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The Newsroom, une vague qui ne monte pas

Cela fait désormais une semaine qu’aux Etats-Unis le scénariste star Aaron Sorkin est revenu aux affaires. Une semaine précédée de plusieurs années d’un engouement général pour ses fans, y compris moi, lorsqu’on a découvert en novembre 2009  que ce génie planchait sur une nouvelle série.

Cet engouement pour l’auteur, déclenché dans mon cas par le visionnage The West Wing (NBC), ou A la Maison Blanche en France, puis prolongé par ses autres séries, avait connu un léger affolement en octobre 2010. The Social Network, dont il a signé le scénario, apparaissait dans les salles obscures. Pour l’écriture d’Aaron Sorkin, il impliquait un changement très important puisqu’il ne suivait pas, pour une fois, l’histoire d’un personnage idéaliste. La question était donc celle-là : saurait-il reproduire ce coup de maître ?

Un retour sous influence

Un open space, des bureaux, des dialogues qui fusent et une équipe de journalistes. Le téléspectateur est plongé dans les coulisses d’ACN, une chaîne d’info en continu façon iTélé ou CNN. A la tête du journal du soir, le présentateur vedette, Will McAvoy, dont l’appartenance politique est aussi cohérente que François Bayrou : un coup démocrate, un coup républicain, mais jamais clivant.

Lors d’un débat qui oppose deux politiques, il pète un plomb et l’homme qu’il représentait, parfait et adoré de son public, explique tout le malaise qu’il ressent à l’égard des Etats-Unis. “Ce n’est pas le plus grand pays” affirme-t-il, avant d’aligner sans aucune fiche la position du pays de l’Oncle Sam dans différents classements, dont celui de l’état des prisons par exemple. Et généralement, les USA ne figurent pas vraiment dans le top 10.

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Ce démarrage en appelle un autre, celui de Studio 60 on the Sunset Trip, qu’Aaron Sorkin a créé entre 2006 et 2007. Mais au lieu de suivre celui qui avait pété les plombs comme dans The Newsroom, l’auteur avait décidé alors de le faire remplacer par un nouveau, en l’occurrence joué par Matthew Perry. On peut y voir très nettement ici une corrélation entre le travail requis sur The Social Network où Aaron Sorkin a modelé des personnages aux sombres motivations, et la nécessité de donner une suite au coup de gueule de Will McAvoy plutôt qu’en l’éludant comme dans Studio 60.

Un pilote, trois remarques

Pour l’instant, seul un épisode pilote a été diffusé. Il dure d’ailleurs quelques minutes, pas forcément nécessaires, de plus qu’à l’accoutumée. Il semble difficile donc de se faire une véritable idée de l’intérêt de la série sur la longueur mais je vais tout de même faire quelques remarques.

La première : PUTAIN C’EST BON. Oui, ça fait du bien d’avoir des dialogues aussi énergiques. Mais ça peut aussi être une douche froide. Car si tu ne connais pas ce rythme, un temps d’acclimatation est nécessaire. Et puis, très secondairement, tu peux également te rendre compte à quel point les dialogues d’autres séries que tu peux vénérer sont généralement quelconques.

La deuxième : PUTAIN J’AI PEUR. Une peur qui est apparue à la 34ème minute lorsque l’on comprend que la série devrait probablement se dérouler dans le passé et se raccrocher à l’actualité (en l’occurrence au cours de cet épisode le 20 avril 2010, au moment de la catastrophe pétrolière dans le Golfe du Mexique). La prise de risque, dans le domaine du journalisme, était plutôt celle de Reporters (Canal+) qui savait parler d’un monde dans un présent alternatif où des affaires d’état fictionnelles pouvaient éclater au grand jour dans le réel. Ceci dit, le ton et l’ambition de The Newsroom ne semblent pas projeter la série dans une critique des mécanismes.

La troisième : PUTAIN J’AI ENCORE PLUS PEUR. Et cela fait référence à la phrase précédente. A priori, The Newsroom va plutôt se rapprocher de Studio 60 dans son approche, un mélange de soap mâtiné de réflexions (ou l’inverse). Si l’exercice intellectuel qui figurait dans sa précédente série à la fois sur la religion, le spectateur ou les médias était effectivement intéressant, la partie romantique pouvait en revanche décevoir, ou pire. Surtout si l’on était insensible au charme d’Amanda Peet. Et le gus étant plutôt porté sur les belles histoires d’amour (rappelez-vous, Le président et Miss Wade…), je conserve une certaine crainte sur une potentielle absence de renouvellement de sa part.

The Newsroom a encore tout à dévoiler mais il manque d’énormes choses : l’humour se fait facile, façon Sports Night, alors qu’on aurait tellement voulu retrouver la puissance des punchlines de Jack Rudolph ; le choix de traiter des sujets d’actualité dépassés est un peu cavalier et surtout très casse-gueule car il est aisé de passer pour un SAV moralisateur ; l’austérité de la production le ramène encore à Sports Night, la série d’Aaron Sorkin qui s’avère de mon avis la moins intéressante ; et il manque un personnage qui parvienne vraiment à fasciner par ses faiblesses, ses qualités et une verbe impertinente.

The Newsroom (HBO). Diffusé depuis le 24 juin 2012. Créée par Aaron Sorkin.

Catégories : Critique · Drama · Série américaine

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