UE : une puissance post nationale dans un monde réaliste


 

Fiche de lecture : France/Fondation Robert Schuman

 

Carte d”identité de l”article

Titre: Comment mieux affirmer la diplomatie européenne?

Auteur: Maxime Lefebvre: diplomate, directeur des relations internationales à l”ENA, enseignant à Sciences Po Paris.

Date de publication: le 18 avril 2011, en tant que Policy paper de la Fondation Robert Schuman, repris intégralement, en français, dans Le Monde du 26 avril 2011

Site internet : http://www.robert-schuman.eu/question_europe.php?num=qe-202

 

 

Maxime Lefebvre réfléchit dans son article sur les possibilités d”une politique étrangère commune au niveau européen, ainsi que sur les moyens spécifiques de l”atteindre. Il démarre son analyse par un constat plein de bon sens : malgré sa nature postmoderne (ou post-nationale) et l”interdépendance croissante dans le monde, l”Union européenne doit faire face à une réalité qui reste en partie westphalienne. C”est-à-dire, que l”UE ne peut pas faire abstraction de l”existence des États, de leurs intérêts, et des rapports de force entre eux. En revanche, en vue de sa nature, elle doit trouver un moyen approprié pour amadouer cette réalité.

 

Tant que l”UE excelle plus dans le domaine du soft power que du hard power, elle doit utiliser les moyens qui lui permettront d”en tirer le plus d”avantages. Selon l”auteur, l”Europe a d”autant plus besoin d”une action commune profonde et à long terme qu”elle rencontre des difficultés à réagir rapidement et de façon coordonnée dans les cas de crise.

 

A ce titre, Lefebvre constate qu”une diplomatie européenne commune peut être viable, si elle se concentre sur trois principes : mutualisation des moyens, volonté commune de concertation entre les institutions et les états membres, et définition d”intérêts partagés et d”une vision commune. Le Service européen d”action extérieure (SEAE) ne sera qu”un succès s”il arrive à surmonter les rivalités internes dans la réalisation de ce triple principe.

 

Cependant, certaines préconisations de l”auteur pour le développement de ce trio et par conséquent du service diplomatique commun peuvent provoquer une certaine consternation. Alors que l”idée la mutualisation accrue de la défense européenne, qui devrait être indépendante de l”OTAN ne choque pas tant, les recommandations concernant la formulation de la politique commune semblent un peu trop « pragmatiques ». En prenant comme exemple les réponses nationales qui ont précédé la réaction européenne tant à la crise égyptienne que libyenne, l”auteur suggère qu”une entente plus élaborée entre la France, la Grande Bretagne et l”Allemagne (qui représentent à elles mêmes 40% de la population de l”UE et plus de la moitié de son PIB) devrait être mise en place. Les chefs d”État de ces trois pays pourraient, par exemple, participer aux sommets de l”UE avec des pays tiers, etc. Et, bien qu”il reconnaisse que ce genre d”arrangement irait à l”encontre du principe d”égalité entre les états membres de l”UE, il suggère qu”il serait un signe de plus de réalisme dans la politique européenne. Ainsi, ce serait possible pour l”Union de se doter d”une vision stratégique.

 

Il reste douteux si le fait de suivre ces préceptes de politique réaliste pourrait aider à définir l”intérêt commun de l”Europe et contribuer à la création d”une politique étrangère commune. Ne s”agit-il pas plutôt d”un simple reflet de la volonté des grands, suivie par les petits en vertu d”une nécessité pragmatique ?

 

Dorota Szeligowska

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