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Game of Thrones, de la forme mais du fond ?

Mais pourquoi tu regardes si tu n’aimes pas ?” Cette interrogation m’a encore été posée la semaine dernière alors que j’enchaînais un marathon Game of Thrones (HBO). J’ai terminé la saison 2 hier et je ne crois pas l’avoir particulièrement appréciée.

J’utilise ici le verbe croire car la série est loin d’être finie, et elle peut donc potentiellement s’améliorer. Pour cela, j’essaye de ne jamais oublier l’entame très difficile de Six Feet Under (HBO) et de son pilote lamentable sur certains aspects – le jeu d’acteur de Peter Krause et de Lauren Ambrose en particulier.

Tout ça pour en revenir à la question qu’un lecteur de Spin-Off me posait, et que l’on m’a posé à plusieurs reprises au cours de ces dernières années. Je continue de regarder parce qu’une curiosité presque morbide m’anime. Pas au sens : “oh la la, y a pleins de boyaux et de sang, j’aime tellement ça.” Mais plutôt : “Oh putain, c’est trop nul, j’en veux encore“. C’est à peu près le même sentiment qui me saisit quand je regarde Confessions Intimes. Tout ça pour dire qu’en gros, ces derniers jours, Game of Thrones a été mon Confessions Intimes sériel.

Allongé, sur le canapé

Je dirai même plus : ça a été une véritable psychanalyse pour moi. Car, chaque épisode passant, j’essayais de comprendre un peu plus pourquoi je voulais voir la suite alors que très peu d’éléments dans la série – 2 personnages, dont l’un meurt au 9ème épisode de la saison 1 – m’intéressaient réellement.

Tout a commencé par un constat, réalisé depuis quelques années déjà. J’ai certainement du être traumatisé par ma prof d’Histoire au collège car je ressens une profonde lassitude à l’égard de l’héroic-fantasy mais également de la seconde guerre mondiale. Concernant cette dernière, on aura sûrement l’occasion d’en reparler plus tard. Concernant la première, en voici quelques pistes.

Déconstruction d’un univers plausible

La première étant le langage employé par les représentations qu’on fait de l’époque. Un langage très généralement soutenu voire théâtral qui installe une barrière entre elle et moi. Ce langage, fait de phrases pensées dix minutes à l’avance, avait pour conséquence sur moi de déconstruire la passerelle de vérité qui doit se tisser entre le spectateur et le monde qui m’est conté pour que j’y adhère.

Raison à cela ? C’est un point de vue quasi-viscéral que j’exprime ici mais j’ai cette impression presque immuable que la performance d’un acteur dépend, facile, de 90% de sa voix, des tons employés, de la manière dont il va relater les dialogues ou les façons qu’il aura de crier, de prier, de pleurer. C’est peut-être parce que je suis issu d’une famille de musiciens ou peut-être que je regarde les séries avec des sous-titres. Peu importe. Mais c’est un ensemble de choses qui m’a conduit à développer cette sensibilité, peut-être d’un autre âge.

Bref. Du coup, je sais que mon avis est biaisé de fait dès lors que j’entame Game of Thrones, Kaamelott (M6) ou bien La Commanderie (France 3). Et pourtant, parmi ces trois séries, j’en aime deux. La série d’HBO n’est pas dans le lot. Si l’une de mes consœurs a très largement exprimé ailleurs l’indescriptible utilisation du sexe dans la série (et peut-être dans le bouquin, hein, mais à vrai dire, on juge ce qu’on voit et HBO assume entièrement la série, bien qu’adaptée du bouquin…), d’autres éléments m’ont désintéressé d’une grande majorité des événements qui s’y déroulent.

Ce qui est cool, et puis le reste

Commençons par ce que j’aime : Tyrion Lannister, le nain farceur, charismatique et intelligent. Ce qui m’amène à ce que je n’aime pas : en gros, tout le reste de la série et qui est à l’inverse de Tyrion. Ni drôle puisque se voulant extrêmement sérieuse en parlant de lutte de pouvoirs et de la fin d’une ère, ni charismatique qu’elle confond avec le bling-bling sans compter les perruques de blondes portées par des brunes, ni intelligente.

Game of Thrones, outre le fait d’être sexuellement outrancière, est systématiquement amorale dans le plus mauvais sens du terme (on est loin de la finesse de Breaking Bad (AMC) dont la descente aux enfers mène Walt bien plus loin qu’au nord du mur mais il en paie fortement le prix), la plupart du temps extrêmement redondante ce qui la pousse à développer des intrigues fourre-tout devant combler le temps qui n’a pas été utilisé pour y mettre une scène de baise et surtout sans originalité aucune. La série pouvant se résumer à cette définition : soap royaliste. Une histoire de coeur à laquelle il est difficile de s’identifier.

Une série de femmes, vraiment ?

A ce sujet, j’écoutais avec intérêt l’intervention de consœurs et confrères dans Saison 1 Episode 1 durant l’émission spéciale consacrée à Game of Thrones (c’était d’ailleurs cette émission qui m’avait donné envie de m’y remettre – j’avais en effet jeté l’éponge au bout de deux épisodes, m’étant promis de continuer un jour, après avoir vu qu’une intrigue dans l’épisode 2 pouvait être réservée à un loup bondissant) : l’une d’elles affirmait que la série parlait surtout de femmes. Certes, mais sans jamais leur rendre honneur ni dignité façon Mad Men (AMC).

Dans Game of Thrones, ce sont soit des soumises, soit des manipulatrices qui engendrent des enfants pourris gâtés, soit des faibles qui ne peuvent être sauvées que par la magie, soit des égoïstes qui veulent sauver leurs gamins en trahissant leur camp, soit des putes (et il y en a beaucoup) qui jouent de leur cul pour gravir les échelons, etc. Où sont les femmes charismatiques, positives et intelligentes comme l’est un Tyrion Lannister ou un Ned Stark ? Nulle part. Ou tout du moins pas encore. J’attends de découvrir un peu plus en détails le personnage  féminin qui fait face à Jon Snow dans la seconde moitié de la saison 2. Sauf que pour le moment, le constat est, chez moi, sans appel.

Facilités scénaristiques

Pour autant, toute série bonne n’a pas forcément de personnage féminin fort. Ce n’était qu’une digression avant d’attaquer le gros du pavé : l’empathie. A l’exception de Tyrion et de Ned, je ne ressens absolument rien du tout pour aucun des personnages. Une empathie qui a été clairement entamée chez moi par des facilités scénaristiques incroyables. A commencer par l’utilisation de la magie ou du fantastique (j’y inclus dragon & consorts) qui peut sauver ou tuer un personnage dès lors que le scénario l’impose. Ce “joker” des scénaristes est bien agréable en main mais utilisé aussi peu subtilement devient presque lassant (alors qu’il n’est utilisé que 3 fois au cours des deux premières saisons ; chaque fois étant un supplice).

L’épisode 9 de la saison 2 est lui aussi victime d’une ficelle immense. Outre le fait que la bataille qu’elle décrit n’en impose pas vraiment notamment parce qu’il fait nuit (je comprends que c’est bien pratique en terme de production mais ça ne semblait pas poser de problème dans Band of Brothers (HBO)) et à cause d’une réalisation épileptique, son issue plus ou moins inattendue va à contre-courant de l’un des éléments, là aussi, mis en place par Tyrion et qui avait été subtilement montré au cours des précédents épisodes. Difficile d’en dire plus sans spoiler.

 

Game of Thrones n’est pas ma tasse de thé. Ça me fait plutôt l’effet d’un chocolat au lait : je sais que je n’arrive pas à le digérer mais j’en aime tellement le goût que je me force. Au final, ce goût sucré s’efface devant les arômes persistants d’un rooibos ou d’un thé noir d’Anhui. Ceux-là ne disparaitront pas dans le temps. En espérant juste que ce chocolat parvienne à fermenter et se métamorphoser en thé.

Game of Thrones (HBO). Diffusée depuis le 17 avril 2011. La saison 2 s’est achevée le 3 juin 2012. Une saison 3 est prévue sans date de diffusion pour l’instant. Créée par D.B. Weiss et David Benioff. Adaptée des romans de George R.R. Martin.

Catégories : Critique · Drama · Série américaine

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