Internet : un nouvel opium du peuple ?

« La religion […] est l’opium du peuple. »(K. Marx). A l’heure du 21ème siècle, chers internautes, l’esprit de Marx n’est pas mort. Vous en êtes d’ailleurs les plus fervents apôtres.

Alors que 27% de la jeune génération française et moins de 50% des jeunes Allemands s’assoient sur les bancs de l’Eglise, vous faites peut-être partie des 90% des 12-25 ans qui passent le plus clair de leur temps face à leur écran scrutant les derniers posts facebook. Vous réactualisez les dernières dépêches AFP toutes les 10 minutes. Vous vivez votre Second Life dans un monde virtuel. Vous ne pouvez pas partir une semaine sans ouvrir votre boîte mail. Vous représentez cette « connected generation » qui partage tout, de la déception amoureuse au menu de la veille. Votre smartphone est devenu votre nouveau Saint Graal.

Internet serait-il devenu le nouveau culte du 3ème millénaire ? Le nouvel opium du peuple ? Ou un dangereux collectivisme déguisé comme le redoute P. Breton ?

Les apologistes de l’internet prônent un monde transparent, accessible, où le secret est pêché. Internet, c’est la glorification d’un être immatériel binaire 0-1. Foi aliénante dénoncée par Miłosz pour le communiste ou nouvelle « religiosité » certes. Mais c’est aussi un projet politique marxisant. Ce dogme électronique promet le meilleur des mondes tel que décrit par A. Huxley, où tout est à porté d’un seul clic. Il crée un Homme nouveau et informationnel résumé à une page de profil.  Internet est société de verre telle que rêvée par I. Asimov, sans Etat, où Hommes et machines sont égaux. Le networking est la base de l’échange entre citoyens, excluant les « illectroniques » inadaptés à la philosophie internet.

Internet, projet communautariste par excellence, représente-t-il donc paradoxalement un danger pour la cohésion sociale ? Internet est révélateur d’une décomposition des valeurs politiques, culturelles et humanistes et d’un délitement du lien social.

De plus, Internet reste un espace privilégié. La fracture numérique – entre ceux qui disposent des ressources nécessaires pour exploiter les potentialités technologiques de la toile et ceux qui en sont exclus par manque d’équipements et de compétences – s’est creusée. Ce fossé numérique a produit de nouveaux types d’inégalités Nord-Sud, mais aussi entre groupes sociaux et ethniques, entre hommes et femmes, inégalités qui restent invisibles pour l’internaute.

Mais ne noircissons pas trop la toile. Internet reste un outil formidable espace de partage multiculturel. C’est aussi un redoutable outil révolutionnaire. Il permet aux citoyens de détourner les barrières de la représentation injuste. Pensons au printemps arabe.

Internet n’est pas le nouvel opium de peuple, non, c’est une culture démocratique et solidaire. Le marxisme est donc bien mort. Appelons juste à un usage plus humaniste de la toile.

Farewell Facebook

Marine Binet. Etudiante au Collège d’Europe (Natolin), Etudiante en filière franco-allemande à Science Po. de Lille, Diplômée d’un Master 1 Allemand en Sciences Politiques et Communication de la WWU de Münster.

Pour aller plus loin :

Philippe Breton, Le Culte de l’Internet. Une Menace pour le Lien social ?, 2000.

Aldous Huxley, Brave new World, 1931.

Isaac Asimov, The Solar Society, 1955.

Dominique Wolton, Internet, et après ? Une Théorie des nouveaux Médias, 2000.

Czesław Miłosz, La Pensée captive, 1953.

Dossier du Monde, 15 ans d’internet : http://www.lemonde.fr/technologies/portfolio/2010/12/14/quinze-ans-d-internet-un-retour-en-images_1446512_651865.html

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