La schizophrénie de la présidence hongroise du Conseil de l’UE

MISE EN PERSPECTIVE : Présidence hongroise

 

On ne peut considérer les résultats secteur par secteur de la présidence hongroise de l”Union Européenne sans garder à l”esprit les nombreuses critiques qui ont été adressées aux décisions de politique intérieure du gouvernement de Budapest. En revanche, négliger les efforts réels des technocrates hongrois dans les domaines prioritaires de leur présidence reviendrait également à effectuer une analyse incomplète.

 

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Le think tank hongrois policysolutions.hu a récemment publié un article intitulé l”aspect schizophrène de la présidence hongroise (traduit de l”anglais). En effet, quand on compare les décisions de politique intérieure et les priorités de cette présidence, on se retrouve confronté à une dualité toute particulière.

 

Alors que, selon son site internet, « la clé du succès réside dans une stratégie de croissance orientée vers l”avenir », le Wall Street Journal explique que la Hongrie n”a pas de politique économique cohérente pour les années à venir.

 

De même, alors que la Hongrie souhaitait que, pendant sa présidence, « des mesures substantielles soient prises au niveau européen en matière d”intégration des Roms », en Hongrie, des villages Roms sont terrorisés par des milices autoproclamées et, selon les commentateurs, le gouvernement ferme quasiment les yeux.  De même, le 21 mars un député hongrois d”extrême droite déclarait que « la Hongrie aurait besoin d”un Ku Klux Klan tout comme les Etats-Unis en avaient besoin dans le passé. » Face au laxisme du gouvernement concernant ce genre de déclaration, l”ambassade des Etats-Unis en est finalement venue à diplomatiquement « louer » l”engagement du gouvernement à garantir les droits de tous les Hongrois, quelles que soient leur race, leur culture et leur situation sociale.

 

On peut également se demander comment un gouvernement peut simultanément assurer la présidence de l”UE et comparer Bruxelles à Moscou. De même, peut-on promouvoir une Stratégie Européenne du Danube qui vise à soutenir le développement conjoint des régions et pays du bassin du Danube et accorder la nationalité hongroise aux minorités magyares dans les pays avoisinants (notamment Roumanie, Slovaquie, Serbie ou Autriche, qui participent aussi à la stratégie) ?

 

Mais, avant tout, on est en droit de se demander comment une partie d”un gouvernement peut relever avec un engagement réel le défi d”une présidence de l”UE alors que d”autres membres de ce même gouvernement tiennent des discours clairement antieuropéens.

 

L”explication est sans doute très complexe. Cependant, on identifie bien la partie émergée d”un gigantesque iceberg : plaies laissées par l”Histoire, déception économique et crise financière ont amené ce pays, qui était en 1994 le premier de la région à poser se candidature pour l”Union, à choisir une attitude aussi controversée à l”heure de sa présidence et laisser un goût amer dans l”esprit de beaucoup de ses citoyens :

-         Sommet Européen pour le Partenariat Oriental ajourné et laissé à la Pologne pour des raisons « logistiques »,

-         Lettre officielle de la Commission Européenne soulignant les inquiétudes bruxelloises concernant la loi sur les médias, ainsi que les négociations avec Dunja Mijatovic, représentante de l”OSCE en charge de la liberté de la presse,

-         Rencontre exceptionnelle de Hillary Clinton avec les organisations de la société civile hongroises lors de sa visite en Hongrie,

… Budapest ne semble pas être disposée à entendre les avertissements internationaux.

 

En témoigne cette phrase d”Orbán répondant à une déclaration du Vice-Porte-parole de la Chancelière Angela Merkel selon lequel « la Hongrie devait s”assurer de ne pas être en violation du droit européen » suite à l”adoption de sa nouvelle loi sur les médias: « Elle a été mêlée à cette affaire [...] La pauvre, elle ne s”est même pas exprimée. Le Vice Porte-parole du gouvernement allemand a juste expliqué que tout Etat Membre doit respecter les normes européennes et que ceci est aussi valable pour la Hongrie. [...] Il a diablement raison ! Cela tombe bien, la Hongrie respecte ces normes ! »

 

Reste le fait qu”une fois la présidence hongroise terminée, il se pourrait bien que les critiques diplomatiques se transforment en une progressive marginalisation du pays aussi bien sur le plan européen que sur la scène internationale.

 

 

Marc Soignet

 

 

Pour aller plus loin

Policy Solutions : http://www.policysolutions.hu

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