La trilogie ninja

Sous ce titre ESC Editions propose dans un coffret blu-ray les trois premiers films mettant en scène des ninjas produits par la société Cannon, sous l’impulsion de Menahem Golan. Né Menahem Globus à Tibériade en 1929, décédé en 2104 à Tel Aviv, Golan a été pilote de chasse dans l’armée israélienne, puis aspirant acteur à Londres, avant de devenir l’assistant de Roger Corman sur The Young Racers. Il s’associe en 1963 à son cousin Yoram Globus pour produire des films israéliens. Tentés par Hollywood, les deux cousins rachètent en 1979 une société en faillite, The Cannon Group, et enchaînent les productions et les acquisitions. Ils s’orientent d’abord vers les films d’action pas trop chers et facilement rentables. Parmi leurs premiers succès on trouve des post séries B bourrines interprétées par Chuck Norris (la série des Missing in Action, Delta Force, Invasion USA, etc.), Charles Bronson (la série des Death Wish à partir du deuxième épisode, etc.) ou Jean-Claude Van Damme (découvert par Golan dans un restaurant).

Mais la Cannon va surtout populariser les arts martiaux dans le monde occidental en produisant des films de ninjas qui vont envahir le marché du cinéma d’action et obtenir beaucoup de succès en salles et en vidéo.

Golan saisit l’aubaine de la curiosité naissance pour la mythologie des assassins masqués japonais en coiffant sur le poteau la Twentieth Century Fox qui avait acheté les droits de The Ninja, un best seller de Eric van Lusbader publié en 1980. Golan profite des atermoiements du grand studio qui confie d’abord le projet à Irvin Kershner et au scénariste W.D. Richter puis à John Carpenter pour mettre en chanter son propre film très rapidement. Il court-circuite les efforts de la Fox en sortant dès 1981 L’Implacable Ninja (Enter the Ninja) qui devient l’un des premiers films de ninja américain*, malgré une équipe très internationale et un tournage aux Philippines. Franco Nero engagé au dernier moment pour le rôle principal. Néophyte en arts martiaux il découvre le ninjutsu sur le plateau et doit s’entraîner avant les prises. Heureusement la cagoule de ninja que son personnage porte dans la plupart des scènes d’action est bien pratique pour dissimuler le recours à une doublure. L’attraction que représente les combattants ninjas et leurs drôles de techniques meurtrières est suffisamment forte pour faire oublier la faiblesse du scénario et l’amateurisme de la réalisation de Golan. Le film est ennuyeux et souffre de l’interprétation catastrophique du cabotin Christopher George en gangster, dont la mort est l’une des plus mal jouée de l’histoire du cinéma – Marion Cotillard est vengée. Franco Nero n’est pas très crédible et multiplie les scènes embarrassantes. Mais le film possède le petit mérite d’avoir révélé Sho Kosugi, acteur japonais expert en arts martiaux qui va rempiler dans les deux films suivants de la trilogie, qui n’ont aucun lien de continuité entre eux. Après un rôle de méchant dans le film de Golan, Kosugi est promu héros de Ultime Violence (Revenge of the Ninja, 1983). Golan en confie la réalisation à Sam Firstenberg qui n’a encore jamais signé de films d’action mais qui va mettre les bouchées double dans cette lutte sans merci entre un ninja exilé aux Etats-Unis après le massacre de son clan et des trafiquants de drogue dont le chef est un maître du ninjutsu. Riche en péripéties le film de Firstenberg adopte un rythme survolté qui nous venge de la mollesse de celui de Golan. Cascades, poursuites et violences non-stop sont au programme de ce serial moderne qui culmine avec un très long combat sur le toit d’un gratte-ciel. Les outrances d’Ultime Violence, la personnalité étrange de son acteur principal et son mauvais goût typique des productions Cannon des années 80 en font un spectacle excitant et recommandé pour les amateurs de films d’exploitation à haut niveau de testostérone.

Ultime Violence

Ultime Violence

Ninja III

Sho Kosugi (à droite) dans Ninja III

Sho Kusugi enfile une nouvelle fois les habits noirs d’un ninja – avec cette fois-ci un bandeau sur l’œil – pour Ninja III (Ninja III The Domination, 1984) toujours réalisé par Sam Firstenberg. Mais il y cède le devant de l’a scène à une jeune Américaine interprétée par Lucinda Dickey.

C’est le film le plus excentrique de la série, et donc notre préféré. Il jouit d’un statut particulier auprès des spécialistes de la Cannon. L’idée d’avoir ajouté à la mythologie ninja des éléments empruntés à Flashdance et à L’Exorciste laisse rêveur. La formule donne naissance à un spectacle hallucinant, qui va déconcerter les spectateurs pas suffisamment préparés à un tel délire. Une jeune femme, employée des télécommunications de Phoenix et passionnée d’aérobic, croise le chemin d’un assassin ninja à l’agonie après une expédition meurtrière et la riposte de la police qui l’a criblé de balles.

Le tueur d’élite finit par mourir en transmettant son katana (sabre ninja) à la jeune femme qui se retrouve possédée par l’esprit du ninja et va assouvir sa vengeance dans un état second, désormais dotée d’extraordinaires pouvoirs de combattante. L’action frénétique vire à l’hystérie dans ce cocktail survitaminé qui empile les séquences absurdes. La dimension fantastique du film est bien sûr la plus saugrenue, avec notamment la consultation d’un exorciste chinois et l’apparition d’un sabre volant qui surgit d’une console vidéo avec beaucoup de fumigène et d’éclairages fluorescents. Condensé de tout ce qui peut faire aimer les productions Cannon, Ninja III est sans doute le chef-d’œuvre involontaire et surréaliste de Golan-Globus et de Sam Firstenberg, un formidable remède à la morosité.

L’épopée Ninja de la Cannon se poursuivra et se conclura avec une nouvelle série de films interprétés par Michael Dudikoff. Mais ceci est une autre histoire…

 

* La Fureur du juste (The Octagon) de Eric Karson avec Chuck Norris et Lee Van Cleef est sorti en 1980. Un champion de karaté y combat une organisation ninja qui veut créer un camp d’entraînement pour terroristes internationaux.

Lun dans Ninja III

Lucinda Dickey possédée dans Ninja III

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