Programmation Hitchcock

Le lundi 16 novembre et le lundi 7 décembre 2015

Programmation Hitchcock

Le lundi 16 novembre et le lundi 7 décembre 2015

Temps de lecture : 5 min
Le maître du suspense à l’antenne et sur le Web d’ARTE !

 

  • « Hitchcock/Truffaut », un documentaire de Kent Jones
    lundi 16 novembre à 20h55
  • “Frenzy” de Alfred Hitchcock
    lundi 16 novembre à 22h20

  • “Mais qui a tué Harry ?” de Alfred Hitchcock
    lundi 7 décembre à 20h55
Lundi 16 novembre à 20h55

« Hitchcock/Truffaut » de Kent Jones

Critique et historien du cinéma, coscénariste du « Jimmy P. » de Desplechin et directeur du festival de New York, Kent Jones est « l’ami américain » de bon nombre de cinéphiles et cinéastes du monde entier, et particulièrement des français dont il connaît très bien la culture et le cinéma.

C’est la raison pour laquelle il était tout désigné pour signer un documentaire – coécrit avec Serge Toubiana, directeur général de la Cinémathèque française et coauteur dans les années 90 d’une biographie de référence sur François Truffaut – sur le fameux « Hitch book », ce livre d’entretiens conçu en 1962 dans lequel le jeune cinéaste français, ancien critique au « Cahiers du Cinéma », questionne film par film son maître Alfred Hitchcock sur l’art de la mise en scène.

Truffaut souhaite abandonner l’approche théorique de ses premiers textes – et de ceux de ses collègues Rohmer et Chabrol – pour entrer dans les coulisses de la fabrication des chefs-d’œuvre de Hitchcock, suivre l’évolution de son cinéaste préféré du temps du muet jusqu’à ses derniers films hollywoodiens.

Ce livre occupe une place essentielle aussi bien dans la vie de Truffaut que dans celle de Hitchcock, finalement reconnu comme un grand artiste et un créateur majeur du XXème siècle grâce à l’obstination de son admirateur.

Le documentaire de Kent Jones raconte l’aventure de ce livre, mais chemine aussi à l’intérieur de la filmographie de Hitchcock, s’arrêtant davantage sur deux titres essentiels de son œuvre et de l’histoire du cinéma, Sueurs froides et Psychose. Il donne abondamment la parole à des cinéastes (Fincher, Assayas, Kurosawa…) dont c’est le livre de chevet – c’est le cas de nombreux cinéphiles -, interventions souvent prétexte (dans le cas de Fincher surtout) à une analyse de leur rapport intime au cinéma de Hitchcock.

Olivier Père

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Documentaire de Kent Jones et Serge Toubiana

Réalisation : Kent Jones – Coproduction : ARTE France, Artline Films, Cohen Media Group (2014, 1h19)

Sélection officielle, Cannes classics 2015

Interview avec Kent Jones : “Hitchcock est essentiel !”

Olivier Père rencontre Kent Jones pour son documentaire “Hitchcock-Truffaut” présenté à Cannes Classics. Le réalisateur, directeur du festival de New York, explique la genèse du projet, comment il a eu l’idée de demander à des cinéastes de lui parler de leur rapport avec le livre d’entretiens avec Truffaut, et soulève des questions polémiques : Truffaut aurait-il, dans ce livre, imposé son propre point de vue à Hitchcock ?

Le film à (re)voir gratuitement en replay !
Le film est diffusé dans le cadre du Festival documentaire d’ARTE (du 15 au 20 novembre 2015).
Lundi 16 novembre à 20h55

« Frenzy » de Alfred Hitchcock

ARTE diffuse lundi 16 novembre à 22h15 Frenzy (1972), dernier chef-d’œuvre de Alfred Hitchcock (avant son ultime long métrage Complot de famille), et retour sur le sol natal de la Grande-Bretagne.

En 1967, Hitchcock fait des essais pour un projet jamais tourné, Kaleidoscope, aux frontières de la pornographie. Le succès de Psychose, le relâchement des mœurs et de la censure l’incitent à se lancer dans ce type d’expérience plus explicite, dont on retrouvera la trace dans Frenzy.

Au début des années 70, Hitchcock se trouve dans un période de crise et de désarroi : L’Etau a été un échec terrible, les films d’Hitchcock sont trop chers pour la nouvelle économie des studios, qui ont compris que le public américain, plus jeune, plus éduqué, préfère les productions indépendantes en phase avec des préoccupations modernes, aux films de vieux maîtres, obsolètes et onéreux.

En revenant en Angleterre, avec une adaptation d’un roman policier et un scénario du dramaturge Peter Schaffer (Le Limier), Hitchcock entend renouer avec le succès. Il y parviendra avec un film où se croisent deux thèmes chers au cinéaste : celui du criminel et celui du faux coupable. Frenzy suit en effet les trajectoires croisées de deux hommes qui se connaissent : l’un est un ancien combattant qui a sombré dans l’alcoolisme, un chômeur qui voue une haine à la société et entretient des relations exécrables avec son ex femme ; l’autre est un maraicher d’apparence joviale et avenante mais qui dissimule un violeur et un tueur de femmes, coupable de crimes en série qui terrorisent Londres.

Le premier va éveiller les soupçons de la police, tandis que le second poursuit ses funestes desseins en toute impunité. Frenzy dresse donc le portrait d’un psychopathe (comme dans Psychose), mais aussi d’un raté, antipathique de surcroit, ce qui est plus rare dans l’œuvre d’Hitchcock.

Frenzy est le grand film trivial d’Hitchcock, et un grand film sur la vulgarité. Frenzy est ainsi le parfait représentant d’une esthétique de la laideur et du poisseux qui allait triompher dans le cinéma britannique du début des années 70, sans doute le moins « glamour » du monde.

En 1972, deux cinéastes confirmés réalisèrent en Grande-Bretagne leur film le plus glauque : Alfred Hitchcock et Frenzy, Sidney Lumet et The Offence ; cette même année le jeune Mike Leigh signa son premier long métrage Bleak Moments (pas vraiment une partie de plaisir) tandis que des jeunes réalisateurs comme Pete Walker ou Norman J. Warren allaient réaliser à la même période des films d’horreur beaucoup plus « sales » et réalistes que ceux de la Hammer déclinante, souvent dans le même environnement urbain sinistre (banlieue, quartiers défavorisés de Londres, rase campagne), avec des acteurs et actrices loin des canons esthétiques hollywoodiens (comme chez Mike Leigh aussi).

Hitchcock avait renoncé au star system après Le Rideau déchiré, dont la moitié du budget résidait dans les salaires de Paul Newman et Julie Andrews. Hitchcock ne s’intéressait pas aux nouvelles stars hollywoodiennes, et ses acteurs fétiches James Stewart et Cary Grant étaient déjà vieillissants dans les années 50, donc pas question de les réutiliser dans les années 70. Pas question non plus d’employer dans Frenzy des célébrités anglaises, même si Hitchcock avait pensé à Michael Caine, devenu une vedette internationale grâce à Zoulou et Alfie le dragueur, connu pour ses origines populaires et son accent cockney, pour interpréter le tueur.

Lorsque nous avions rencontré Michael Caine dans son appartement londonien, il nous avait confié : 

« J’ai refusé de jouer dans « Frenzy » d’Alfred Hitchcock. Il m’avait proposé le rôle de Robert Rusk, un sadique qui violait et étranglait des femmes. Je ne suis pas sûr que j’aurais été crédible dans un rôle aussi vicieux. J’adorais Hitchcock mais j’aurais aimé jouer le rôle de Cary Grant ! Hitchcock ne m’a plus jamais adressé la parole. Finalement, Barry Foster m’a remplacé, et il est terrifiant dans « Frenzy ». »

Terrifiant et laid, ce que n’était pas non plus Michael Caine. Idem pour les actrices du film, dotée d’un physique extrêmement commun, et dans une certaine mesure Jon Finch, comédien sans grand charisme.

Les scènes de viols et de meurtres, et aussi une scène incluant un cadavre de femme dans un camion sont filmées avec une grande crudité, avec pour la première fois chez Hitchcock des plans de nudité choquants. Nul doute que Frenzy se rapproche de ce que le cinéaste considérait comme de la pornographie.

L’obscénité du sexe et de la violence qu’il avait jusqu’à présent dissimulé derrière le luxe de la machinerie hollywoodienne ou la sophistication de son écriture cinématographique est finalement exhibée frontalement, ce qui n’exclut pas un sens de la mise en scène toujours aussi génial.

Nul doute que ce tournage à Londres, parfois sur les lieux mêmes de son enfance, fut un moment de défoulement et de liberté créatrice intenses, comme en témoignent aussi une forme de méchanceté juvénile et une sens de l’humour plus noir et sarcastique que jamais : une réplique dans un pub au sujet d’un viol ne dépasserait plus aujourd’hui l’autocensure du politiquement correct, et les scènes « gastronomiques » qui moquent les prétentions culinaires de l’épouse de l’inspecteur de police sont aussi peu ragoutantes que les scènes de meurtres.

Olivier Père

La bande annonce du film
Credits
Acteur : Jon Finch, Barry Foster, Barbara Leigh-Hunt, Anna Massey, Alec McCowen
Auteur : Arthur La Bern
Image : Gilbert Taylor
Montage : John Jympson
Musique : Ron Goodwin
Producteur : Alfred Hitchcock, William Hill
Production : Universal Pictures
Réalisation : Alfred Hitchcock
Scénario : Anthony Shaffer


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« Fenêtre sur bruit » – Le son chez Hitchcock

« La musique aux trousses » – Comment Hitchcock utilise la musique

par Yves-Marie Mahé

 Le cri des 39 marches, la chasse d’eau de Psychose, le coup de cymbale de l’Homme qui en savait trop… Célébré pour son inventivité visuelle, le cinéma d’Alfred Hitchcock témoigne aussi d’une remarquable utilisation du son. Il invente des effets novateurs dans les Oiseaux, raconte des scènes uniquement par les bruits dans Fenêtre sur cour, joue constamment avec les diverses sources de la musique à l’écran dans L’Ombre d’un doute. Cinéaste et cinéphile, Yves-Marie Mahé propose sur ARTE Radio FENÊTRE SUR BRUIT (18’) et LA MUSIQUE AUX TROUSSES (21’), deux documentaires sonores ludiques et pédagogiques réalisés par Charlie Marcelet, qui donnent à entendre le génie de maître Hitch.

Lundi 7 décembre à 20h55

« Mais qui a tué Harry » ? de Alfred Hitchcock

Un groupe d’individus loufoques se retrouve aux prises avec un encombrant cadavre… Avec, notamment, Shirley MacLaine et John Forsythe, accompagnés d’une obsédante ritournelle champêtre composée par Bernard Herrmann.

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Mais qui a tué Harry ?, est un des films les plus curieux et singulier de Alfred Hitchcock. D’abord parce qu’il s’agit d’une comédie absurde, ironique et surréaliste, donc très anglaise bien que tournée en pleine période américaine de la carrière du cinéaste.

Mais surtout parce qu’Hitchcock y mène une exploration quasi asiatique sur le sens de la vie, et des sens dans la vie.

« Cet homme devait mourir, à ce moment précis, dans cet endroit précis. C’est le destin. »

Ainsi parle avec philosophie le jeune peintre du film à un vieil homme complètement affolé devant le cadavre du dénommé Harry. Après tout, il faut bien mourir à un moment et dans un lieu donnés.

Face à la mort, Hitchcock révèle ainsi une société aussi sensuelle, honnête, simple et avisée que celle des personnages japonais du cinéma d’Ozu. Des êtres qui articulent ce qu’ils ressentent avec un abandon quand même réservé, dénué de toute hystérie, une sorte de recul, de distance, tranquille.

Pour autant, chacun des protagonistes est ici profondément touché par ce gisant au milieu de la forêt locale. Et cette émotion provoque des réactions en cascade, une volonté réveillée de vivre, et, comme Hitchcock est un romanesque lucide, c’est-à-dire dénué de romantisme, il fait naître dans les cœurs de tous, quels que soient leurs âges, des bouffées d’amour inattendues, réconfortantes et drôles.

Chacun dans ce film accepte, parfois malgré lui, de faire jouer sa dose de vulnérabilité. Hitchcock de ce point de vue-là est vraiment étonnant quand il montre le bouleversement intérieur et ramassé (comme elle peut), d’une femme plus toute jeune mais au cœur troublé, grâce à une grosse tasse de porcelaine fine dotée d’une hanse qu’elle demande à un homme de tenir avec un doigt ! Tout à coup, objets, comme êtres humains, tout se met à palpiter. Tout simplement extraordinaire.

Virginie Apiou

Extrait du film «Mais qui a tué Harry ?»

Générique

Auteur:  Jack Trevor Story
Image:      Robert Burks
Montage:  Alma Macrorie
Musique:  Bernard Herrmann, Raymond Scott
Scénario:  John Michael Hayes
Production:  Alfred J. Hitchcock Productions
Réalisation:  Alfred Hitchcock
Producteur/-trice:  Alfred Hitchcock, Herbert Coleman
Avec : Edmund Gwenn, John Forsythe, Shirley Maclaine, Mildred Natwick, Jerry Mathers, Mildred Dunnock, Royal Dano

Les génériques d'Alfred Hitchcock par Alexandre Tylski
"Prenons un thé à côté, Alfred."

Hitchcock par Dorothy-Shoes

Dorothy-Shoes revisite des thèmes chers à Hitchcock avec une touche personnelle.

Prologue

 

Non je n’essaierai pas de te mimer Alfred, je ne tenterai pas de répondre à tes plans, je ne m’amuserai pas à te « décalcomanier », car cela ne m’amusera pas.

Tu es bien plus vieux, plus grand et gros que moi. Sur mon passeport je ne mesure qu’1m54, et j’ai menti d’un centimètre et demi. Permets-moi de ne pas parler ni de mon âge ni de mon poids. Tu es un mythe avec des pieds et des bras Alfred, je ne vais pas mettre les miens dans ton arène, et tu me comprendras.

Je vais te regarder, t’écouter, te sentir, te décrypter, essayer de te saisir et t’admirer aussi. Je vais ensuite ouvrir mon placard, y sortir mon langage et mes accessoires et inventer. Nous inventer un dialogue entre chez toi et chez moi.

Tu prends du sucre avec ton thé ?


 

Fenêtre et rideaux

À travers, au travers,

ils sont derrière,

ils regardent dehors,

ils se regardent dedans,

témoins de ces silhouettes,

spectateurs de ces ombres,

au cinquième étage,

sans échelle et sur la rue,

la porte d’entrée à quatre carreaux est à double battants,

je fais de vous les cambrioleurs et les violeurs d’héros consentants.

Dorothy-Shoes

La femme blonde

Tu es le désir, tu es la salissure, la pute que je modèle et métamorphose.

Je reconnais tes cuisses quand tu me montres tes chevilles.

Je te maquille comme je te déshabille.

Je t’assassinerai toujours mon amour.

Le triangle voyeurisme – érotisme – violence

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Qui n’a jamais porté de coup à la gorge d’un loup ?

Qui n’a jamais étranglé son voisin du dessous ?

Qui n’a jamais pénétré l’indécise ?

Qui n’a jamais trempé ses mains dans le cerveau du mécanicien ?

Je te vois, je te veux, je te vide.

Le suspense

Laissez-moi vous montrer ce qu’ils ignorent sous leurs sourcils froncés,

enjambez à leur place les pièges qu’ils se prendront sur le nez,

priez pour eux et mordez votre oreiller,

détrônez les protagonistes de leurs beaux souliers,

c’est vous qui savez.

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Le caméo

L’égo n’est qu’une histoire de gamin, l’enfant joue à cache-cache car il aime être cherché, mais ne se régale seulement que lorsqu’il a été trouvé. Habile, sa disparition est une double apparition.

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Le Mac-Guffin

 

Permets-moi, permets-moi de faire de toi le prétexte,

le leurre et la déviation,

la mallette dans le ruisseau quand c’est l’immeuble sur la rive qui s’embrase,

la secousse visible et feinte quand l’épicentre rugit huit mille kilomètres ailleurs.

Mon cher Mac-Guffin,

je me sers de toi parce que tu ne sers à rien.

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Epilogue

Ne me demande pas pourquoi mais dans le jardin de mon enfance dont j’aime encore renifler les arbres, vivent aujourd’hui des dizaines et des dizaines d’oiseaux.

Ce ne sont pas des corbeaux.

Ils ne croassent pas mais se grappent sur les toits immobiles pendant de longues heures. Ils se défigent par à-coups d’un bruit fragmenté mais couvrant, qui à l’étage du dessus, fait taire les moteurs des Airbus 300. Ils plongent d’un vent sur le sol, paradent d’un atterrissage bref, enflent de quelques miettes et reprennent les miradors dans leurs costumes en fausses pierres.

Souvent je suis au milieu, ma tête se déroule vers le ciel sous leurs becs, ils me regardent, je les regarde, nous nous regardons et il n’y a pas une fois où je ne pense pas à toi.

Tu es de ceux, rares, lesquels on naît et on meurt, Alfred.

Dorothy-Shoes



Crédits


Photos et textes : Dorothy-Shoes

« Je fabrique de toutes pièces des histoires vraies.« 

Chargée d’édition et de production Web : Barbara Fuchs