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Europe, l’impossible débat ? Mise en perspective : Allemagne

 

Une réunion de l’assemblée constituante de Francfort, qui a tenté d’unifier le pays pendant les révolutions de 1848.

Source: Wikimedia Commons
 
En Allemagne, 2009 aurait pu être l”année de l”Europe. Tous les ingrédients étaient réunis, ce qui était totalement inédit. Mais le contexte politique outre-Rhin n’a pas permis de placer la campagne sous un angle européen.
 
En entrée, le 20e anniversaire de la chute du Mur, qui avait scindé l”Europe en deux ; en plat de résistance, la crise financière internationale, dans laquelle l”Union européenne joue un rôle clé ; en dessert, la participation d”un parti ouvertement anti-européen (Die Linke) aux élections, une première dans le paysage politique allemand et de quoi animer les échanges… Tout se prêtait donc en Allemagne au lancement d’un débat sur l’Europe. Las ! Le début de la campagne des européennes montre que le débat se limite, comme d”habitude, à des considérations nationales.
 
« Les gros salaires voteraient à droite », « Les agitateurs voteraient die Linke », « Les requins de la finance voteraient pour les libéraux »…, tels sont les slogans, sans rapport évident avec l”Europe, que l’on peut lire sur les affiches du parti social-démocrate SPD, lequel a ainsi choisi le ton de la provocation. Qui alors pourrait bien voter pour l”Europe ?
 
L”absence d”un vrai débat sur l”Union s”expliquerait par les arguments suivants : ces élections européennes sont le tour de chauffe des législatives prévues à l”automne ; elles servent à détourner l”attention du pacte de non-agression passé entre Angela Merkel et Franz-Walter Steinmeier, son ministre SPD des Affaires étrangères et futur adversaire aux législatives de l’automne ; ou, tout simplement, l”Europe n”intéresse pas les électeurs…
 
Si ces arguments ne sont pas complètement infondés, ils n’expliquent pas l”essentiel. Regardons le problème de plus près : le thème de l”Europe est-il suffisamment porteur pour lancer le débat ? A-t-il un effet polarisant en Allemagne ? Un coup d”Sil sur les programmes des différents partis montre qu”il n”en est rien ! Derrière leurs différences programmatiques et techniques se cache un consensus mou, selon lequel l”Europe serait nécessaire et, sous sa forme actuelle, répondrait grosso modo aux attentes. Exception faite de « die Linke », la gauche qui rejette le Traité de Lisbonne, tous les partis allemands sont d”accord sur la réforme des institutions européennes, la plus importante de ces dix dernières années.
 
Autre signe de ce consensus, l”attitude de la grande coalition au pouvoir en Allemagne lors de plusieurs sommets européens et internationaux. Le gouvernement s”y est montré solidaire, sans doute plus encore qu”un gouvernement « normal ». Si effectivement l”Europe ne représente plus un sujet de tensions dans la politique allemande, pourquoi cela devrait-il changer ?
 
La coalition allemande entre sociaux-démocrates et conservateurs n”a rien d”extraordinaire. La direction de l”Union est elle-même une grande cohabitation et cela ne devrait pas changer. Les deux plus grandes formations politiques d”Europe (le groupe du Parti populaire européen et des Démocrates européens, PPE-DE, et le groupe socialiste au Parlement européen, PSE) ont de toute façon déjà décidé d”être aux affaires ensemble. Certaines des formations affiliées au PSE soutiennent ainsi Jose Manuel Barroso, le président de la Commission européenne.
 
Dans ces conditions, il n”est pas étonnant qu”un vrai débat européen soit impossible. En tout cas, l”électeur a du mal à voir en quoi son bulletin de vote pourrait changer quelque chose. En 2004, lors du dernier scrutin européen, 57% des électeurs allemands en étaient d’ailleurs si peu convaincus qu’ils ne se sont pas déplacés…
 
Sigrid Brettel
 
Pour aller plus loin
 
- Tour d’Europe des campagnes électorales, avec un développement sur l’Allemagne : Fondation Robert Schuman et Euractiv.

- Européennes : une campagne prélégislative en Allemagne ?

 

- Le blog de Jean Quatremer sur les Européennes en général.

 Et voici quelques examples d’affiches électorales à Berlin, reccueillies par le correspondant de 27 et moi en Allemagne :
 
 

 

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