La diplomatie européenne n’aurait-elle pas aussi besoin d’un service secret ?

Secret service hog, source Adrian Gray

 

Le service d”action extérieure de l”Union européenne (SEAS) n”est même pas encore entièrement mis en place que les premières voix s”élèvent pour demander un service secret européen. A première vue, la demande semble utopique. Mais l”absence d”information (et, par conséquent, d”action) à propos des mouvements de révolte dans le monde arabe début 2011 montre que tous les services diplomatiques des temps modernes ont besoin d”un service de renseignement pour obtenir des informations et prendre des décisions.

 

Une fois de plus, c”est le Parlement européen qui essaie de prendre de l”avance sur les autres institutions et qui a formulé la demande. En avril, les députés européens ont ainsi réagi à l”absence de position commune de l”UE face au « printemps arabe ».

Surtout les conservateurs allemands, pourtant farouchement opposés à un tel projet pendant des années, se sont maintenant fait les porte-paroles de cette requête, verbalisée pour la première fois par Manfred Weber, membre du CSU et vice-président du Parti populaire européen, dans le magazine Wirtschatfswoche. Mais aussi certaines voix connues de la gauche européenne, comme le député socialiste autrichien Hannes Swoboda, se prononcent en faveur d”un service de renseignement européen : « si nous voulons savoir ce qui se passe réellement dans certains pays du globe, nous sommes obligé d”avoir recours à des opération secrètes ».

 

De fait, la (non)réaction communautaire aux révoltes en Afrique du Nord et au Moyen-Orient montre que celles-ci « ont touché l”Europe de façon totalement surprenante ». Ce qui n”est pas étonnant, puisque les services secrets nationaux ne sont pas tenus à transmettre des dossiers classifiés à l”Union européenne. En général, les institutions communautaires (dont le SEAE) n”obtiennent qu”un accès a posteriori à des informations déclassifiées. Ils en savent donc tout juste autant qu”un citoyen lambda intéressé par le sujet…


Pourtant, pour prendre leurs grandes décisions au niveau international, tous les États-nations ne font pas uniquement confiance à un service diplomatique classique, mais fondent aussi leurs actions sur les rapports de leurs services secrets. Ainsi, la France et la Grande-Bretagne, toutes les deux équipées d”un service de renseignement planétaire et efficace, ont pu réagir aux événements dans le monde arabe dès janvier 2011, bien plus rapidement donc que le service diplomatique de l”Union européenne.

 

Outre le fait que la demande des députés européens semble relever du bon sens, elle trouve également une résonnance dans certaines structures qui existent déjà : même si on est loin de pouvoir parler d”une « CIA européenne », des centres d”information comme le Centre de Situation conjoint (SitCen) pourraient devenir les premiers fondements embryonnaires d”un service secret communautaire. D”autant plus que ce service pourrait s”appuyer sur des solutions techniques européennes déjà existantes, comme le European Union Satellite Centre (EUSC) à Torrejon de Ardoz (Espagne). Certains vont même jusqu”à affirmer que Catherine Ashton et son équipe seraient déjà en train de jeter les premières bases, notamment depuis la nomination du Finlandais Ilkka Salmi à la tête du SitCen.

 

Pour le moment, il est cependant fort improbable de voir les États abandonner ce « droit régalien jalousement gardé ». D”autant plus que tout service secret digne de ce nom comporte également un volet « interne » – et fourni donc des informations sur les citoyens de l”État-nation pour lequel il travaille. C”est ce deuxième aspect qui montre un des problèmes fondamentaux : un service secret a le droit (et même l”obligation) d”ingérence dans les affaires du territoire sur lequel il opère. Un privilège que de nombreux États membres se garderont actuellement bien de partager avec l”Union européenne.

 

Alexander Knetig 

 

Pour aller plus loin

 

Le dossier très complet de Nouvelle Europe consacré à la diplomatie européenne et, plus spécifiquement, aux possibilités de voir émerger un service secret européen au cours des prochaines années.

http://www.nouvelle-europe.eu/publications/dossiers/diplomatie-europeenne–veuillez-patientez-l-ue-est-au-bout-du-fil.html

http://www.nouvelle-europe.eu/politiques/politiques-europeennes/a-quand-une-cia-europeenne.html

 

Le rapport du Groupe de recherche et d”information sur la paix et la sécurité (GRIP), qui date certes de 2004, mais qui a le grand mérite d”exposer de façon détaillé les problématiques (et les problèmes) d”une coopération entre les services secrets européens.

http://www.grip.org/fr/siteweb/images/RAPPORTS/2004/2004-03.pdf

 

 

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