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Ces camps militaires pour ados délinquants

Depuis les années 1980 aux Etats-Unis, des camps de redressement façon Marines sont censés remettre les ados dans le droit chemin. Mais l’encadrement militaire des mineurs délinquants s’invite aussi en Europe. 

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Garde à vous, discipline de fer et petit doigt sur la couture du pantalon ! C’est bien connu, l’armée ça vous forge un homme. Alors, quoi de mieux pour remettre un ado difficile sur le droit chemin que de l’envoyer faire un petit séjour en boot camp ? Apparus dans les années 1980 dans les Etats de l’Oklahoma et de Géorgie, ces camps de redressement paramilitaires pour mineurs délinquants ont peu à peu essaimé sur tout le territoire américain. Pour quelques milliers de dollars, les parents dépassés par leur cancre de fiston, leur ado porté sur la fumette ou leur gamin trop tapageur y envoient leur progéniture se faire remonter les bretelles à grands coups de « chef oui chef » postillonnés par d’anciens militaires droits dans leurs bottes.

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Dans un pays où la fascination militaire et le credo patriotique fonctionnent à plein régime, le business est florissant (voir pour exemple ici et ici). En 2001, les Etats-Unis comptaient déjà quelque 400 boot camps, dont une partie sous contrat avec l’Etat. Car le camp de redressement façon Marines a aussi tapé dans l’œil des tribunaux américains, qui proposent depuis plus de quinze ans le boot camp comme alternative directe à l’incarcération des jeunes délinquants. Pas tendre certes, mais rien d’étonnant dans un pays où, jusqu’en 2005, les mineurs criminels pouvaient être passibles de la peine de mort.

Mais si les boot camps sont devenus une véritable institution aux Etats-Unis, leur image a été pour le moins écornée par une série de faits divers sordides. En juillet 2001, le New York Times s’alarmait ainsi du traitement musclé réservé aux ados dans ces établissements. Le quotidien fait alors les comptes : en vingt ans, pas moins de 31 adolescents ont trouvé la mort dans les boot camps, à la suite des traitements infligés par leurs sergents instructeurs.

D’autres pays ont emboîté le pas aux Etats-Unis. La Nouvelle-Zélande a mis en place depuis longtemps déjà des camps militaires. Tout comme le Canada, où le gouvernement a opté pour une version un brin plus soft. En décembre 2012, le secrétaire britannique à l’Education annonçait quant à lui le déblocage d’une enveloppe de 1,9 million £ pour la mise en place de boot camps pour ados décrocheurs. Et en 2013, l’Australie prévoit de se doter de camps de redressement pour enfants terribles.

Et en France ? 

L’idée d’un encadrement militaire des mineurs délinquants fait son chemin. En 2007, Ségolène Royal, alors candidate à la présidentielle, proposait la mise en place d’un tel dispositif. Trois ans plus tard, la présidente de la région Poitou-Charentes remettait le couvert en demandant au ministre de la Défense d’alors, Hervé Morin, de lancer une expérimentation dans le régiment de La Rochelle. « C’est pas le boulot des militaires. Une armée, c’est fait pour assurer la sécurité du pays », lui avait-il répondu.

Mais à quelques mois de la présidentielle de 2012, le sujet refait surface et enflamme cette fois l’Assemblée nationale. Sous l’appellation de « service citoyen », le député UMP Eric Ciotti propose que les mineurs délinquants de plus de 16 ans puissent exécuter leur peine au sein de l’un des quinze établissements d’insertion de la défense (EPIDE). Un encadrement militaire jusqu’ici exclusivement proposé aux jeunes majeurs en difficulté d’insertion. La loi est votée. « Mais voilà, à peine mise en place, cette convention (…) a été gelée faute de financement de la part du ministère de la Justice et de la Défense », relatait Le Parisien en février dernier.

Mais qui se souvient qu’entre 1986 et 2003, en France, quelque 6 000 jeunes délinquants sont passés entre les mains de l’armée ? Dans un article de Libération (juin 2006), le journaliste Jean-Dominique Merchet rappelle l’expérience des JET (Jeunes en équipes de travail) : « Il s’agissait d’organiser des “stages de rupture” d’une durée de quatre mois, à l’intention des jeunes délinquants. Au programme : remise à niveau scolaire avec des instituteurs, travail sur des chantiers forestiers, un peu de mécanique et beaucoup de sport (…) Le ministère de la Défense fournissait l’encadrement ». Conclusion : un résultat plus que mitigé. « Notre taux de réussite était faible, reconnaît l’amiral Girard. Deux ans après leur passage chez nous, on estime que seul un bon tiers des jeunes n’était pas retombé dans la délinquance. Et le taux de réinsertion diminuait au fil des ans, les jeunes devenant de plus en plus violents.»

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