours ferme, plein d’assurance et de “r” roulés, que vous pouvez écouter en anglais ci-dessus.

Un référendum, encore ?

Pour ceux qui ont une légère impression de déjà vu, non vous ne rêvez pas : la dernière fois que les électeurs écossais ont été appelés aux urnes pour décider s’ils voulaient naviguer en solo ne remonte pas à si longtemps que ça. En septembre 2014, 55% des Ecossais ont répondu “non” à leur gouvernement, qui leur proposait le divorce avec Londres.

Notons tout de même que la situation a considérablement changé depuis. Au moment où les Ecossais ont voté en faveur de leur maintien dans le Royaume-Uni, ils ne pouvaient pas se douter que Londres déciderait deux ans plus tard de tourner le dos au reste de l’Europe. Surtout que les Ecossais, eux, n’ont pas été hyper emballés par le Brexit. Pour rappel, une très large majorité d’entre eux (62%), ont voté pour le “Remain”. Les boules.

L’idée de mener un second référendum ne sort pas tout droit du chapeau de Nicola Sturgeon, donc. D’autant plus que les vélléités nationalistes des Ecossais n’ont jamais été aussi hautes, comme l’a relevé la BBC.

En tout cas, l’annonce de la cheffe du gouvernement écossais a déclenché des torrents de réactions sur les réseaux sociaux, à grand renfort de hashtag (#indyref2, #scotref). Pour le meilleur et pour le pire. (Voir le tweet à droite).

 

“L’Indyref2 a été annoncé seulement mardi et mon fil d’actualité est déjà rempli de tentatives Photoshop légèrement terrifiantes”.

Si Sir Arthur Dayne de "Game of Thrones" existait dans la vraie vie, c'est très certainement à Theresa May qu'il se serait adressé en ces termes.

Ce qui est sûr, c’est que Theresa May n’est pas au bout de ses peines pour les deux années à venir : à la bataille du Brexit va s’ajouter celle de l’indépendance scottish. On lui souhaite bon courage !

Opération séduction pour la royale famille

Après l’annonce du début du processus de Brexit, le Royaume-Uni a réfléchi à une stratégie pour adoucir l’opinion de l’Europe à son égard. Londres a eu une idée de génie : envoyer en France tout ce qui se fait plus charming, délicat, la crème de la crème du glamour et du raffinement british, j’ai nommé : Kate et William. Cette manoeuvre politique n’a pas échappé au magazine Gala, qui souligne, toujours la plume dans la plaie, la “carte glamour pour faire oublier le Brexit”. On ne peut rien leur cacher.

Nous avons reconstitué pour vous le dialogue entre la duchesse de Cambridge et son époux lorsqu’ils ont appris qu’on les parachutait sur le Vieux Continent. Une scène à elle seule emblématique de l’épuisement psychologique du couple. (Voir le gif ci-dessous).

Kate, les dents serrées :

“- Darling, mes courbatures aux zygomatiques me font souffrir le martyre, et le petit en a sa claque d’être trimballé partout”.

William, tendu comme une crampe :

“- Chérie, please, encore un petit effort… L’Europe entière s’apprête à nous haïr pour le restant de nos jours. Il en va de l’image de notre glorieuse nation.”

 

Vendredi 17 mars, le duc et la duchesse de Cambridge sont donc arrivés à Paris pour rencontrer François Hollande, sourire et adresser à la foule admirative tout ce qu’ils peuvent de signes élégants de la main. Bon les gars, on salue l’effort, mais pas sûr que les visites de la famille royale suffisent à rabibocher Londres avec le reste des Vingt-Sept. Il faudra au minimum nous envoyer Emma Watson, Jude Law, Hugh Grant, Daniel Craig et Kate Moss pour espérer une embellie. Vous pouvez garder James Blunt, on ne vous en tiendra pas rigueur.

Episode 9

Westminster s’en mêle

 

Depuis que les britanniques ont voté “Leave” le 23 juin dernier, l’actualité du Royaume-Uni se rapproche chaque jour un peu plus du scénario d’une telenovela : quelques jours d’inattention et voilà qu’on a loupé les derniers rebondissements. Petit rattrapage du mois de janvier chez les rosbifs, qui a été particulièrement riche en émotions. Il s’en est passé des trucs, pendant que le monde entier comptait avec angoisse les dernières heures de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis…!

On a même dérangé les 11 juges de la Cour suprême en plein essayage de robes de chambres dorées.

 

Précédemment dans « Brexit : journal subjectif »,  on vous parlait de Gina Miller, cette femme d’affaire au caractère bien trempé qui tentait avec sa team de faire rentrer le Parlement dans la bataille du Brexit. L’idée était de rappeler à la justice britannique le principe de “souveraineté parlementaire”, en lui démontrant que la sortie de l’Union européenne était typiquement le genre de transformations majeures pour le pays qui nécessitent un vote du parlement.

Of course, les irréductibles Brexiteurs ont crié au scandale, certains allant jusqu’à calomnier, insulter et menacer Gina Miller. Theresa May et le gouvernement, de leur côté, ont passé les dernières semaines à croiser les doigts très fort pour pouvoir enclencher le processus de sortie de l’Union avant fin mars 2017, comme prévu. Et bien figurez-vous (roulement de tambours) que Gina Miller a fini par obtenir gain de cause.

Le Parlement arrive sur le ring

Londres, 24 janvier 2017, 9h30 tapantes. Après plusieurs mois de bataille juridique, le président de la Cour suprême David Neuberger a fait une annonce qui a dû provoquer un énorme « facepalm » collectif au sein du gouvernement May. Un truc un peu comme ça :

« Une loi votée par le Parlement est indispensable pour autoriser le gouvernement à notifier la décision du Royaume-Uni de se retirer de l’Union européenne ». C’est ce qu’on pourrait appeler un nouveau caillou dans la chaussure de Theresa May (et à ce rythme-là, elle doit carrément marcher sur un tapis de gravillons). 

Mais Mrs. May ne s’est pas laissée abattre et a dégainé plus vite que son ombre : le 26 janvier, deux jours seulement après la décision de la Cour suprême, elle a présenté le projet de loi qui demande aux parlementaires de la laisser brexiter tranquille. Jeremy Corbyn, le chef du Labour, a promis que son parti respectera « le résultat du référendum (…) et ne contrecarrera pas la procédure de l’article 50 ».
« Simple », très court et presque expéditif, ce texte de 137 mots sera examiné dès le mardi 31 janvier par la chambre des Communes. Il devra ensuite faire un petit tour par la Chambre des Lords, avant d’être validé en dernier recours par la reine. L’objectif : avoir l’assentiment de sa royale majesté avant le 31 mars.​

C’est probablement pour ça que Davis Davis, le Mr. Brexit du gouvernement May, n’a pas manqué de mettre un petit coup de pression aux parlementaires. « Je fais confiance au parlement, qui a voté en faveur du référendum par six contre un, pour respecter la décision prise par le peuple britannique et pour valider rapidement ce projet de loi », leur a-t-il rappelé, probablement d’un ton menaçant et avec un doigt accusateur. 

Autre décision de la Cour suprême annoncée ce mardi 24 janvier : les assemblées régionales ne pourront pas avoir de droit de veto sur la décision du Royaume-Uni de sortir de l’Union européenne. Seul la décision du Parlement britannique sera prise en compte.

L’Irlande, le Pays de Galles et l’Ecosse avaient essayé de placer leurs pions en demandant à ce que leur avis soient aussi consultés. Nicola Sturgeon, Première ministre écossaise, voulait en profiter pour faire entendre l’avis de sa population, opposée au Brexit à 62%. Londres n’a rien voulu savoir. 

« Theresa Maybe », c’est fini ?

Quelques jours plus tôt, la Première ministre a détaillé sa vision du Brexit et de l’avenir de son pays, mettant fin (du moins provisoirement) à des mois de railleries sur son indécision et le flou artistique entretenu autour de son plan d’action. Il était temps, parce qu’elle devait avoir sacrément les oreilles qui sifflent. Et puis il faut tout de même le signaler, les jeux de mots sur son nom de famille commençaient à se faire de plus en plus lourdingues. La palme d’or de la vanne la plus facile est attribuée à The Economist, pour son super titre sur « Theresa Maybe« .

Un peu comme si les journaux français avaient… oh wait, je crois qu’ils ont déjà tenté ce genre de blagues subtiles.

 

 

Toujours est-il que Mrs. May a expliqué les grandes lignes de son plan de sortie. Il pourrait se résumer aux paroles d’une célèbre chanson de Queen : « I want to break free !«  (Qu’on vous invite à réécouter à l’occasion, ça ne peut pas faire de mal). Le principal effet d’annonce de la Brexiteuse-en-chef concerne le marché unique, c’est-à-dire l’accord de libre-échange qui permet aux pays de l’U.E. de faire du commerce sans taxes, en gros. Il garantit la libre circulation des marchandises, mais aussi des personnes.

Theresa May a déclaré que le Royaume-Uni sortirait de ce marché commun mais se battrait pour y avoir accès de la manière la plus large possible. Traduction : “On veut renforcer le contrôle aux frontières et en finir avec la libre-circulation des personnes, mais par contre on aimerait pouvoir continuer à exporter dans les pays de l’U.E. les gars…” Oui, parce que le hic, c’est que 44% des marchandises exportées par Royaume-Uni en 2015 ont atterri… dans les pays de l’U.E. Économiquement, il risque d’y avoir un petit trou dans la raquette.

Globalement, Theresa May a tenu un discours ferme allant dans le sens du “hard Brexit” pressenti ces derniers mois. La preuve, le très conservateur Daily Mail a salué “la nouvelle Grande-Bretagne libre de Theresa May”. Si même le Daily Mail est satisfait…

Pour finir, voici une petite liste non-exhaustive des choses les plus farfelues qu’on a apprises ces dernières semaines.

A la demande de l’opposition travailliste, Theresa May a rendu public le « Livre Blanc » du Brexit censé clarifier sa stratégie pour guider le vote des parlementaires. Ces derniers doivent donner leur feu vert avant le début du processus de sortie de l’U.E. Dans ces 77 pages, le gouvernement revient sur les grands points déjà annoncés : on peut par exemple y lire que le Royaume-Uni entend se retirer de la Cour européenne de Justice et du marché unique.


Dès sa publication, ce fameux Livre Blanc s’est attiré une pluie de railleries. Le Guardian le décrit par exemple comme « une liste de souhaits déguisée en stratégie« . Pour mettre en évidence la faiblesse des engagements, le quotidien se livre à une petite démonstration sémantique : 
« Pour démontrer que ces ambitions sont vides de sens, on peut appliquer une technique très prisée par les éditeurs lorsqu’ils cherchent à couper les bavardages inutiles d’un texte. Si vous inversez une affirmation et qu’elle ne veut plus rien dire, il y a une forte probabilité pour que l’assertion originale soit creuse également ».


Et le Guardian de continuer le raisonnement, implacable : « 
Le gouvernement mettra un point d’honneur à assurer l’accord commercial le plus libre et le moins conflictuel possible concernant les biens et les services’, peut-on lire dans le rapport. Il est difficile d’imaginer qu’un gouvernement veuille enlever l’accord commercial de ses priorités et faire en sorte qu’il soit le plus difficile et le plus fastidieux possible ». C’est sûr que vu comme ça… 

Le point de non-retour 

 

Mardi 7 février, le Parlement écossais vote à écrasante majorité contre le projet de démarrage du Brexit. Bon, le seul souci, c’est qu’il s’agit d’un vote uniquement symbolique : comme c’est expliqué plus haut, seul la décision du Parlement britannique entre en compte.

Le même jour, pendant l’examen du projet de loi à la Chambre des Communes, Theresa May est confrontée à une tentative de rébellion au sein de son propre camp. Vingt-sept députés conservateurs menacent de voter en faveur d’un amendement déposé par Chris Leslie, membre du parti travailliste. Le Labour et le SNP (parti national écossais) demandent via cet amendement un second vote du Parlement sur le Brexit à la fin des deux ans de négociation, qui permettrait de rejeter le projet final du Brexit s’il était jugé inadapté.

La réponse à la requête de Chris Leslie résumé en un gif.
Mercredi 8 février, la tension monte encore d’un cran : c’est le dernier jour avant le vote final de la chambre des Communes. Le point de non-retour, en quelque sorte. Et sans réelle surprise, la chambre des Communes a largement approuvé le texte du gouvernement, à 494 voix contre 122. Plus qu’un petit passage par la chambre des Lords, et le compte à rebours est lancé. 

Manque de pot, réponse du gouvernement : le deal final du Brexit sera « à prendre ou à laisser » pour les parlementaires. Ils ne pourront pas rejeter le texte à ce moment-là, à moins de plonger le pays dans la panade et le chaos économique. Et la chambre des Communes de rejeter l’amendement de Chris Leslie à 326 voix contre 293. 

Plus de peur que de mal pour la Première ministre, les 27 frondeurs d’un jour se sont finalement ralliés à l’avis du gouvernement en fin de journée.