Tuez Charley Varrick ! de Don Siegel

Le 28 juin paraîtra chez Wild Side une édition Blu-ray / DVD accompagnée d’un livre érudit et richement illustré de Tuez Charley Varrick ! (Charley Varrick, 1973) de Don Siegel. Cet excellent film compte parmi les réussites majeures de Don Siegel, qui toucha un peu à tout les genres mais se fit particulièrement remarquer pour ses contributions au cinéma policier, avec des classiques comme L’Ennemi public, The Lineup, A bout portant, Police sur la ville, Un shérif à New York, L’Inspecteur Harry ou L’Evadé d’Alcatraz. Tuez Charley Varrick ! bénéficie d’une réputation extraordinaire auprès des amateurs de polars « hard boiled ». Cela s’explique principalement pour deux raisons. Il y a d’abord l’interprétation – assez jubilatoire – de Walter Matthau dans le rôle de Varrick, qui a beaucoup fait délirer. Célèbre pour ses collaborations avec Jack Lemmon et/ou Billy Wilder, Matthau est avant tout un acteur comique abonné aux personnages bougons, cyniques et râleurs, plutôt des hommes de bureau que de terrain. Lui confier le rôle de Varrick, voleur de banques qui se retrouve avec un tueur à ses trousses après le cambriolage involontaire d’une somme importante appartenant à la mafia est la grande idée de Don Siegel, au lieu des attendus Clint Eastwood, Steve McQueen ou Charles Bronson, héros récurrents des polars violents des années 70 et qui travaillèrent tous les trois avec Siegel. Ni très beau, ni très musclé, ni très jeune, Matthau est l’anti star par excellence, et son apparition dans un film d’action violent brouille les pistes. Il apparaît grimé en vieillard au début, lors de la séquence du hold-up. Confronté à un assassin vicieux, méthodique et d’une force herculéenne (le massif Joe Don Baker) Varrick va se servir de son cerveau davantage que de ses muscles ou de son adresse dans le maniement des armes. Son associé jeune, fougueux et débile (Andy Robinson) sera d’ailleurs impitoyablement torturé à mort par le tueur à gages, éveillant chez Varrick une idée de vengeance parfaitement planifiée et exécutée. Ce conflit entre la force brutale et l’intelligence, la jeunesse et l’expérience, la mythologie du hors-la-loi et un contexte sociopolitique sans horizons se retrouvera dans un grand film américain un an plus tard, Le Canardeur de Michael Cimino. Les deux films suivants de Walter Matthau seront aussi deux « séries noires » de bonne facture, Le Flic ricanant et Les Pirates du métro, où il est cette fois-ci du bon côté de la loi. L’autre raison de la côte de popularité de Tuez Charley Varrick ! réside dans son sous-titre (et titre de travail), qui est aussi le slogan de la compagnie d’aviation de Varrick : « The Last of the Independents », le dernier des indépendants, qui désigne Varrick contraint à basculer dans l’illégalité pour conserver sa petite entreprise. Ce terme s’applique bien sûr également à Siegel, soucieux comme ses héros de préserver son indépendance face aux institutions, aux grands patrons, à la société et dans son cas particulier, aux studios hollywoodiens. C’est cette volonté affichée de faire la nique au système et le romantisme associé aux rebelles américains qui plurent sans doute autant aux cinéphiles et qu’on retrouve, peut-être de manière plus subtile, dans la plupart des films d’autres fortes têtes comme Peckinpah ou Aldrich réalisés à la même époque.

Tuez Charley Varrick ! de Don Siegel

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Tuez Charley Varrick ! de Don Siegel

 

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