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Instant suspendu avec Anne Queffélec

La grande pianiste Anne Queffélec est à l’honneur de cette 19e édition de la Folle journée, dont elle signe l’album officiel Satie & compagnie. Rencontre.

© Carole Bellaïche

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Vous faites partie des « habituées » de la Folle journée. Depuis combien d’années venez-vous ?

Anne Queffélec : Je ne saurais même pas vous dire, je viens depuis la toute première édition et j’ai dû en manquer deux ! Mais je ne dirais pas « habituée ». Il n’existe pas de routine dans ce métier. D’un concert à l’autre tout peut arriver. Il n’y a pas d’acquis, même si le métier donne une certaine confiance, il y a toujours cette quête, ce renouvellement, le contact avec un nouveau public. Et surtout, on ne peut jamais jouer une œuvre deux fois de la même manière, c’est impossible !

Il est vrai que, depuis le temps, je sais comment la Folle journée se passe. Néanmoins, à chaque édition il y a l’émotion toute fraîche d’un nouveau thème, d’un nouveau voyage. Surtout, ici, la musique circule. Elle passe en permanence de la scène à la salle. Cinq jours par an, dans le même endroit, après mes propres concerts, je peux aller écouter mes collègues dans les autres salles. Et puis il y a cette complicité avec le public. Il n’y a ici aucune barrière entre le public et les musiciens.
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Vous avez enregistré à plusieurs reprises des œuvres de Satie et interprétez ici même votre programme « Satie et compagnie ». Pourquoi Satie ?

Anne Queffélec : A vrai dire, Satie est un cas à part dans l’histoire de la musique. Il est le seul qui ne fasse pas peur au public dit non-averti. Sa musique est populaire. Les chiffres de vente de mes albums Satie étaient d’ailleurs irréels pour la musique classique ! La musique de Satie touche les gens. Ses Gnossiennes et Gymnopédies se retiennent bien.

Mais je ne considère pas Satie comme un immense génie, comme Beethoven l’était par exemple. Satie aurait d’ailleurs été le premier à le reconnaître ! (rires) Non, mon grand chéri est Mozart ! Et j’aime aussi énormément Schubert, Bach et Haendel.
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Que pensez-vous du registre français au programme du festival ?

Anne Queffélec : Il y a souvent beaucoup de mauvais clichés attachés à cette musique.
 Je considère pour ma part que ce répertoire est plein de profondeur. L’esprit français est associé au charme, à l’élégance, à la clarté. On accorde toujours plus de dimension à la musique germanique. Mais le charme peut-être profondément troublant. Quel mystère dans le répertoire de Debussy ou de Ravel ! Quelle perspective, quelle lumière ! Ce sens profond de la contemplation. Cette musique suspendue…
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Etes-vous familière du registre espagnol joué à la Folle journée ?

Anne Queffélec : Le piano est un instrument à part dans la musique. Contrairement aux autres instruments qui ne recherchent aucun autre son que le leur, le piano est un orchestre miniature qui s’efforce d’avoir des sonorités autres, d’harmonie ou même de polyphonie
. Un tel outil est idéal pour les compositeurs. Et nous sommes ainsi assis sur un « Himalaya » de partitions ! 
Nous, pianistes, sommes donc malheureusement obligés de faire des impasses. J’ai joué un peu de musique espagnole, comme des compositions d’Albéniz, mais ce n’est pas significatif. Je devais faire des choix. On sent en tout cas dans ce registre espagnol des liens très forts avec la sensibilité française. Il est amusant de remarquer que les Espagnols étaient admiratifs de Ravel et de la compréhension qu’il avait de la musique espagnole. Même de son boléro, qui a un sens incroyable du rythme, de l’obsession et de cette âpreté contenue.

Un grand merci à Anne Queffélec.

Petite Classique

Catégories : 2013 · Vendredi 1er février 2013

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