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Les élections européennes : un enjeu « patriotique »

Les effets du bon gouvernement sur la campagne, par Ambrogio Lorenzetti, 1337-1340, Palazzo Pubblico, Sienne, Italie.
 
Il est important de souligner que, dans un Parlement européen marqué par le primat des logiques partisanes, la sensibilité nationale des « eurodéputés » n”en trouve pas moins à s”exprimer, lorsqu”il s”agit d”exprimer des conceptions spécifiquement nationales ou pour toutes les décisions ayant un impact budgétaire et législatif spécifique dans leur pays d”origine. Il est donc particulièrement important pour chaque pays de disposer de parlementaires influents, qui peuvent défendre leurs propres convictions mais aussi servir de relais aux différents acteurs nationaux (gouvernements, ONG, groupes d”intérêt, etc.) soucieux de peser sur les décisions de l”UE. Il appartient aux électeurs de déterminer s”ils souhaitent ou non faire des choix conformes à cette logique d”influence nationale, qui suppose notamment de privilégier des partis politiques fortement représentés au Parlement européen mais aussi des élus aux profils adaptés à la mission qui leur sera confiée.
Si les partis disposent d”une grande responsabilité dans le choix des candidats placés en position éligible, il revient in fine aux électeurs d”opérer un choix qui porte non seulement sur l”affiliation partisane des candidats, mais aussi sur leurs caractéristiques personnelles. À cet égard, il est à la fois banal mais essentiel de rappeler que l”influence d”un pays au Parlement européen se mesure également au profil de ses élus, notamment au regard de trois enjeux. Premier enjeu : les candidats aux élections européennes le sont-ils par vocation ou faute de mieux ? Les élections au Parlement européen sont-elles utilisées pour désigner des candidats motivés ou pour recaser les membres d”appareils partisans et les recalés de la scène politique nationale ? On peut certes juger utile que soient élus des responsables déjà connus du grand public, et qui peuvent donc incarner plus efficacement le Parlement européen aux yeux des citoyens. Force est cependant de constater que, sauf exception, les élus concernés ont ensuite tendance à ne pas s”investir fortement dans une mission qui leur a été confiée par défaut, et à consacrer beaucoup de temps à préparer leur retour dans des fonctions électives locales ou nationales. Deuxième enjeu : les candidats aux élections européennes ont-ils déjà une expérience du Parlement européen ? Sur ce registre, il est loisible de constater que, au Parlement européen comme dans les parlements nationaux, ce sont en général les élus les plus expérimentés qui obtiennent les principaux postes de responsabilité, siègent dans les commissions parlementaires les plus puissantes et exercent l”influence politique la plus grande sur les décisions de leur institution. En termes d”influence nationale, il est souvent préférable de voter pour des candidats déjà aguerris aux arcanes du Parlement européen plutôt que pour des candidats choisis sous couvert de « renouvellement » ou parce qu”ils sont susceptibles d”obtenir un plus grand nombre de voix en juin, mais qui se trouveront un peu dépourvus lorsqu”il s”agira d”exercer efficacement la mission qui leur a été confiée. Même s”il est naturel qu”un renouvellement régulier des candidats ait lieu, il y a là une réalité qu”un pays comme l”Allemagne semble par exemple avoir intégrée, puisque plusieurs de ses élus ont construit des carrières longues à Strasbourg. Troisième enjeu : les candidats aux élections européennes cumuleront-t-ils leur mandat de député européen avec un autre ? Là encore, une telle situation n”est pas neutre en termes d”influence nationale, et aussi s”agissant de la simple exigence civique consistant à exercer le mandat pour lequel on a été élu.
 
La mise en évidence des dimensions civique, partisane et « patriotique » du choix qu”ils auront à effectuer en juin 2009 est peut-être susceptible d”inciter les électeurs à participer de manière plus importante que par le passé aux prochaines élections au Parlement européen, ce qui serait bienvenu d”un point de vue démocratique. Il ne semble cependant pas nécessaire de focaliser exagérément sur la seule nécessité de voter davantage, au prix d”une stratégie qui aurait pour effet de culpabiliser les citoyens (dont la majorité s”est de fait abstenue lors des précédents scrutins), ce qui n”est pas la meilleure manière de les rendre très réceptifs. Au-delà même de l”objectif d”une participation accrue, il semble dès lors préférable de considérer que les élections européennes demeurent, quoi qu”il en soit, une opportunité rare de mobiliser plusieurs millions de citoyens autour des enjeux européens.
 
Thierry Chopin
 

Thierry Chopin, directeur des études de la Fondation Robert Schuman. Professeur au Collège d”Europe (Bruges), il a récemment publié (avec Yves Bertoncini), « Elections européennes : l”heure des choix », Notes de la Fondation Robert Schuman, n°45, 2009.  

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