Le SEAE – les préjugés et le potentiel


photo issue du site du Ministère du Développement durable français, crédits: © Arnaud Bouissou – Meddm

 

Op-ed: le bilan de création du SEAE

 

Il est clair que le SEAE n”est pas un remède miracle qui va résoudre tous les problèmes posés par la politique étrangère de l’UE. Cependant, il n’est pas pour autant une potion empoisonnée. Sa création est une sage décision, puisqu”elle permet de fixer les conditions institutionnelles et administratives nécessaires à l’émergence d’une politique étrangère européenne plus cohérente. C’est pourquoi le SEAE ne devrait pas être totalement remis en question et ne devrait pas non plus être jugé comme trop bureaucratique, inutile, antidémocratique et dépensier. Cette critique est contre-productive, elle pourrait même être un obstacle à son bon bon fonctionnement.

           

Certes, la dernière création de l’Union n’est pas parfaite, mais nous devons donner au SEAE le temps de faire ses preuves. Personne ne devrait juger son travail trop sévèrement après seulement cinq mois d’existence. En tant que représentant des citoyens européens, le Parlement européen jouit d”une responsabilité majeure. Il aidera le SEAE dans son développement, en commentant son travail, en le corrigeant éventuellement à travers la mise en œuvre de son contrôle politique et budgétaire. Cette année, il entreprendra d”ailleurs la première évaluation provisoire de la SEAE, afin d”identifier ses faiblesses.

 

En même temps, les États membres ne doivent pas hésiter à faire appel au SEAE lors d”évènements politiques se déroulant sur la scène internationale. Les événements survenus dans les pays d’Afrique du Nord constituent un premier exemple de cette évolution positive de l’Union, qui se dote enfin d”une stratégie extérieure cohérente. Le cas libyen a été ici révélateur, puisqu”après une observation et une analyse de la situation, le SEAE a décidé le 23 février d”activer son centre de suivi et d’information pour faciliter l’évacuation des citoyens européens. Une telle approche coordonnée pourrait contribuer à une augmentation progressive de la confiance et de la solidarité. Si nous parvenons à élaborer une politique cohérente en mettant en commun les synergies de la Commission, du Conseil et des États membres – le tout sous contrôle parlementaire, le SEAE deviendra un acteur mondial capable de défendre efficacement les intérêts de l”Union.

 

En outre, le contribuable serait perdant si le SEAE était condamné dès le début, car l”Union aurait déjà investi dans une structure qui ne sera pas utilisée à cause du manque de confiance. Au contraire, il a tout à gagner avec le SEAE et la possibilité qu”il permette une meilleure prise en compte des intérêts européens sur la scène internationale.

 

En raison de ses prétendus problèmes, l’Union a souhaité depuis plusieurs années se doter d”une politique étrangère cohérente. Les changements apportés par le traité de Lisbonne, y compris la création du SEAE, vont dans cette direction et malgré quelques difficultés, peuvent accélérer la réalisation de cet objectif. De plus, le SEAE est composé de gens talentueux, comme Robert Cooper et Agostino Miozzo par exemple, qui veulent que l’Union soit une force positive dans la géopolitique mondiale. Cet objectif est réalisable et il répond aux intérêts des partenaires de l”Union, comme les Etats-Unis. Il serait donc mieux pour nous tous, que moins de temps soit consacré à la mise en doute des changements apportés par la création du SEAE et que plus d”énergie soit déployée à son développement.

 

 

Nicoleta Tuominen

 

 

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