A quand une adhésion de la Roumanie au Schengen?

Source: http://mihaivlasceanu.eu/blog/tag/romania/

 

Mise en perspective : Roumanie

Le 8 juin 2011, le Parlement Européen a donné son feu vert à l”adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l”espace Schengen, disant que « certaines questions en suspens nécessiteront à l’avenir des rapports réguliers et une plus grande attention », mais qu’elles ne « constituent pas un obstacle à l’adhésion pleine et entière à Schengen de la Bulgarie et de la Roumanie » (rapport élaboré par Carlos Coelho – PPE – et cité sur le site de la représentation permanente de la Roumanie auprès de l”Union européenne). Cette décision devait confirmer, d”après le rapporteur Carlos Coelho, que  « (l”UE est) en mesure d’accueillir la Bulgarie et la Roumanie dans l’Espace Schengen et (…) que le Conseil adoptera la même position (…) Les citoyens de ces pays doivent être considérés comme des citoyens européens à part entière, et ne doivent pas être les otages du discours populiste ». Et tout cela malgré les réticences connues de la part de la France, des Pays Bas, de la Finlande et de l”Allemagne.

Le lendemain, ces réticences l”ont pourtant emportées et le Conseil des ministres des affaires intérieures de l”UE a décidé de reporter sa décision à sa session de septembre, au plus tard. La France évoquait clairement le fait que la Roumanie ne remplissait pas les conditions d”adhésion à Schengen ; la Roumanie dénonçant de son côté la « discrimination » à laquelle elle était sujette. Dans les faits, que se cache-t-il réellement derrière cette façade de jeux et d”enjeux politiques ?

Selon l”étude du centre roumain pour les politiques européennes, les deux parties ont à la fois raison et tort. D”abord, pour les Roumains, il semble injuste d”ajourner leur adhésion à l”espace Schengen, d”autant plus que la Roumanie remplit tous les critères techniques. Selon les autorités roumaines, le « problème des Roms », qui semble tant inquiéter la France, n”a rien à voir avec le processus d”adhésion à l”espace Schengen, qui suppose seulement le fait de remplir une liste de critères techniques relatifs à la sécurité des frontières. Le même raisonnement est employé par le gouvernement roumain en ce qui concerne les reproches faites quant à la corruption.

Admettons-le, les Roumains ont raison, mais les Français l”ont aussi. Après son accession à l”UE en 2007, la Roumanie n”a fait que très peu de progrès en ce qui concerne la politique d”intégration de la minorité rom et, surtout, en ce qui concerne la lutte contre la corruption. Que cela plaise aux autorités roumaines ou pas, ses partenaires européens ont choisi cette occasion de la discussion sur l”élargissement de l”espace Schengen pour lui montrer leur mécontentement, dû à ces promesses non tenues. Quant à la discrimination … ne serait-il pas plus approprié de dire do ut des ou quid pro quo pour décrire de la meilleure façon les rapports entre les états membres de l”UE et la Roumanie? En d”autres termes, la Roumanie a reçu la réponse qu”elle méritait.    

Maintenant, la Roumanie a une marge de manœuvre réduite. Pour cela, une approche pragmatique est plus que jamais conseillée : les mesures énumérées dans le rapport du groupe d’évaluation Schengen Sch-Eval, qui figurent encore comme pas adoptées (concernant en particulier les frontières terrestres et maritimes), devraient l”être pendant la présidence polonaise de l”UE ; l”initiation immédiate de discussions bilatérales entre la Roumanie et les pays qui s”opposent à son adhésion à Schengen (France, Allemagne, Finlande), en leur offrant des garanties supplémentaires montrant que la Roumanie respecte l”acquis Schengen, serait recommandable ; la continuation des reformes de la justice et la prise de toutes les mesures nécessaires pour combattre la corruption semblent aussi indispensables. Même s”il n”existe d”aucun lien formel entre l”entrée dans l”espace Schengen et toutes ces réformes, il est bien clair que ces problèmes d”ordre politique empêchent l”adhésion de la Roumanie à l”espace Schengen.

Dans le cas de la Bulgarie, les problèmes semblent un peu plus claires : la Bulgarie avait obtenu un rapport négatif de la part du groupe Sch-Eval concernant la sécurité de ses frontières terrestres avec la Turquie.

 

Nicoleta Tuominen

 

Pour aller plus loin :

Romanian Center for European Policies (CRPE) – Roumanie
Ciprian Ciucu, « Romania”s Schengen Accession Process: lesson learned, failed exam – an independent evaluation “

Site web : http://www.crpe.ro/eng/library/files/romania%E2%80%99s_schengen_accession_process.pdf

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