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Les Jeux Olympiques existent aussi en série

Cela fait moins d’une semaine que l’événement sportif le plus important de l’année a démarré. Mais cela fait déjà 506 jours (n’épiloguons pas sur le fait que j’ai carrément calculé le nombre de jours exacts) qu’une série anglaise se moque de son organisation.

Twenty Twelve (BBC4), ce qui signifie “2012″ pour les non-anglophiles, s’amuse ainsi à se moquer des préparatifs des J.O. de Londres sous une forme que l’on commence à légèrement connaître : le mockumentaire. Ce n’est pas la première fois que cela arrive puisque la télé australienne s’était déjà prêtée à l’exercice en amont des J.O. de Sydney avec The Games (ABC AU).

En terrain connu

Le mockumentaire, c’est un format toujours très particulier. Imaginé depuis des années mais promulgué au rang de format star par Ricky Gervais grâce à la série anglaise The Office (BBC2), qui a donné bon nombre d’adaptations dont une en France, cette façon de fictionner le documentaire est aujourd’hui devenue un gros risque. Ce risque est la conséquence malheureuse de son succès : à force d’avoir, au tout départ, surpris le public et d’avoir réussi à le capter, tout le monde a souhaité le reproduire, très rarement avec intelligence, beaucoup plus souvent de manière opportuniste.

Pour ma part, le mockumentaire, en principe, s’emploie pourtant à manipuler un élément qui m’intéresse tout particulièrement : la frontière réalité-fiction (j’en parlerai plus tard dans un billet spécifique). Sauf que généralement, cette frontière ne s’incarne que par quelques astuces (face-caméra, clins d’œil des acteurs à l’équipe technique faisant semblant d’être inexistante, etc) reprises de séries en séries par des scénaristes dont la spécificité du format ne semble pas émoustiller leur imagination.

Sans véritable surprise

Je préfère casser tout suspense dès le départ : même si l’on sent une réflexion qui évolue entre la première et la deuxième saison, Twenty Twelve n’est pas une série qui révolutionne le mockumentaire. Les face-caméra révèlent généralement les failles ou l’hypocrisie des personnages quand leur voix va illustrer, par l’inverse, leurs actions réalisées dans leur quotidien ; les petits regards embarrassés sont bien là lorsqu’un personnage tient une conversation gênante au téléphone devant la caméra ; il y a bien cet exemple, dans l’épisode 1.05, où cette séquence face-caméra, qui s’interrompt parce que le personnage interrogé doit aller aux toilettes, prend la forme d’une véritable scène qui continue au-delà de sa forme d’origine… mais c’est à peu près tout. Enfin, il reste la voix-off interprétée d’ailleurs par David Tennant, et dont le principe rappellerait presque un documentaire animalier. Elle fait le lien narratif en présentant notamment les enjeux des intrigues. Rien de révolutionnaire ceci dit. Voilà pour la forme.

Et pour le fond ? C’est là que ça devient intéressant car Twenty Twelve n’a pas peur de mélanger fiction et réalité avec intelligence. On suit l’équipe de travail de l’Olympic Deliverance Commission, sorte de commission fictive qui a pour tâche de, simplement, organiser tous les détails des Jeux Olympiques de Londre 2012, qu’ils soient minimes (le nombre de toilettes mises à disposition des athlètes) ou graves (une crise diplomatique impliquant plusieurs pays, cf. encadré en bas de page). Cette commission existe véritablement dans la réalité mais elle porte un nom légèrement différent, il s’agit de l’ODA (Olympic Delivery Authority). L’ODC lui emprunte les principales responsabilités mais y concentre la plupart des décisions prises pour l’organisation des J.O.

De fait du genre qui la définit, la comédie, la série s’est orientée sur la parodie en moquant des éléments issus de la réalité. Le nom du big boss des J.O. de Londres, Sebastien Coe, y est souvent cité par exemple. Mais plus que ce petit élément, la série n’a pas peur de mettre la main dans certains engrenages dangereux : la question, par exemple, du devenir du stade Olympique après les Jeux y occupe une large place. Cette question est pourtant devenue très sensible en Grande Bretagne et n’est pas encore réglée. Parmi les repreneurs qui se sont portés candidats, on y trouve par exemple les clubs de football West Ham et Leyton Orient. La décision devrait être rendue en octobre et devrait probablement animer les intrigues de la saison 3 de la série.

Le bronze aux personnages

Mais un véritable problème enraye largement l’ambition de la série : ses personnages. Les scénaristes parviennent difficilement à les faire exister au-delà de leurs tâches professionnelles. Le génie d’un The Office, par exemple, c’est d’utiliser un contexte classique de bureau pour révéler les caractères particuliers de ses personnages. Ici, Ian Fletcher, le chef de bande, et ses collègues sont en vérité bien trop sages, si bien que l’aspect parodique et le format de la comédie ne semble pas toujours justifiés.

Mais quand les personnages parviennent à s’écarter de leur rôle, assez rarement, ils sont systématiquement drôles et rappellent les bons passages de Parks & Recreation (NBC). Au cours de l’épisode 1.06, l’utilisation de Greenwich Park et l’incursion d’un personnage extérieur à notre équipe permet ainsi d’apporter un souffle nouveau qui va les secouer un peu. Mais c’est bien l’un des rares moments où l’on pourra rire à gorge déployée.

La force de la série, c’est finalement d’être la plus sérieuse parodie des problèmes engendrés par la bureaucratie en montrant comment les systèmes hiérarchiques conduisent à prendre, inévitablement, des mauvaises décisions. Dans ses meilleurs moments, elle arrive à rappeler les divagations d’Andy et de Maggie dans Extras (BBC2), quelques scènes osées d’Alan Partridge voire même l’excentricité de The Thick of It (BBC2). Du coup, Twenty Twelve est une série qui s’adresse essentiellement aux spécialistes des comédies de bureau et des séries anglaises. Et elle révèle, en outre, à quel point la fiction britannique est vraiment l’une sinon la plus diverse et foisonnante du monde.

Twenty Twelve (BBC4). Créée par John Morton. Diffusion des deux saisons (6 et 7 épisodes) depuis le 14 mars 2011. La saison 2 s’est achevée le 24 juillet, trois jours avant le début des J.O. Une dernière saison de 3 épisodes supplémentaires est prévue pour terminer la série.

 

La France moquée…

Communication auprès de la population britannique, culture, manifestations, religion… Twenty Twelve brasse différentes thématiques. L’une, qui occupe les épisodes 2.01 et 2.02, raconte comment un centre destiné aux athlètes croyants déclenche une polémique quand la délégation algérienne menace de boycotter les J.O. car il manque à cette infrastructure un mur orienté vers La Mecque.

Par effet domino, la France monte au créneau et s’indigne que le Royaume-Uni puisse répondre favorablement à cette demande. Dans ce contexte, l’idée de créer une mosquée au sein du village Olympique émerge quelques secondes dans l’esprit de nos personnages, avant d’être rayée définitivement. “J’ai peur que ça ne devienne un chiffon rouge pour un taureau” dit l’un des personnages. Un autre rebondit : “Spécialement si c’est un taureau catholique ou un taureau français.

Catégories : Comédie · Critique · Série anglaise

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