démographie

Beaucoup d?enfants avec très peu d?argent ? Mise en perspective : Allemagne

La politique gravite-t-elle autour des enfants, comme la terre autour du soleil ?

Image capturée à avec la permission de © VdK “Aktion gegen Armut
 
Le 16 février 09, la ministre fédérale de la famille Ursula von der Leyen (CDU) a présenté son rapport sur la famille en 2009 ( “Familienreport 2009″ ». D”une part, elle pouvait présenter l”accroissement du taux de natalité (5000 naissances de plus que l”année précédente) comme un succès de sa politique familiale. D”autre part, les dépenses majeures et la discussion sur le rôle de la femme dans la société n”ont pas encore créé un vrai “baby boom”. La visibilité des efforts entrepris est plutôt contestée par un problème nié depuis longtemps : la pauvreté d”enfants.
 
Mendiante, fille pêcheuse, Ilya Repin, 1874, Musée d’art régional Sukachov, Irkutsk
Source : Wikimedia Commons 
L”opposition et les associations familiales critiquent le fait que la politique familiale de la ministre n”est conçue que pour les familles relativement aisés. Il fallait plutôt soutenir les familles immigrées et les faibles revenus. Le rapport 2009 sur la famille pointe également le doigt sur le fait qu”en Allemagne, 40% des foyers monoparentaux, avec à peu près un million d”enfants, vivent de l”aide financière Hartz IV[1].
Cette triste réalité avait déjà été mise en évidence dans une étude de l”UNICEF en 2005. D”après cette étude, le nombre des enfants qui grandissent dans un cadre familial pauvre a atteint un niveau record en Allemagne : près de 2 millions d”enfants, soit plus de 10 % des petits Allemands, vivent dans une relative pauvreté. Un scandale dans un des pays les plus riches au monde !
« Bien souvent, les enfants qui grandissent dans la pauvreté et l”exclusion sont entraînés dans un cycletransmis de génération en génération. » Ayant identifié ce problème dans de nombreux États membres de l”UE, le Conseil européen de mars 2006 a formulé des objectifs communs contre la pauvreté et l”exclusion en privilégiant une méthode ouverte de coopération (MOC). Mais bien que la pauvreté des enfants soit devenue une question prioritaire dans les plans d”actions nationaux, dans la pratique, le problème est abordé de manière assez inégale et décousue.
Cela ce voit aussi en Allemagne, où l”UNICEF dans l”analyse « Conditions pour enfants en Allemagne » de mai 2008 souligne de nouveau, que malgré des efforts financiers considérables, le bien-être des enfants n”a pas encore été durablement amélioré. La pauvreté des enfants augmente même plus vite que celle des adultes. En outre, de plus en plus d”enfants sont atteints de maladies chroniques, de surpoids ou de troubles du comportement. Les plus touchés sont les enfants d”immigrés, de familles nombreuses et monoparentales.
Les résultats de l”étude PISA/OCDE, où l”Allemagne  figure également à une place médiocre,  mettent le doigt sur des problèmes structurels : dans aucun autre pays industrialisé, l”origine sociale n”est aussi décisive pour réussir dans la vie. En Allemagne, le système scolaire n”est pas capable de surmonter les inégalités sociales et le manque de crèches ne facilite pas la reprise du travail.
Mais si la République fédérale ne veut pas se réduire à une population de 50 millions d”habitants en 2050, elle aura besoin d”immigration et surtout d”une intégration sans difficultés dans la société et dans le marché du travail. Si les meilleures pratiques du MOC constituent une urgence pour la politique en Allemagne, résoudre ces problèmes structurels avec une approche complète et multidimensionnelle, reste, selon moi, quasiment hors d’atteinte.  .
Hilke David
 
POUR ALLER PLUS LOIN
  • Sur les enfants pauvres:
- UNICEF etude (01.03.05): “A Portrait of Child Poverty in Germany
- UNICEF Rapport (26.05.2008) : “Mittelmaß für Kinder – Der UNICEF-Bericht zur Lage der Kinder in Deutschland
- Le site web de la Commission européenne
- Le boom des soupes populaires pour enfants, Der Spiegel, publie par Courrier International n 995 du 19 au 25 fevrier 2009.
  • Sur les problèmes structurels:

- Statistisches Bundesamt concernant la population (mariage, migration) en Allemagne,

- OECD: “Where immigrant students succeed – A comparative review

- Bertelsmann Stiftung – Menschen bewegen, Zukunft gestalten (Familienfreundliche Gesellschaft)

  • Sur le développement démographique:
- Statistisches Bundesamt
- Rostocker Zentrum zur Erforschung des Demografischen Wandels (une coopération avec le Max Planck Institute for Demographic Research)
-  Bertelsmann Stiftung – Aktion Demografischer Wandel



[1] La loi Hartz IV est la quatrième étape de la réforme du marché du travail menée en Allemagne par le gouvernement Schröder de 2003 à 2005. Avec cette réforme, les indemnités de chômage ne sont plus versées pendant 32 mois, mais pendant 12 mois : c’est le « Arbeitslosengeld I ». Puis, le chômeur est considéré comme chômeur de longue durée et reçoit le « Arbeitslosengeld II ». La mise en place de ces réformes ne s’est pas faite sans heurts. Un verdict récent concerne les « Hartz-IV-Sätze für Kinder» (tarifs Hartz IV pour enfants) (http://www.sueddeutsche.de/politik/555/456224/text/).

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