Brexit : journal subjectif

Comment le Royaume sort de l’Union

Brexit : journal subjectif

Comment le Royaume sort de l’Union

Un blog d'Aliénor Carrière et Mélanie Chenouard

“Okay, les mecs, et maintenant on fait quoi ?”

Coup de tonnerre en Europe, le Royaume-Uni a voté pour sa sortie de l’UE le 24 juin dernier. Entraînant démissions, crash boursier, et remises en question, l’application de ce vote va prendre du temps. Heureusement, on est là pour vous résumer les péripéties post-Brexit à base d’anecdotes, d’illustrations et de gifs.

Bref, dans ce blog, Aliénor Carrière et Mélanie Chenouard vous racontent la rébarbative histoire du Brexit, en version 2.0 un poil fun !

Besoin d’une séance de rattrage ? Les épisodes précédents, c’est par ici :

Episode 14

Winter is coming

 

 

Depuis que les Britanniques ont voté « Leave », la terre a déjà eu le temps de tourner une fois autour du soleil, Emmanuel Macron de passer du statut d’inconnu juvénile à celui de président de la République française, et Donald Trump de saboter d’une pichenette tous les efforts des autres pays du monde pour lutter contre le réchauffement climatique. Bref, il s’en est passé des trucs. Pourtant, la véritable bataille du Brexit n’a pas encore vraiment commencé. Ça fait des mois que chaque camp affûte ses armes, prépare ses munitions, aiguise ses arguments en vue des négociations. Et cette semaine, ça y est : WINTER IS COMING ! En tout cas, c’est ce que veulent croire les négociateurs du Brexit, qui se sont retrouvés ce lundi à Bruxelles pour une semaine de discussions. Et cette fois-ci, ils devraient -enfin- entrer dans le vif du sujet.

Mais avant de continuer à filer la métaphore « Game of Thrones », qui ne vous aura certainement pas échappé si vous êtes quelqu’un de bien, parlons un peu du président des Etats-Unis, c’est toujours un plaisir.

Trump, l’ami qui leur veut du bien

Au début du mois de juillet, la ville de Hambourg a accueilli le G20, sommet qui réunit les dix-neuf pays les plus industrialisés du monde + l’Union européenne. Autrement dit, les Etats qui pèsent dans le game. Et c’était peut-être bien la dernière fois que le Royaume-Uni était de la partie, quand on y pense…

Les Britanniques avaient de grandes attentes : ils espéraient que leur Première ministre profiterait de ce sommet pour porter ses ovaires et toucher deux mots au « POTUS » à propos du climat. Déjà, ils l’avaient mauvaise en juin quand Theresa May s’était défilée : elle s’était abstenue de signer un communiqué dénonçant le retrait de l’accord de Paris sur le climat décidé par Trump, alors que la France, l’Italie et l’Allemagne avaient unanimement condamné cette reculade.

Enfin, cerise sur le gâteau, Donald Trump a profité de cette rencontre fructueuse avec Mrs. May pour annoncer qu’il voulait se fendre d’une visite officielle au Royaume-Uni. Mais il existe un protocole bien établi : si sa venue est estampillée « visite d’Etat », alors il doit obligatoirement être reçu par la reine d’Angleterre. Et ça, les Britanniques ne l’entendent pas de cette oreille. Une pétition a été signée par plus d’1,8 million de personnes pour épargner à la souveraine le désagrément d’un tête-à-tête avec le grossier personnage. Et en même temps, on est un poil déçus : ça aurait pu être très, très cocasse comme rencontre…

Theresa May avait alors été traitée de « mauviette », « trouillarde », et bien d’autres noms d’oiseaux par les journaux british. Là, autant vous dire qu’ils l’attendaient au tournant pour qu’elle aborde la question qui fâche. Finalement, surprise… Elle n’a « pas eu le temps » d’évoquer le sujet. Aha.

Par contre, ils ont eu tout le temps nécessaire pour discuter d’un futur accord commercial entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni ! Là, pas de souci. Trump a même lâché :

« Nous travaillons à un accord commercial qui sera très important, très vaste et formidable pour les deux pays. Je pense que nous y parviendrons très, très vite ».

Il vend la peau de l’ours avant de l’avoir tué, parce que ça ne sera pas possible tant que le Royaume-Uni fait partie de l’Union européenne. Mais Donald n’est pas homme à s’arrêter à ce genre de détails insignifiants.

L’hiver arrive


Maintenant qu’on a fermé la parenthèse Trump, revenons-en à nos moutons. Ce lundi 17 juillet, il se trame quelque chose. Quelque chose d’autre que le lancement de la septième saison de “Game of Thrones”. Et quelque chose d’autre aussi que la « journée mondiale de l’emoji«  (si si, c’est aujourd’hui, si vous aviez raté l’information).


Les Vingt-Sept + 1 recommencent les négociations liées au processus de sortie du Royaume-Uni. Une bataille qu’ils préparent maintenant depuis des mois. Parmi les enjeux majeurs qui seront débattus : la facture que devra régler le Royaume-Uni avant de quitter l’Union. Comme on vous le racontait ici, les rumeurs les plus folles ont circulé à propos du montant de l’addition. Mais à la veille du sommet, dimanche 16 juillet, le ministre des Finances britannique Philipp Hammond a fait une déclaration digne du clan Lannister.

« Nous ne sommes pas un pays qui fuit ses dettes », a-t-il solennellement clamé.

Ca ne vous rappelle rien ?

"Un Lannister paie toujours ses dettes", devise de la famille des blondinets au pouvoir depuis le début de la série Game of Thrones.

 

Notons aussi qu’en coulisses, le jeu de trônes et de poignards dans le dos continue. Un « mémo secret » dévoilé dimanche par le Mail  accuse la France de vouloir profiter du Brexit pour affaiblir Londres et son économie. Prenons tout de même cette « révélation choc » du tabloïd anglais avec des pincettes: le « mémo secret » n’est autre qu’un document rédigé par Jeremy Browne, député libéral-démocrate et ancien secrétaire d’Etat à l’Intérieur, dans lequel il… donne son avis. Loin de moi l’idée de décrédibiliser ce monsieur, mais bon, si on devait faire un « breaking news » à chaque fois qu’un député français donnait son petit point de vue sur quelque chose… On serait relativement mal barrés.

Le député a rencontré début juillet plusieurs négociateurs, ainsi que le gouverneur de la banque de France, et affirme que Paris « cherche activement à détruire le secteur financier » du Royaume-Uni. Rien que ça. Et la France aurait selon lui durci le ton depuis l’élection d’Emmanuel Macron, au cœur du complot.

Grosse ambiance.

Et pour finir, trois petites infos que vous aurez oubliées demain

Dans la catégorie « on nous prend vraiment pour des jambons » :

Vous ne connaissez probablement pas Dominic Cummings, et pourtant c’est l’un des « cerveaux du Brexit », qui travaillait pour la campagne du « Leave ». L’homme n’est pas à une contradiction près : début juillet, il a déclaré qu’avec le recul le référendum était « une idée stupide » et que la sortie de l’Union européenne pourrait être « une erreur » pour le Royaume-Uni. Fallait peut-être y penser avant, nan ?!!

Quand on sait que Mr. Cummings est à l’origine du slogan mensonger affiché sur les bus anglais affirmant que le Royaume-Uni envoyait 350 millions de livres chaque semaine à l’UE… On se dit qu’il y a quelques claques qui se perdent !

BoJo tout en finesse

Le très diplomate ministre des Affaires étrangères britannique, Boris Johnson, est rarement du même avis que son collègue des Finances. Et cette règle s’est récemment confirmée : à propos de la facture dont Londres devra s’acquitter avant de sortir de l’Union, il a déclaré, deux-points-ouvrez-les-guillemets : « Ils peuvent toujours courir ». Ok Boris. Bisous !

EasyJet s’envole en Autriche

EasyJet a senti le vent tourner (ha-ha-ha.) La compagnie aérienne britannique va ouvrir une nouvelle société basée en Autriche pour limiter les pertes causées par le Brexit. En effet, environ 30% de ses vols low cost décollent de pays de l’U.E. Après le Brexit, il lui aurait fallu une dérogation pour continuer à les assurer. Mais EasyJet prend les devants et « s’européise » -si un tel mot est autorisé par la loi.

Épisode 13

Brexit blog: birthday party

Sortez les cotillons, les seaux à champagne et les vuvuzélas : ce vendredi 23 juin on fête… Le premier anniversaire du Brexit ! Rappelez-vous: il y a un an jour pour jour, le monde se réveillait dans la stupeur en découvrant le résultat du référendum britannique. « Oh les cons, ils l’ont fait… » Personne n’y croyait, et pourtant c’est arrivé. Ces douze derniers mois ont été riches en émotions et en actualités toutes plus « what the fuck » les unes que les autres. À l’occasion de cet anniversaire, on a résumé pour vous les temps forts post-Brexit en vidéo. 

Graphisme : Mikaël Cuchard. Montage : Sebastian Scheffel. Rédaction : Aliénor Carrière et Mélanie Chenouard. 

Episode 12

Beaucoup de bruit pour rien

Dix jours d’avant d’aller négocier les conditions du Brexit avec les Européens, Theresa May gagne-mais-perd les législatives anticipées qu’elle était si fière d’organiser.

C’est ce qu’on appelle une belle baffe politique…

*outch*
Theresa Chirac
Merci à Guillaume TC, le roi des « croisons-les ».

Try agaaaain

Elle nous a presque fait une Chirac ! Ah ils sont conteeeents les éditorialistes politiques français. Vingt ans après, ils peuvent enfin comparer l’erreur de la droite française et celle du conservatisme britannique.

Suite aux législatives anticipées du 8 juin 2017, les travaillistes gagnent 30 sièges au Parlement, tandis que May et son équipe en perdent 13.
Theresa May espérait faire un carton plein… mais après une campagne compliquée, le score des Tories s’effondre. Tout ça pour ça…

Finalement, sans rentrer dans la comparaison internationale, May aurait dû revoir ses cours sur l’histoire politique britannique. En 1974, les conservateurs avaient déjà tenté l’expérience, avant de voir le Labour gagner les élections.

Tout n’est pas perdu. Les conservateurs sont à 318 sièges, contre 262 pour leurs principaux concurrents travaillistes. Là où ce graphique est intéressant : il donne le score du DUP (Parti unioniste démocrate d’Irlande du Nord, sombres inconnus pour nous, Français et Allemands) les nouveaux alliés de May avec leurs dix députés, qui lui permettent de quitter les Lib-Dem avec qui ça commençait à sentir le roussi.

Arlene Foster, nouvelle alliée de Theresa May (leader du DUP)
Theresa May aurait-elle conclu un pacte avec le diable ?

Le DUP (pour Democratic Unionist Party) est le parti le plus conservateur de Grande-Bretagne, ses députés ont posé des vetos sur des lois pro-LGBT, et se refusent à légitimer l’avortement (encore majoritairement interdit en Irlande du Nord). Concernant le Brexit, la leader du DUP et dirigeante de l’Irlande du Nord, Arlene Foster a été claire : « Personne ne veut d’un Brexit dur !« . Son parti était cependant pro-Leave l’an passé, même si les Nord-Irlandais auraient préféré rester dans l’UE à 56%.

 

A lire ailleurs (si vous voulez vous faire peur)
Quelles sont les positions politiques (extrêmes) du DUP dans The Independant

Chez les conservateurs, on joue au lancer de couteaux. « Theresa May a raté sa campagne et encore je suis gentille. Le message véhiculé a été consternant et le revirement sur les soins aux personnes âgées une catastrophe », commente la députée conservatrice Ann Soubry, elle-même réélue de justesse. Autant dire que les copains Tories commencent à lui en vouloir sérieusement…

Les vieux Britanniques face à la "Dementia Tax"
AAAAAAAAAAH !
Polémique de campagne
Ce qui aurait coulé Theresa May, c’est son revirement sur une mesure de sa campagne : elle voulait (avant de se rétracter) que les personnes âgées qui sont propriétaires financent davantage leur assurance maladie. La « taxe sur la démence » a fait grincer des dents, même de ceux qui n’en n’avaient plus… c’est con, c’est son électorat.

Pendant la campagne, Theresa May en avait vu de toutes les couleurs dans la presse. « Vantarde qui détale au premier coup de feu » pour certains, elle aurait pour d’autres « la chaleur, l’humour, l’agilité oratoire et le charme d’un congélateur [de la marque] Indesit mal branché […] rempli de crêpes croustillantes de chez Findus en état de décomposition ». WOW. Ils aiment bien les métaphores scabreuses les journalistes anglais, ça me plaît bien. Et ils ont tendance à s’acharner, comme le montre cette interview par le journaliste Jeremy Paxman.

 

 

Interviewé sur Europe 1, un habitant londonien ose une proposition : « Ce désastre c’est celui de Theresa May, elle n’avait pas besoin de convoquer une élection, elle s’est trompée sur tous les plans, c’est une erreur terrible. Il faut que le parti reprenne la main. Le meilleur ce serait Boris Johnson, c’est notre meilleur espoir« . Déprimant ce Monsieur, donnez-lui un Xanax sur-le-champ !

Oh wait… alors, oui, please, let BoJo be Prime Minister ! Ça nous fera du grain à moudre, ici au Brexit blog. 

On rembobine

Okay, comment on en est arrivé là ? C’est simple comme une courbe de sondage qui fait le grand huit. Au début, May est confiante. Elle se dit que pour asseoir son autorité face aux Européens, elle doit montrer que son peuple la soutient à 200%.

BIM, le 18 avril, elle balance la bombe : législatives anticipées !

Le sondage de la mort

Il sort le 26 mai et c’est la douche froide pour les conservateurs. L’institut YouGov prédit dans le Times une montée vertigineuse du Labour de Corbyn, et une éventuelle perte de la majorité absolue des Tories. La Première Ministre a beau se réfugier derrière un très politique « le seul sondage qui compte est celui qui va se tenir le 8 juin », dans son camp, ils flippent tous leur race.

Dans le fond, Theresa May n’a pas mal choisi son moment…

 Parce que jusqu’ici tout va bien, à vrai dire, les Anglais ne se rendent pas vraiment compte de ce que le Brexit peut changer dans leurs vies. L’article 50 a tout juste été déclenché, et son parti est crédité d’une avance de vingt points face au Labour, début mai, juste après l’annonce des législatives anticipées. Tout lui paraît easy !

Elle repousse ainsi les prochaines législatives en 2022 – et non en 2020 comme elles étaient prévues initialement. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour May ça veut dire beaucoup : dans les trois prochaines années, les conséquences du Brexit vont sérieusement se faire ressentir en Grande-Bretagne, de quoi donner envie aux électeurs de bouder les conservateurs. En se donnant deux ans de marge, elle peut sauver les meubles en 2022. Who knows…

Et aussi en appelant à des législatives anticipées mi-avril, elle parvient à sauver certains de ses copains députés, dont l’élection aurait pu être invalidée : en 2015, une quinzaine de conservateurs sont élus mais sont visés par des poursuites judiciaires pour avoir trop dépensé pendant leurs campagnes (eh oui, ça n’arrive pas qu’en France, visiblement …). Or quinze postes de députés en jeu, sur une majorité fragile, ça peut changer beauuucoup de choses pour Theresa May.

Finalement le procureur de la Couronne va reculer le 10 mai, et décider de ne pas les poursuivre dans la grosse majorité des cas… Theresa May n’aura plus qu’à mieux surveiller ses troupes, après ce premier avertissement de la justice.

Elle veut gagner une large majorité pour diriger seule, avant d’entamer les négociations… le tout sans être déstabilisée au Parlement par le Labour, le SNP (Parti national écossais) et les Lib Dems (ses alliés de coalition d’alors, beaucoup trop pro-Remain à son goût).

A lire ailleurs
Pourquoi Theresa May a loupé son pari, dans La Croix.

EPIC FAIL 

Bon, ça a capoté. Mais pourquoi ? Si on synthétise, ce serait parce que :

– Sa position intransigeante sur le Brexit n’aurait pas plu à une partie de son électorat traditionnel.

– Theresa May a réduit le nombre de policiers alors qu’elle était ministre de l’intérieur. Or il y a eu trois attentats en trois mois au Royaume-Uni, for-cé-ment, ça fait mauvaise figure, même si les deux ne sont pas systématiquement liés.

– Et parce qu’elle ne s’est pas pointée au débat entre les candidats. Sa réponse : « pas le time, les mecs, j’suis sur le ground avec les vrais gens, moi, sorry, kisses ».
Idéal pour passer pour la snobinarde de service.

Et accessoirement, les réseaux sociaux l’ont allumée avec une chanson bien particulière, interdite de diffusion sur les radios nationales.                      

 

 

Une campagne résumée à un affrontement Corbyn – May

Il y a eu un débat et des engueulades annexes. Rien d’illogique, on est en politique, me direz-vous. Bon, les tacles auraient pu être un poil plus fun. Theresa a dit de Jeremy, que s’il devenait Premier ministre, il se retrouverait « tout seul et tout nu dans la salle de négociations de l’Union européenne ». C’est limite mignon comme attaque, non ?

Ce à quoi Corbyn a répondu : « C’est inapproprié d’imaginer quelqu’un nu – même moi ». Okay les mecs, on vous laisse prendre un thé entre vous, pour en débattre, poliment.

 

 

Même si à la fin, c’est May qui reste Première ministre, Jeremy Corbyn a marqué des points.

 

Ah, il est content Jeremy ! Il a à la fois fait la nique à :

– Tous les conservateurs qui trouvaient que c’était un loser.

– Tous les Brexiteurs qui le pensent mou.

– Et même dans son propre camp : il a fait une percée inespérée, dépassant, avec ses 40%, les scores de Tony Blair, Gordon Brown et Ed Milliband depuis 2005.

 

Dans un électorat déçu par les travaillistes convertis au néolibéralisme (via Tony Blair et Gordon Brown, en particulier), son programme anti-austérité et pro-justice sociale, intitulé « Pour le plus grand nombre, pas quelques-uns », a manifestement été plébiscité auprès des jeunes notamment. C’est peut-être ça, le premier critère du politicien dit « cool » : Corbyn disposait de 44 points d’avance sur sa rivale conservatrice chez les 18-24 ans, en promettant par exemple la suppression des frais d’université ou la défense du système de santé public, le NHS.

Dans le métro londonien, les campagnes sont explicites.

VU DANS LE METRO – « Voulez-vous la suppression du système de santé ? » OUI : je vote Tory NON : je vote Labour. Ça a le mérite d’être explicite.

 

Les trolls du web ont aimé pour vous…

Mais finalement, à force de vouloir avoir l’air cool, on se retrouve à faire des bourdes… comme avec l’une de ses collègues du parti travailliste le soir de la victoire… et là c’est le drame : Jeremy loupe magistralement son high five devant les caméras du monde entier. 

 

Ska - Liar liar

Ce titre, qui critique la Première ministre britannique Theresa May, cartonne au Royaume-Uni. Mise en ligne le 25 mai, la vidéo cumule quelque 2 800 000 vues sur YouTube.

On sort les gros muscles

Ground control to Major Jeremy

(faudrait pas qu'il prenne la grosse tête, avec tout ça)

He's baaaaack
A lire ailleurs
Et un comeback pourrait l’occuper… surtout pendant que le FBI s’intéresse à lui dans le cadre d’une enquête sur d’éventuels liens entre l’équipe de campagne de Donald Trump et la Russie. Une info what-the-fuck à lire sur le Monde.fr.

MAIS AU FAIT comment va Nigel Farage ?

C’est vrai ça, ça fait un moment qu’on ne l’a pas entendu ! Alors, il n’a pas vraiment commenté le fait que UKIP ait perdu son seul et unique député au Parlement… nooon ça, il ne l’a pas mis en avant. Par contre, il a réussi à s’exprimer du fin fond de sa retraite : il a peur. De l’extrémisme, du manque de sécurité et… des méchants Européens. La victoire de May risque de ne pas conduire à un Brexit fort, comme il l’espérait. Logique, ce Nigel, toujours très logique. Et la politique, il l’a dans la peau. Il envisage même de se représenter à la tête de son futur ex-parti, UKIP. Paul Nuttall, jusqu’ici leader du parti eurosceptique, a démissionné après la raclée du 8 juin. D’autres sources nous soufflent à l’oreille que Nigel pourrait revenir en tant que… négociateur du Brexit, et ce serait les Nord-Irlandais du DUP qui lui auraient demandé de rappliquer en vitesse. Si ça confirme, la suite promet d’être encore plus fun…

Well … et maintenant ?

Maintenant, la Première ministre reste en poste, mais change de potes pour gouverner.

Qu’est-ce que ça change pour le Brexit ?

La position de la Grande-Bretagne devient soudain … difficilement lisible. Du Brexit « dur », les Tories vont devoir se passer. Mais resteront-ils d’une façon ou d’une autre dans le marché commun ? Sous quelles conditions ? Déjà avec l’élection en France d’Emmanuel Macron, les Britanniques avaient perdu des points, le nouveau président français très europhile ayant été clair : hors de question qu’un pays tiers dispose des mêmes droits que les Etats membres.

Jean-Claude Juncker et Michel Barnier attendent les Britanniques à table, en se frottant les mains.

Ces prochaines semaines, les discussions devraient commencer, elles doivent durer entre quatorze et dix-huit mois, on a le temps d’en reparler. Vous pouvez compter sur nous pour vous en décrire chaque soubresaut… et chaque bourde, évidemment !

Episode 11

Bienvenue dans “l’autre galaxie”

Samedi 29 avril, les Vingt-Sept se sont réunis à Bruxelles pour fixer “les grands principes” des négociations à venir autour du Brexit. C’est assez rare pour être signalé : tout le monde est tombé d’accord. Donald Tusk, président du Conseil européen, a même twitté pour l’occasion: 

Voilà, c’est à peu près à ça que va ressembler le deal pour régler la note.
Qu’est-ce qu’ils ont unanimement décidé ? Que le Royaume-Uni devait régler sa part de l’addition avant de quitter la table, en gros. Mais quand il s’agit de faire les comptes à la fin du repas, même avec des vieux potes, on sait que ça peut tourner au vinaigre à tout moment.

On ne sait pas pour l’instant quel sera le montant réel demandé par les Vingt-Sept, mais ce qui est sûr, c’est que le Royaume-Uni devra bel et bien mettre la main au porte-feuille avant de partir. Et ça, Theresa May a un peu de mal à l’encaisser.

Dimanche 30 avril, au lendemain du sommet extraordinaire des pays européens, le Frankfurter Allgemeine Zeitung nous a régalés de détails truculents. Le quotidien allemand a fait le récit d’un dîner explosif entre Jean-Claude Juncker et Theresa May au 10, Downing Street. Alors que le gouvernement britannique s’était félicité d’une “rencontre constructive” au sortir du repas, le président de la Commission européenne en est sorti passablement énervé, selon le journal. Il aurait lâché : “Je quitte Downing Street dix fois plus sceptique que je ne l’étais en arrivant”. Paf. Pas content, Jean-Claude Juncker.

A l’heure actuelle, c’est déjà la foire d’empoigne : une première rumeur selon laquelle l’UE pourrait réclamer 60 milliards d’euros à Londres n’avait pas encore fini de circuler, qu’une autre faisait monter les enchères à 84,5 milliards. Les 84,5 ont très vite été arrondis à 100 milliards (les profs de maths de toute l’Union étaient à deux doigts de commencer une grève de la faim).

Autant vous dire que le Royaume-Uni a sombré comme un seul homme dans la panique. David Davis, le monsieur qui s’occupe du Brexit côté british, a dû calmer tout le monde et rappeler qu’aucun chiffre officiel n’avait été donné pour l’instant.

 

 

Mais que s’est-il donc passé après les embrassades et sourires de façade sur le perron ? Réponse : au bout d’une petite demi-heure, ça a commencé à sentir le roussi. Quand Jean-Claude Juncker a abordé la question des trois millions d’européens vivant au Royaume-Uni et du million de britanniques résidant au sein de l’Union, la réponse de Theresa May lui a gentiment fait monter la moutarde au nez. Sur un ton désinvolte, la Première ministre britannique aurait répondu qu’on pourrait régler la question au mois de juin, tout de suite après les élections législatives au Royaume-Uni. Mais pour Juncker, c’est un sujet extrêmement délicat. Première grosse punchline de la soirée : “Je crois que tu sous-estimes le problème, Theresa”. (Là on commence à se poser des questions : mais qui est cette super taupe dégotée par le Frankfurter Allgemeine Zeitung ? Juncker lui-même ?)

Toujours est-il que quelques bouchées plus tard, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase est arrivée. Quand Theresa May a expliqué vouloir mener de front les négociations de la sortie de l’UE et celles d’un nouvel accord commercial entre le Royaume-Uni et l’Union, il a complètement craqué, Jean-Claude. “Faire du Brexit un succès” ? Theresa May “se berce d’illusions” et est “dans une autre galaxie”, d’après Juncker. Même pas une autre planète hein, non non : une autre galaxie. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la communication est compliquée entre les deux bougres. On risque d’en voir des vertes et des pas mûres dans les semaines à venir.

Image rare de Theresa May tentant de négocier le Brexit du bout des doigts depuis sa galaxie:

Les infos inclassables de ces dernières semaines:

Episode 10

Brexit pour tous, tous pour le Brexit ?

 

C’est encore une semaine riche en émotions que vient de traverser le Royaume-de-plus-en-plus-désuni. Après moultes péripéties, (que vous pouvez rattraper ici), le Parlement a fini par autoriser, lundi 13 mars, le déclenchement du Brexit. L’accord de Westminster est tombé pile-poil : deux semaines de plus, et la promesse Theresa May arrivait à expiration. En effet, elle s’était engagée à lancer le processus de sortie avant la fin du mois. Si elle a réussi son pari de justesse, la Première ministre a aussi essuyé le même jour un revers inattendu…

La revanche du kilt

Le coup est venu d’Edimbourg. Nicola Sturgeon n’a pas hésité à tirer sur l’ambulance. Lundi 13 mars au matin, la cheffe du gouvernement écossais a annoncé la tenue d’un nouveau référendum sur l’indépendance de son pays.

« Je vais faire le nécessaire pour garantir à l’Ecosse la possibilité d’avoir son mot à dire à la fin du processus. D’avoir le choix de suivre le Royaume-Uni dans la voie d’un Hard Brexit, ou celui de devenir un pays indépendant. (…) Depuis le mois de juin dernier, ma priorité a été d’essayer de trouver un accord avec le gouvernement du Royaume-Uni, qui réconcilierait le voeu de Londres de quitter l’Union européenne, et la volonté écossaise d’y rester. (…) Mais aujourd’hui, alors que le processus de sortie permis par l’article 50 a été enclenché, le gouvernement du Royaume-Uni n’a pas bougé d’un iota en faveur d’un compromis. (…) La voix et les intérêts de l’Ecosse ne peuvent pas être ignorés. »

Un discours ferme, plein d’assurance et de “r” roulés, que vous pouvez écouter en anglais ci-dessus.

Un référendum, encore ?

Pour ceux qui ont une légère impression de déjà vu, non vous ne rêvez pas : la dernière fois que les électeurs écossais ont été appelés aux urnes pour décider s’ils voulaient naviguer en solo ne remonte pas à si longtemps que ça. En septembre 2014, 55% des Ecossais ont répondu “non” à leur gouvernement, qui leur proposait le divorce avec Londres.

Notons tout de même que la situation a considérablement changé depuis. Au moment où les Ecossais ont voté en faveur de leur maintien dans le Royaume-Uni, ils ne pouvaient pas se douter que Londres déciderait deux ans plus tard de tourner le dos au reste de l’Europe. Surtout que les Ecossais, eux, n’ont pas été hyper emballés par le Brexit. Pour rappel, une très large majorité d’entre eux (62%), ont voté pour le “Remain”. Les boules.

L’idée de mener un second référendum ne sort pas tout droit du chapeau de Nicola Sturgeon, donc. D’autant plus que les vélléités nationalistes des Ecossais n’ont jamais été aussi hautes, comme l’a relevé la BBC.

En tout cas, l’annonce de la cheffe du gouvernement écossais a déclenché des torrents de réactions sur les réseaux sociaux, à grand renfort de hashtag (#indyref2, #scotref). Pour le meilleur et pour le pire. (Voir le tweet à droite).

 

“L’Indyref2 a été annoncé seulement mardi et mon fil d’actualité est déjà rempli de tentatives Photoshop légèrement terrifiantes”.

Si Sir Arthur Dayne de "Game of Thrones" existait dans la vraie vie, c'est très certainement à Theresa May qu'il se serait adressé en ces termes.

Ce qui est sûr, c’est que Theresa May n’est pas au bout de ses peines pour les deux années à venir : à la bataille du Brexit va s’ajouter celle de l’indépendance scottish. On lui souhaite bon courage !

Opération séduction pour la royale famille

Après l’annonce du début du processus de Brexit, le Royaume-Uni a réfléchi à une stratégie pour adoucir l’opinion de l’Europe à son égard. Londres a eu une idée de génie : envoyer en France tout ce qui se fait plus charming, délicat, la crème de la crème du glamour et du raffinement british, j’ai nommé : Kate et William. Cette manoeuvre politique n’a pas échappé au magazine Gala, qui souligne, toujours la plume dans la plaie, la “carte glamour pour faire oublier le Brexit”. On ne peut rien leur cacher.

Nous avons reconstitué pour vous le dialogue entre la duchesse de Cambridge et son époux lorsqu’ils ont appris qu’on les parachutait sur le Vieux Continent. Une scène à elle seule emblématique de l’épuisement psychologique du couple. (Voir le gif ci-dessous).

Kate, les dents serrées :

“- Darling, mes courbatures aux zygomatiques me font souffrir le martyre, et le petit en a sa claque d’être trimballé partout”.

William, tendu comme une crampe :

“- Chérie, please, encore un petit effort… L’Europe entière s’apprête à nous haïr pour le restant de nos jours. Il en va de l’image de notre glorieuse nation.”

 

Vendredi 17 mars, le duc et la duchesse de Cambridge sont donc arrivés à Paris pour rencontrer François Hollande, sourire et adresser à la foule admirative tout ce qu’ils peuvent de signes élégants de la main. Bon les gars, on salue l’effort, mais pas sûr que les visites de la famille royale suffisent à rabibocher Londres avec le reste des Vingt-Sept. Il faudra au minimum nous envoyer Emma Watson, Jude Law, Hugh Grant, Daniel Craig et Kate Moss pour espérer une embellie. Vous pouvez garder James Blunt, on ne vous en tiendra pas rigueur.

Episode 9

Westminster s’en mêle

 

Depuis que les britanniques ont voté “Leave” le 23 juin dernier, l’actualité du Royaume-Uni se rapproche chaque jour un peu plus du scénario d’une telenovela : quelques jours d’inattention et voilà qu’on a loupé les derniers rebondissements. Petit rattrapage du mois de janvier chez les rosbifs, qui a été particulièrement riche en émotions. Il s’en est passé des trucs, pendant que le monde entier comptait avec angoisse les dernières heures de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis…!

On a même dérangé les 11 juges de la Cour suprême en plein essayage de robes de chambres dorées.

 

Précédemment dans « Brexit : journal subjectif »,  on vous parlait de Gina Miller, cette femme d’affaire au caractère bien trempé qui tentait avec sa team de faire rentrer le Parlement dans la bataille du Brexit. L’idée était de rappeler à la justice britannique le principe de “souveraineté parlementaire”, en lui démontrant que la sortie de l’Union européenne était typiquement le genre de transformations majeures pour le pays qui nécessitent un vote du parlement.

Of course, les irréductibles Brexiteurs ont crié au scandale, certains allant jusqu’à calomnier, insulter et menacer Gina Miller. Theresa May et le gouvernement, de leur côté, ont passé les dernières semaines à croiser les doigts très fort pour pouvoir enclencher le processus de sortie de l’Union avant fin mars 2017, comme prévu. Et bien figurez-vous (roulement de tambours) que Gina Miller a fini par obtenir gain de cause.

Le Parlement arrive sur le ring

Londres, 24 janvier 2017, 9h30 tapantes. Après plusieurs mois de bataille juridique, le président de la Cour suprême David Neuberger a fait une annonce qui a dû provoquer un énorme « facepalm » collectif au sein du gouvernement May. Un truc un peu comme ça :

« Une loi votée par le Parlement est indispensable pour autoriser le gouvernement à notifier la décision du Royaume-Uni de se retirer de l’Union européenne ». C’est ce qu’on pourrait appeler un nouveau caillou dans la chaussure de Theresa May (et à ce rythme-là, elle doit carrément marcher sur un tapis de gravillons). 

Mais Mrs. May ne s’est pas laissée abattre et a dégainé plus vite que son ombre : le 26 janvier, deux jours seulement après la décision de la Cour suprême, elle a présenté le projet de loi qui demande aux parlementaires de la laisser brexiter tranquille. Jeremy Corbyn, le chef du Labour, a promis que son parti respectera « le résultat du référendum (…) et ne contrecarrera pas la procédure de l’article 50 ».
« Simple », très court et presque expéditif, ce texte de 137 mots sera examiné dès le mardi 31 janvier par la chambre des Communes. Il devra ensuite faire un petit tour par la Chambre des Lords, avant d’être validé en dernier recours par la reine. L’objectif : avoir l’assentiment de sa royale majesté avant le 31 mars.​

C’est probablement pour ça que Davis Davis, le Mr. Brexit du gouvernement May, n’a pas manqué de mettre un petit coup de pression aux parlementaires. « Je fais confiance au parlement, qui a voté en faveur du référendum par six contre un, pour respecter la décision prise par le peuple britannique et pour valider rapidement ce projet de loi », leur a-t-il rappelé, probablement d’un ton menaçant et avec un doigt accusateur. 

Autre décision de la Cour suprême annoncée ce mardi 24 janvier : les assemblées régionales ne pourront pas avoir de droit de veto sur la décision du Royaume-Uni de sortir de l’Union européenne. Seul la décision du Parlement britannique sera prise en compte.

L’Irlande, le Pays de Galles et l’Ecosse avaient essayé de placer leurs pions en demandant à ce que leur avis soient aussi consultés. Nicola Sturgeon, Première ministre écossaise, voulait en profiter pour faire entendre l’avis de sa population, opposée au Brexit à 62%. Londres n’a rien voulu savoir. 

« Theresa Maybe », c’est fini ?

Quelques jours plus tôt, la Première ministre a détaillé sa vision du Brexit et de l’avenir de son pays, mettant fin (du moins provisoirement) à des mois de railleries sur son indécision et le flou artistique entretenu autour de son plan d’action. Il était temps, parce qu’elle devait avoir sacrément les oreilles qui sifflent. Et puis il faut tout de même le signaler, les jeux de mots sur son nom de famille commençaient à se faire de plus en plus lourdingues. La palme d’or de la vanne la plus facile est attribuée à The Economist, pour son super titre sur « Theresa Maybe« .

Un peu comme si les journaux français avaient… oh wait, je crois qu’ils ont déjà tenté ce genre de blagues subtiles.

 

 

Toujours est-il que Mrs. May a expliqué les grandes lignes de son plan de sortie. Il pourrait se résumer aux paroles d’une célèbre chanson de Queen : « I want to break free !«  (Qu’on vous invite à réécouter à l’occasion, ça ne peut pas faire de mal). Le principal effet d’annonce de la Brexiteuse-en-chef concerne le marché unique, c’est-à-dire l’accord de libre-échange qui permet aux pays de l’U.E. de faire du commerce sans taxes, en gros. Il garantit la libre circulation des marchandises, mais aussi des personnes.

Theresa May a déclaré que le Royaume-Uni sortirait de ce marché commun mais se battrait pour y avoir accès de la manière la plus large possible. Traduction : “On veut renforcer le contrôle aux frontières et en finir avec la libre-circulation des personnes, mais par contre on aimerait pouvoir continuer à exporter dans les pays de l’U.E. les gars…” Oui, parce que le hic, c’est que 44% des marchandises exportées par Royaume-Uni en 2015 ont atterri… dans les pays de l’U.E. Économiquement, il risque d’y avoir un petit trou dans la raquette.

Globalement, Theresa May a tenu un discours ferme allant dans le sens du “hard Brexit” pressenti ces derniers mois. La preuve, le très conservateur Daily Mail a salué “la nouvelle Grande-Bretagne libre de Theresa May”. Si même le Daily Mail est satisfait…

Pour finir, voici une petite liste non-exhaustive des choses les plus farfelues qu’on a apprises ces dernières semaines.

A la demande de l’opposition travailliste, Theresa May a rendu public le « Livre Blanc » du Brexit censé clarifier sa stratégie pour guider le vote des parlementaires. Ces derniers doivent donner leur feu vert avant le début du processus de sortie de l’U.E. Dans ces 77 pages, le gouvernement revient sur les grands points déjà annoncés : on peut par exemple y lire que le Royaume-Uni entend se retirer de la Cour européenne de Justice et du marché unique.


Dès sa publication, ce fameux Livre Blanc s’est attiré une pluie de railleries. Le Guardian le décrit par exemple comme « une liste de souhaits déguisée en stratégie« . Pour mettre en évidence la faiblesse des engagements, le quotidien se livre à une petite démonstration sémantique : 
« Pour démontrer que ces ambitions sont vides de sens, on peut appliquer une technique très prisée par les éditeurs lorsqu’ils cherchent à couper les bavardages inutiles d’un texte. Si vous inversez une affirmation et qu’elle ne veut plus rien dire, il y a une forte probabilité pour que l’assertion originale soit creuse également ».


Et le Guardian de continuer le raisonnement, implacable : « 
Le gouvernement mettra un point d’honneur à assurer l’accord commercial le plus libre et le moins conflictuel possible concernant les biens et les services’, peut-on lire dans le rapport. Il est difficile d’imaginer qu’un gouvernement veuille enlever l’accord commercial de ses priorités et faire en sorte qu’il soit le plus difficile et le plus fastidieux possible ». C’est sûr que vu comme ça… 

Le point de non-retour 

 

Mardi 7 février, le Parlement écossais vote à écrasante majorité contre le projet de démarrage du Brexit. Bon, le seul souci, c’est qu’il s’agit d’un vote uniquement symbolique : comme c’est expliqué plus haut, seul la décision du Parlement britannique entre en compte.

Le même jour, pendant l’examen du projet de loi à la Chambre des Communes, Theresa May est confrontée à une tentative de rébellion au sein de son propre camp. Vingt-sept députés conservateurs menacent de voter en faveur d’un amendement déposé par Chris Leslie, membre du parti travailliste. Le Labour et le SNP (parti national écossais) demandent via cet amendement un second vote du Parlement sur le Brexit à la fin des deux ans de négociation, qui permettrait de rejeter le projet final du Brexit s’il était jugé inadapté.

La réponse à la requête de Chris Leslie résumé en un gif.
Mercredi 8 février, la tension monte encore d’un cran : c’est le dernier jour avant le vote final de la chambre des Communes. Le point de non-retour, en quelque sorte. Et sans réelle surprise, la chambre des Communes a largement approuvé le texte du gouvernement, à 494 voix contre 122. Plus qu’un petit passage par la chambre des Lords, et le compte à rebours est lancé. 

Manque de pot, réponse du gouvernement : le deal final du Brexit sera « à prendre ou à laisser » pour les parlementaires. Ils ne pourront pas rejeter le texte à ce moment-là, à moins de plonger le pays dans la panade et le chaos économique. Et la chambre des Communes de rejeter l’amendement de Chris Leslie à 326 voix contre 293. 

Plus de peur que de mal pour la Première ministre, les 27 frondeurs d’un jour se sont finalement ralliés à l’avis du gouvernement en fin de journée.