3D relief, bâtisseurs, docu-fiction, documentaire, Histoire

Docu ou fiction ?

Pourquoi choisir quand on peut allier harmonieusement les deux ? Cette semaine, j’ai eu l’opportunité de me glisser dans le studio de montage, et d’en parler avec deux personnes qui connaissent leur docu-fiction sur le bout des doigts : Cédric Bonin, le producteur, et Marc Jampolsky, le réalisateur. L’opportunité de leurs poser quelques questions sur ce qu’ils nous préparent pour le 15 décembre

Docu-fiction

…les deux ?

Edouard : Pour commencer, il y a juste une question de curiosité qui me brûle les lèvres: Comment s’y prend-on pour manœuvrer dans un bâtiment classé au Patrimoine Mondial de l’UNESCO ?

Marc Jampolsky : Ah, il était classé ? Bon, de toute façon, classé ou pas, il faut évidemment éviter de laisser des traces. Mais le plus difficile n’est pas là – c’est solide une cathédrale – par contre c’est haut et surtout très étroit quand on grimpe dans la tour. Le plus compliqué c’était de faire passer une double caméra (ah, le relief !) aussi encombrante qu’un frigidaire dans des escaliers en colimaçons. En passant, merci à  l’administration des lieux, qui nous a laissé transformer la nef en village médiéval et tourner à l’intérieur avec un dirigeable. 

Prise de vue Cathédrale de Strasbourg

Edouard : Et pour la partie “fiction”, où avez-vous posé vos trépieds ?

Cédric Bonin : Nous avons eu de la chance, la ville de Strasbourg dispose d’autres lieux médiévaux très intéressants qui nous ont permis de profiter de ces décors naturels, d’y mêler parfois le documentaire et la fiction, le passé et le présent… Mais le must, ça a été aussi de pouvoir tourner à l’Ecomusée d’Alsace dans le Haut-Rhin, où de nombreuses maisons anciennes, bordées de rues pavées, ont pu être rapidement investies par Valérie Elder et son équipe déco pour reconstituer le décor du Strasbourg du Moyen-Âge….

 

Marc Jampolsky : …quasiment un studio à ciel ouvert !

Cédric Bonin et Marc Jampolsky

Edouard : Vous avez choisi de vous concentrer sur une période historique bien précise de la construction, du XIIIème au XVème siècle. Pourquoi cette période ? En vous documentant, qu’avez vous appris des bâtisseurs et de cette époque ? Comment avez-vous scénarisé leur histoire ?

Marc Jampolsky : Le choix de raconter essentiellement l’histoire de la façade s’est imposé assez naturellement. D’abord, c’est la partie la plus spectaculaire de la cathédrale, celle qui la distingue des autres. Mais, c’est aussi la mieux documentée : on connaît les noms des architectes, on a des plans d’époque, des livres de compte, des écrits de plusieurs sources, des chroniques… Ce sont tous ces documents qui m’ont donné envie de reconstituer la vie des maîtres d’œuvre et leur environnement. J’ai construit le film comme une sorte de tragédie où la cathédrale est objet de passions, d’ambitions, de trahisons et bien sûr de création. Ce qui décrit aussi bien le monument que ses auteurs et l’époque qui les baigne.

Edouard : Vous avez tourné en 3D relief, pourquoi ce choix ? Et sur un tournage, concrètement, comment ça se passe ?

Marc Jampolsky : Pendant le tournage, le relief est une sorte d’empêcheur de tourner en rond, grand dévoreur de temps. Il y a toujours mille choses à régler, chaque changement d’objectif, de cadre ou pire de lieu m’obligeait à sacrifier trois séquences au risque de ne jamais finir le film (j’exagère un tout petit peu). Mais une fois que l’on a pris la mesure de la chose, c’est un grand bonheur de voir exister l’espace avec autant de force. Et je crois vraiment que sur un sujet tel que la cathédrale, c’est l’indispensable apport d’émotions pour lui rendre toute sa vertigineuse dimension. 

Caméra 3D relief

Tourner en 3D relief : un nouveau paramètre à intégrer !

Edouard : Pas trop infernal, la post-production, avec en plus d’autres éléments 3D à intégrer ?

Marc Jampolsky : En post-prod, cela implique bien entendu un surcroît de travail…

 

Cédric Bonin : Oui, tout d’abord sur les parties en image de synthèse en 3D (maquette de la cathédrale, ville du Moyen-Âge…), il faut beaucoup plus de modélisation qu’en 2D où l’on utilise des techniques de matte-painting, qui revient à du trompe l’œil… inexploitable dans un film en 3D relief : l’œil ne percevra qu’un aplat !

 

Marc Jampolsky : Ensuite, il faut régler plan par plan le système de la 3D relief afin que le confort du spectateur soit maximum (un relief mal réglé donne des maux de tête). Et puis il faut aligner les deux images (à droite et à gauche) afin qu’elles soient parfaitement équivalentes en terme de couleur et de lumière.  

 

Cédric Bonin : Donc, tout est plus long. Enfin, au tournage et en post-production 3D, on peut également faire varier l’impression de relief, jouer sur cette sensation nouvelle, donner l’impression d’être en immersion ou parfois de toucher les sculptures… Il y a donc un travail spécifique de création sur le relief.

 

Edouard : Pour ne rien sacrifier à la simplicité, le projet est une coproduction franco-allemande. Comment s’est passé le travail entre les équipes des deux pays ?

Cédric Bonin : Mais l‘histoire même de cette cathédrale est franco-allemande ! La coproduction avec nos voisins était naturelle ! Les bâtisseurs de l’époque ne connaissaient pas la frontière que constitue le Rhin. Ils circulaient de chantier en chantier dans cet espace culturel. Certains des “héros” du film, des maîtres d’œuvre, ont travaillé sur différentes cathédrales dans la région, c’est pour cela que nous sommes allés tourner à Ulm et Karlsruhe. Nous évoquons aussi à plusieurs reprises les points communs avec les cathédrales de Bâle en Suisse, Freiburg en Allemagne ou même Prague… Tout du long de la production, des recherches, en passant par l’écriture, jusqu’à la post-production, Français et Allemands ont coopéré ensemble. Pour l’écriture par exemple, il fallait décrypter de nombreux documents d’époque ou des publications en allemand sur nos maîtres d’œuvre. Pendant le tournage, la lumière, la machinerie complexe pour un projet comme celui-ci, et les effets spéciaux étaient aux mains des techniciens allemands. Les images de synthèse ont été également réalisées en grande partie à Stuttgart !

Strasbourg images de synthèse

Et voilà le travail !, en fond, à gauche, la ville moderne, à droite, la ville médiévale !

 

 

Bon, voilà un film entre de bonnes mains. Je vais les laisser travailler pour l’instant : comme le documentaire est la partie émergée de cet iceberg qu’est le projet global, je vais m’intéresser plus avant au webdoc. Ce sera dès la semaine prochaine, toujours sur ce blog !

Edouard

 

 

Qui est derrière ce blog ? Je m’appelle Edouard, je fais partie de l’équipe de production, en charge de la com’ web. J’ai suivi l’évolution du projet de près et avec ce blog, je vous emmène dans les backstages du Défi des Bâtisseurs !

http://www.arte.tv/cathedrale – Le Défi des bâtisseurs, un projet transmedia et un webdoc autour de la cathédrale de Strasbourg

Catégories : Film documentaire

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